La Francophonie adapte ses projets aux multiples crises qui secouent le pays du Cèdre, afin de mieux soutenir diverses tranches affectées de la population, notamment les femmes et les jeunes.
Il est difficile, voire impossible, d’imaginer le Liban sans la langue française et sans la francophonie. Figurant parmi les premiers pays ayant rejoint l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), fondée en mars 1970, le Liban est depuis 1973 membre actif de plein droit.
Aujourd’hui, alors que ce pays passe par une sombre phase de son histoire, l’OIF est à son chevet.
Cette action se traduit, sur le plan diplomatique, par diverses manifestations de solidarité. Dans un entretien avec Beyrouth 360, Lévon Amirjanyan, premier représentant officiel de l’OIF pour le Moyen-Orient, basé au Liban, met l’accent sur une déclaration adoptée lors du XIXe sommet francophone d’octobre 2024 à Villiers-Cotterêts : les chef d’Etats présents avaient alors exprimé leur « soutien indéfectible au pays phare de la francophonie au Moyen-Orient », faisant ainsi référence au Liban.

M. Amirjanyan note que la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, continue de suivre avec la plus grande attention l’évolution de la situation dans ce pays,
Dans un communiqué publié le 24 mars dernier, Mme Mushikiwabo avait exprimé « sa vive préoccupation face à la dégradation des conditions de vie des populations au Liban » et « condamné les attaques visant les personnes et les infrastructures essentielles au pays du Cèdre ». Elle avait alerté sur « les conséquences humanitaires préoccupantes du conflit, marquées notamment par le déplacement forcé de plus d’un million de personnes ». « Une situation qui pèse lourdement sur les capacités d’accueil et fragilise également d’autres secteurs essentiels, en particulier l’éducation, dont les infrastructures sont mobilisées pour héberger les populations déplacées », avait-elle ajouté. Mme Mushikiwabo faisait évidemment référence au conflit entre le Hezbollah et Israël, commencé le 2 mars dernier et toujours en cours, le deuxième en moins de trois ans sur le territoire libanais.
« Afin de concrétiser la déclaration de solidarité avec le Liban, la secrétaire générale de l’OIF a annoncé un plan d’urgence qui s’articule autour de cinq axes », note M. Amirjanyan
Comme tous les acteurs internationaux, l’OIF appelle toutes les parties « impliquées à la cessation des hostilités, au respect du droit international et, surtout, à privilégier une solution diplomatique au conflit, saluant l’offre portée par les autorités libanaises en faveur de négociations directes avec Israël ». Sa secrétaire générale souligne « l’importance d’appuyer les efforts du gouvernement libanais dans le rétablissement de l’autorité des institutions légitimes de l’Etat, pour la conduite du pays et pour la préservation de l’intégrité territoriale et l’unité du Liban ».
Remaniement de projets et plan d’urgence
Au-delà de la diplomatie, depuis la guerre de 2024 (front de soutien avec Gaza ouvert par le Hezbollah le 8 octobre 2023, avec une période d’intenses combats entre le 23 septembre et le 27 novembre 2024), l’OIF a remanié certains de ses projets pour les adapter à la situation volatile du Liban et aux besoins de ses habitants et des bénéficiaires en temps de crise.
« Afin de concrétiser la déclaration de solidarité avec le Liban, la secrétaire générale de l’OIF a annoncé un plan d’urgence qui s’articule autour de cinq axes », note M. Amirjanyan. Il ajoute qu’il s’agit « du soutien aux femmes vulnérables, au redressement du système éducatif, aux initiatives des jeunes et au secteur privé, ainsi qu’à la lutte contre la désinformation ».
Ce plan d’action avait été adopté en 2021, et a été remanié pour subvenir aux besoins pressants d’un Liban déstabilisé par la guerre. Le montant total de coopération avec le pays du cèdre depuis cette année-là, dépasse les quatre millions d’euros.
« Un plan de solidarité a été mis en place pour 2024-2025 dans le cadre duquel nous avons réajusté et réadapté nos activités aux besoins du pays du Cèdre », dit-il.
« Nous réajustons nos projets pour combler les besoins nés de la situation qui sévit dans le pays », note le représentant de l’OIF.
« En matière de relèvement du secteur de l’éducation et de la formation, c’est le vivre-ensemble qui a été privilégié. Ainsi est née une initiative francophone de formation des maitres en ligne, dont bénéficient 1000 enseignants et enseignantes, afin de les préparer au tutorat et au vivre-ensemble, dans un contexte de guerre et de besoin de renforcer la cohésion sociale », explique M. Amirjanyan.
Soutien aux femmes et aux jeunes
« Nous réajustons nos projets pour combler les besoins nés de la situation qui sévit dans le pays », note le représentant de l’OIF, soulignant qu’avec « chaque crise, y compris la guerre, ce sont les femmes qui sont les plus touchées et la Francophonie les soutient à travers un projet ».
M. Amirjanyan évoque le fond « la Francophonie avec Elles », un dispositif de solidarité créé en 2020, en pleine pandémie du Covid-19 pour répondre aux besoins des femmes en situation de vulnérabilité. « C’est un projet dédié à l’autonomisation économique des femmes, conçu pour renforcer leurs capacités, leur autonomie financière, leur confiance en elles-mêmes, avec un effet indéniable sur leur famille et la communauté », dit-il.
Budget pour le Liban : trois fois plus que la moyenne des autres pays
Le représentant de l’OIF au Moyen-Orient note que « depuis 2020, il y a eu six éditions de ce projet pour montant total de 20 millions d’euros accordés aux associations venant de 36 pays ». Il ajoute : « Après un appel à candidature, les associations locales postulent et présentent leur projet qui est sélectionné par un comité au sein de l’OIF, qui les subventionne. Depuis 2020, on compte presque 350 projets ce qui veut dire en moyenne 10 projets par pays. En six ans, le montant accordé aux associations libanaises s’est élevé à 1,5 million d’euros, une somme beaucoup plus grande que celle accordée aux autres pays. Elle constitue à elle seule 7.4 % du montant total, soit 23 projets en tout, pour un montant d’environ de 560.000 euros. En matière de fonds, le Liban obtient donc trois fois plus que la moyenne des autres pays. »
L’importance de ces projets, selon M. Amirjanyan, tient au fait que, « dans des contextes où les femmes sont souvent tenues à l’écart des sphères économiques formelles, assurer leur formation aux outils numériques et soutenir leur insertion économique sont des enjeux majeurs ». « En investissant sur plusieurs leviers, l’OIF contribue à l’inclusion de milliers de femmes dans l’espace francophone notamment dans les domaines économique et numérique », ajoute-t-il.
En ce qui concerne les jeunes, l’OIF encourage l’innovation et l’entreprenariat. L’année dernière, l’organisation a soutenu un projet intitulé Cap Innovation, avec un appel à candidature spécialement réservé au Liban. Cette année, l’OIF a lancé un projet baptisé « Jeunesse pour la gouvernance ».
Ce projet est conçu pour soutenir des stagiaires dans l’administration libanaise. Initialement, ils devaient être recrutés au ministère de l’Intérieur afin de contribuer aux élections législatives qui devaient avoir lieu en mai 2026. Toutefois, comme cette échéance a été ajournée, les jeunes participant à ce programme travailleront au ministère du Tourisme, le secteur étant une importante composante de l’économie libanaise.
L’OIF réunira les 15 et 16 novembre prochains, ses pays membres pour le XXe Sommet des chefs d’Etats et de gouvernement ayant le français en partage au Cambodge. Le Liban sera une nouvelle fois à l’ordre du jour.
