Au Liban, l’université ne doit plus se limiter à délivrer des diplômes. Dans un contexte de crise où l’enseignement supérieur a trop souvent privilégié la quantité à la qualité, il s’agit de former des citoyens capables de penser l’intérêt général, de servir les institutions et de contribuer à la reconstruction durable du pays.
L’université ne devrait pas être une usine à diplômes. Elle devrait être un lieu où se construit le sens des responsabilités.
Au Liban, comme dans de nombreux pays en crise, l’enseignement supérieur s’est progressivement enfermé dans une logique quantitative : diplômer toujours plus, former toujours plus vite, répondre à des critères administratifs parfois déconnectés des besoins réels du pays. Le résultat est connu : des diplômés solides sur le plan théorique, mais souvent démunis face aux défis concrets de l’État, de l’économie et de la société.
Pendant trop longtemps, le diplôme a été perçu comme une finalité, un passeport individuel vers l’emploi ou l’exil. Cette vision, compréhensible dans un contexte de crise, a néanmoins affaibli la mission fondamentale de l’université : préparer des femmes et des hommes capables de contribuer au destin collectif de leur pays. Transmettre un savoir est indispensable ; transmettre le sens de la responsabilité l’est tout autant.
L’université ne peut ignorer le marché du travail, mais elle ne peut pas non plus s’y soumettre entièrement. Lorsqu’elle aligne ses programmes uniquement sur des besoins immédiats, sans vision de long terme, elle produit des profils adaptables mais fragiles, efficaces à court terme mais vulnérables face aux crises structurelles. Un pays comme le Liban n’a pas seulement besoin de compétences techniques. Il a besoin de cadres capables de penser l’intérêt général, de comprendre les institutions et de servir l’État, les collectivités et l’économie avec éthique et discernement.
Repenser le rôle de l’université implique d’en faire un lieu où l’on apprend non seulement un métier, mais aussi le sens du service public, la rigueur intellectuelle, l’esprit critique et la responsabilité civique. L’ingénieur, l’architecte, l’économiste ou le juriste de demain ne doivent pas être seulement performants : ils doivent être conscients de l’impact de leurs décisions sur la société, les institutions et les générations futures.
Dans les pays qui ont su se relever durablement, l’université a joué un rôle central en formant des élites capables de relier le savoir à l’action, la compétence à l’éthique et l’excellence académique à l’engagement national. Le Liban dispose encore de cette chance. Ses universités, publiques et privées, regorgent de talents, d’enseignants engagés et d’étudiants brillants. Cette richesse doit toutefois s’inscrire dans un projet clair : placer la responsabilité citoyenne avant la seule réussite individuelle.
La reconstruction du Liban ne reposera pas uniquement sur des réformes économiques ou des plans d’infrastructure. Elle dépendra aussi, et surtout, d’une génération capable de penser le pays, de servir ses institutions et de porter une vision de long terme.
Délivrer des diplômes est nécessaire. Préparer celles et ceux qui reconstruiront durablement l’État est indispensable.
La question demeure essentielle : voulons-nous des universités qui certifient des parcours, ou des universités qui façonnent l’avenir du Liban ?
