(Crédit photos Marwan Naamani)
«Joe a été le dernier des pompiers à être retrouvé. Dix-sept jours après l’explosion. La carte SIM de son téléphone a été trouvée à Achrafieh, propulsée par le souffle de l’explosion. En réalité, ce sont ses restes qui nous ont été restitués. Nous avons mis des pierres dans son cercueil pour l’alourdir un peu», raconte Nada, la tante de Joe Bou Saab, tué à l’âge de 27 ans.
Toute de noir vêtue, et arborant le portrait de son neveu, elle participait au rassemblement annuel organisé à l’occasion de la sixième commémoration de l’explosion du port de Beyrouth.


L’évènement n’a rassemblé que quelques centaines de personnes. Deux petites foules, l’une remontant du centre-ville et l’autre partie de la caserne des pompiers de la Quarantaine se sont retrouvées sur l’autoroute, devant les silos éventrés du port de Beyrouth.
«Si seulement les habitants des maisons soufflées par l’explosion s’étaient mobilisés, nous aurions été des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers. Mais nous sommes devenus un peuple déshumanisé», dit-elle, avant d’éclater en sanglots.


À côté d’elle, Nada, sèche ses larmes. Elle est venue pour la fille de son amie, Gaia Fadoulian, designer qui aimait les animaux. Gaia était âgée de 31 ans au moment de l’explosion. Elle a été tuée au quartier Sursock. «Il y a trop d’injustice dans ce pays», murmure-t-elle, avant de confier qu’elle avait décidé de quitter le Liban après l’explosion du port. En vacances dans le pays en été, elle ne rate jamais la commémoration du 4 août.
Joumana, elle, est une miraculée. Depuis le drame, elle n’a manqué aucune commémoration. «Le 4 août 2020, j’étais au balcon, avec mon mari, dans notre appartement de Gemmayzé. Je regardais l’incendie du port lorsque j’ai entendu une déflagration. Il y a eu ensuite comme une rafale de coups de feu, avant qu’une énorme boule de feu rouge ne jaillisse des silos. J’ai couru vers l’intérieur de l’appartement. J’ai voulu ouvrir la porte du balcon mais il n’y avait plus de portes… il n’y avait plus rien», se souvient-elle.
Ce soir-là, Joumana a dormi chez elle, malgré tout. «Tout était détruit, le lit était couvert de bris de verre. J’ai enlevé la couverture, mis une autre et je me suis installée dans mon lit», raconte-t-elle.


Georges vient chaque année de Jounieh. Il tient le portrait d’une victime qu’il ne connaît pas. Il n’a jamais manqué une commémoration. «C’est mon devoir envers mon pays: faire en sorte que l’impunité s’arrête, que le Liban soit reconstruit et qu’il devienne un jour le pays auquel nous aspirons. Cette explosion a impacté tout le Liban».
Pour la deuxième année consécutive, depuis l’élection de l’actuel président de la République Joseph Aoun et de la formation du gouvernement Nawaf Salam, en hiver 2025, la commémoration annuelle a réuni des officiels, notamment des ministres et des députés.


Comme chaque année, à 18h 07, une minute de silence est observée. Elle est suivie des cornes de brume des bateaux amarrés au port de Beyrouth, des cloches des églises qui sonnent le glas, des allah akbar des muezzins, de l’hymne national et de la lecture du nom des 255 victimes.
Se sont relayés à la tribune, la sœur de Joseph Roukoz, Cécile, le frère de Joe Noun, William, Hiam Kaadan, la maman d’Ahmed et Paul Naggear, le père d’Alexandra.
Ils ont appelé à ce que l’acte d’accusation soit publié sans tarder, à ce que justice soit faite et à ce que les blessés de l’explosion dont le cas nécessite toujours un suivi médical, soient pris en charge par le ministère de la Santé.

