À Amioun, un imposant immeuble abrite la municipalité de la ville, ainsi que le siège de la Fédération des municipalités du caza du Koura, au Liban-Nord. Le Centre de lecture et d’animation culturelle (CLAC), mis en place par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), occupe le deuxième étage.
Créé en 2001 à l’instar des onze autres CLAC du pays, il avait connu un grand succès non seulement auprès des habitants d’Amioun, qui compte 15.000 personnes, mais aussi dans tout le caza du Koura, voire dans tout le Liban-Nord.
Yara, la cinquantaine, mère de trois enfants, aujourd’hui entrés dans la vie active, se souvient de l’époque où elle les amenait au CLAC pour les activités d’éveil et la lecture. «Pour eux, c’étaient les plus beaux moments de la semaine», dit-elle, en entrant dans la bibliothèque. Elle vient encore de temps à autre choisir des livres pour elle-même.
Entre les étagères chargées de livres, Mayla Saadé, septuagénaire, emprunte au moins trois livres par semaine. «J’ai grandi avec la lecture. Je ne peux pas me séparer des livres. J’en prends en français et en arabe», dit-elle.
Malek Farès, président du conseil municipal d’Amioun et de la Fédération des municipalités du Koura, souligne l’importance d’abriter un CLAC sur les lieux. «Même si les gens lisent moins, nous continuons à organiser des activités, notamment des projections de film», raconte-t-il.


Formé de quinze membres, le conseil municipal d’Amioun compte sept femmes, parmi lesquelles Corine Hélou, sa vice-présidente. Elle souligne: «Le monde est en train de changer. C’est la raison pour laquelle la fréquentation a baissé. Et puis, il est temps de passer à l’informatique, de doter les CLAC d’internet et d’ordinateurs pour attirer les jeunes qui viendront par exemple consulter des livres et des documents en ligne.»
Par le passé, de nombreuses activités culturelles étaient organisées au sein de la communauté. Aujourd’hui, le CLAC d’Amioun souhaite se moderniser et doter sa bibliothèque d’outils adaptés aux nouveaux usages. «De moins en moins de personnes viennent emprunter des livres», constate Joëlle Obeid, directrice et animatrice du CLAC d’Amioun, depuis son ouverture, en 2001.
«La bibliothèque compte aujourd’hui près de 8.000 ouvrages et 297 abonnés», explique-t-elle. Les principaux usagers sont des enfants et des personnes âgées. Les jeunes fréquentent moins la bibliothèque.
Changements sociaux après la Covid
«Pour moi, le CLAC est un espace culturel où la connaissance est présente partout», confie Joëlle Obeid. Depuis 25 ans, elle a vu le CLAC évoluer et s’adapter aux changements de la société.
La Covid-19 a aussi modifié les habitudes. «Peut-être que les gens, et surtout les plus jeunes, ont pris l’habitude de rester davantage devant leurs ordinateurs», estime Joëlle Obeid. Elle reste néanmoins attentive aux besoins de la communauté. Il lui arrive ainsi d’apporter des livres à des personnes âgées ou malades qui ne peuvent pas se déplacer et qui ont toujours été des habitués des lieux.


Les dons contribuent également à enrichir le CLAC. «Des personnes souhaitant vider leur bibliothèque me contactent parfois. Si les livres sont en bon état, je les récupère», raconte-t-elle. Ces dons lui permettent aussi de découvrir des ouvrages anciens, parfois rares. Elle s’attache alors à les mettre en valeur à travers des présentoirs, dans une démarche de préservation et de valorisation du patrimoine écrit.
Pour Joëlle Obeid, l’avenir des CLAC passe notamment par des activités menées en collaboration avec les écoles et les institutions. «Cela encourage les gens, notamment les plus jeunes, à venir et à s’habituer aux CLAC. Un livre, c’est de la culture et de l’ouverture d’esprit», insiste-t-elle, notant un brin de fierté dans la voix: «Nous sommes aussi le seul lieu de ce type dans la région.»
Au fil des années, Joëlle Obeid s’est profondément attachée au CLAC. Après avoir étudié l’informatique de gestion, elle est tombée amoureuse de ce lieu et des activités qui y sont organisées. «C’est devenu ma seconde maison», confie-t-elle.
Depuis 25 ans, elle accompagne ainsi l’évolution de la bibliothèque, veille à la préservation de ses collections et cherche à faire du CLAC un véritable espace de culture, de découverte et de partage.


