À Bickfaya, dans le Metn, le Centre de lecture et d’animation culturelle (CLAC) fait face à un jardin public équipé de jeux pour enfants, en contrebas de la municipalité. Il incarne véritablement l’idée du vivre-ensemble et l’appropriation, par la population locale, de cet espace destiné aussi bien aux adultes qu’aux enfants.
Entre les étagères de livres et de jeux éducatifs, de petites tables et des chaises accueillent les enfants. Ils viennent régulièrement y lire les mardis et jeudis. Les samedis matin, ils s’y retrouvent surtout pour écouter un conte raconté par Michelle Saadé Abi Raad, directrice et animatrice du CLAC.
«Ici, la bibliothèque publique est bien plus qu’un lieu où l’on emprunte des livres. Depuis 2001, nous œuvrons pour la transformer en un véritable espace culturel, ouvert à tous, où la lecture, la découverte et la transmission des connaissances occupent une place centrale», raconte Michelle Saadé Abi Raad, originaire de la localité.
L’aventure commence en 2001 avec la création du réseau des CLAC, dans le cadre du Sommet de la Francophonie, en collaboration avec le ministère de la Culture et l’Organisation internationale de la Francophonie. Le centre ouvre ses portes au public en novembre de la même année, avec une collection d’environ 2.500 livres. Aujourd’hui, celle-ci compte près de 15.000 ouvrages, dont la majorité provient de dons.





«La municipalité nous accordait, à un moment donné, un petit budget pour acheter des livres en arabe, mais depuis la crise, nous ne l’avons plus», explique Michelle Saadé Abi Raad.
L’importance d’un tel espace prend tout son sens dans une région située entre plusieurs villages et localités. Lorsque la bibliothèque a été créée, l’accès à l’information était bien plus limité qu’aujourd’hui. Internet n’était pas omniprésent et les téléphones portables ne permettaient pas l’accès immédiat aux connaissances comme c’est le cas aujourd’hui. «Les élèves et les étudiants avaient besoin d’un endroit pour effectuer leurs recherches et consulter des livres. La gratuité du prêt est essentielle, parce qu’elle permet à tous d’accéder à la culture», note Michelle Saadé Abi Raad.
Le CLAC de Bickfaya demeure d’ailleurs l’un des rares, voire le seul espace de lecture publique de la région. Il accueille des habitants de plusieurs villages environnants et compte plus de 2.000 abonnés, principalement des familles.
Lire, une affaire de passion
Pour Michelle Saadé Abi Raad, la bibliothèque est avant tout une affaire de passion. «Je suis passionnée par les livres et j’aime transmettre les connaissances ainsi que la passion pour la lecture», confie-t-elle. Son objectif est d’encourager les enfants à lire, à réfléchir et à découvrir par eux-mêmes, dans une approche fondée sur le plaisir et la curiosité.
La collection, en français, en anglais et en arabe, comprend notamment une importante section de bandes dessinées et des ouvrages pour tous les âges. «J’essaie de maintenir un équilibre dans la collection. Il ne s’agit pas seulement d’acheter ce que les gens demandent, mais aussi de leur proposer des nouveautés et de leur permettre de découvrir des ouvrages auxquels ils ne penseraient pas forcément», explique-t-elle.



L’heure du conte
Depuis 25 ans, Michelle Saadé Abi Raad anime un rendez-vous devenu incontournable: l’heure du conte. Celui-ci se déroule tous les samedis à 11 heures. Il est suivi d’une activité manuelle, artistique ou ludique.
Au fil des années, le centre a également proposé gratuitement des conférences, des ateliers et diverses rencontres, grâce notamment à l’engagement de bénévoles et d’intervenants venus partager leur savoir.
Un club de lecture destiné aux adultes complète cette programmation. La bibliothèque accueille également des élèves dans le cadre du «Community Service», ainsi que neuf bénévoles qui contribuent à ses activités. Parmi elles, Fadia Baddoura et Jeannine Nader, anciennes bibliothécaires ayant travaillé dans les institutions les plus renommées du pays, ainsi que Loulou Akl, auteure et ancienne enseignante à l’Université de Beyrouth. Loulou Akl est souvent accompagné de son fils, âgé de 59 ans, venu aider le CLAC de Bickfaya.
Ces femmes se sont notamment occupées des enfants déplacés durant la guerre de 2024. «Le travail consiste aussi à inculquer l’amour de la lecture et la discipline», note Loulou Akl. «Nous venons de milieux différents et de tous les courants politiques. Il y a parmi nous des volontaires étrangers installés au Liban. Ils ont une autre vision des choses. Nous ne parlons pas de sujets qui fâchent. Le CLAC est un espace de vivre-ensemble par excellence», ajoute-t-elle.
Même son de cloche chez Asma Andraos et Leila Nassar, membres du conseil municipal de Bickfaya, pour qui les CLAC constituent des espaces d’échange, de culture et de rencontre, où chacun peut apprendre à mieux connaître l’autre.
«La culture devrait être accessible à tous, surtout dans les villages», souligne Asma Androas, ajoutant qu’à «Bickfaya, comme à Mhaydathé, la municipalité accorde une grande importance à la culture et la lecture».
Bickfaya, note de son côté, Leila Nassar, n’est «pas un village isolé». «Sa position centrale lui permet d’être un carrefour pour les localités environnantes, ajoute-t-elle. La lecture et la culture doivent pouvoir être accessibles à tous, et pas uniquement aux habitants de Bickfaya. Le CLAC a ainsi vocation à devenir un véritable espace culturel de proximité pour toute la région.»
L’emplacement du CLAC à proximité du jardin public est aussi importante. «Les familles viennent et il y en a pour tout le monde: pour ceux qui ont envie de jouer, de lire ou simplement de passer un moment dans un espace culturel», renchérit Asma Andraos.
Pour la municipalité, soutenir les CLAC revient donc à investir dans des espaces de proximité qui favorisent la connaissance, le dialogue et la rencontre. Au-delà des livres, ces centres contribuent à créer des liens entre les habitants et à faire de la culture un véritable outil de vivre-ensemble.

