Créés au Liban au début des années 2000 avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), les douze Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) vont bénéficier d’un programme de modernisation de près de 500.000 dollars sur trois ans.

Dans les villages et les localités périphériques et dans un pays confronté à des crises successives, les Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) sont bien plus que de simples bibliothèques. Depuis leur création, au Liban, au début des années 2000, avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ces espaces se sont progressivement imposés au cœur des communautés locales. Donnant accès aux livres, au savoir et à la culture, ils ont progressivement évolué en lieux de rencontre et d’échange.
Aujourd’hui, les douze CLAC officiellement créés au Liban s’apprêtent à entrer dans une nouvelle phase. Un programme de modernisation, actuellement en préparation, prévoit un soutien d’environ 500.000 dollars sur trois ans. La convention est finalisée sur le plan administratif et le projet vise à rééquiper et à redynamiser ces structures, dont certaines ont continué à fonctionner malgré les crises successives traversées par le pays.
« Les CLAC sont l’un des bijoux de l’OIF », estime Levon Amirjanyan, représentant de l’organisation pour le Moyen-Orient. Créé en 1986, ce dispositif de l’OIF reste, selon lui, « un ancien projet, mais dont l’actualité et la pertinence restent entières ». « Sa raison d’être demeure particulièrement importante dans les zones rurales et périurbaines, où l’accès aux infrastructures culturelles et aux loisirs reste limité », remarque-t-il.
Le financement prévu ne sera pas simplement consacré à la rénovation des locaux. Il doit également permettre de renouveler les fonds documentaires, notamment avec des ouvrages en français adaptés au contexte libanais, et d’acquérir de nouveaux équipements : livres, ordinateurs, tablettes et autres outils numériques. L’objectif est de permettre aux CLAC d’évoluer avec leur époque.
« Les attentes d’aujourd’hui débutent hier », souligne Levon Amirjanyan, pour qui ces centres doivent désormais s’adapter à « l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle ». « Il faut faire en sorte que ces CLAC soient vraiment attractifs », ajoute-t-il.
« Au-delà de la lecture, les CLAC sont conçus comme des espaces d’animation culturelle. Ils peuvent accueillir des projections de films, des spectacles, des activités éducatives, des rencontres et des événements culturels. Leur rôle dépasse ainsi la simple mise à disposition de livres : ils favorisent les échanges, le dialogue et le vivre-ensemble », souligne-t-il.
Cohésion sociale et appropriation du projet

« C’est de la cohésion sociale », résume le représentant de l’OIF. Dans certaines localités, le CLAC est devenu un véritable point de convergence pour la communauté. Les municipalités jouent également un rôle déterminant dans leur fonctionnement. Certaines, malgré des ressources limitées, s’impliquent activement pour faire vivre ces espaces et les intégrer à la vie locale.
« Même avec des moyens limités, il faut que ces CLAC fonctionnent », explique Levon Amirjanyan. Il cite notamment des municipalités qui ont développé, autour de ces centres, des activités complémentaires, notamment des initiatives culturelles. Dans certaines régions, le CLAC contribue même à renforcer l’organisation et la capacité d’action de la municipalité.
Cette appropriation locale est au cœur du projet de modernisation, mené en concertation avec le ministère libanais de la Culture, les autorités locales et les communautés. « Il faut que l’État et les communautés locales s’approprient le projet », insiste Levon Amirjanyan.
Une mission d’évaluation menée l’année dernière par l’OIF et le ministère de la Culture a permis d’examiner le fonctionnement des centres, de rencontrer leurs usagers et d’identifier leurs besoins. Cette étape a confirmé la nécessité de renouveler les fonds et de moderniser les équipements.
Les besoins ne sont toutefois pas identiques partout. Certains CLAC sont déjà très actifs et bénéficient d’un fort engagement de leur municipalité. D’autres ont besoin d’un soutien plus important pour renforcer leur fonctionnement et leur attractivité. Le programme prévoit néanmoins une approche centralisée pour le renouvellement des fonds, avec la distribution d’ouvrages et du matériel adaptés aux différents centres.
Nouveaux besoins culturels et éducatifs

Pour Levon Amirjanyan, la force des CLAC réside précisément dans leur capacité à s’inscrire dans la vie quotidienne des communautés. Il évoque les centres qu’il a visités à Amioun, Bickfaya, Tyr et ailleurs, et souligne l’attention que porte plusieurs municipalités à ces structures. « C’est très beau, parce qu’on voit concrètement sur le terrain comment les choses sont en train de changer, que ce soit au niveau des jeunes ou de l’implication de la municipalité dans la vie des gens », dit-il.
Le projet de modernisation des douze CLAC s’inscrit ainsi dans une vision de long terme. Il ne s’agit pas seulement de rénover des bibliothèques, mais de renforcer des espaces de proximité capables de répondre aux nouveaux besoins culturels, éducatifs et numériques des populations.
Dans un Liban où les institutions locales doivent souvent composer avec des moyens limités, les CLAC peuvent constituer des points d’ancrage. Leur avenir dépendra toutefois autant des équipements et des livres qui seront mis à leur disposition que de la capacité des municipalités et des communautés à les faire vivre.
« C’est un très beau projet », résume Levon Amirjanyan. Un projet ancien, mais qui entend désormais se réinventer pour rester au plus près des attentes d’une nouvelle génération.

