Une conférence organisée par UMAM dans le cadre de l’exposition « Sednaya. L’architecture de la répression et de la mort en Syrie » et qui se tient au Berlin-Hohenschönhausen Memorial revient sur un chapitre peu connu de l’histoire contemporaine syrienne : les liens étroits qui ont uni, pendant plusieurs décennies, l’Allemagne et les services de renseignement syriens.

L’exposition Sednaya L’architecture de la répression et de la mort en Syrie
Le complexe pénitentiaire de Sednaya, situé au nord de Damas, est tristement célèbre pour son histoire. Construit en 1987 sous le nom de « Prison militaire n° 1 », il a été utilisé par Hafez el-Assad puis Bachar el-Assad pour détenir des prisonniers politiques ainsi que d’autres détenus. Des milliers de personnes y ont trouvé la mort à la suite d’exécutions, de tortures ou de maladies, ce qui a valu à Sednaya le surnom de « l’abattoir humain ».
L’exposition « Sednaya : l’architecture de la répression et de la mort en Syrie », conçue par Prisons Museum e.V. en coopération avec UMAM Documentation & Research, considère la prison comme une véritable scène de crime qui doit être minutieusement documentée afin de révéler ce qui s’y est déroulé dans le secret pendant des décennies. Grâce à des reconstitutions virtuelles de plusieurs espaces emblématiques du complexe carcéral — des cellules collectives aux lieux d’exécution — les visiteurs sont invités à découvrir les mécanismes de la répression mis en œuvre au sein de cette prison.
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Si l’appareil sécuritaire syrien est souvent associé à l’héritage du parti Baas et à la dynastie Assad, les recherches récentes de plusieurs universitaires mettent en lumière des influences étrangères déterminantes, notamment allemandes. De l’accueil de criminels nazis après la Seconde Guerre mondiale à la coopération institutionnelle avec la Stasi est-allemande durant la Guerre froide, ces connexions auraient contribué à façonner certains mécanismes de contrôle et de répression du régime syrien.
L’ombre nazie en Syrie
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs officiers nazis et membres de la SS parviennent à échapper à la justice internationale. Certains trouvent refuge en Syrie, alors en pleine construction de son appareil étatique et militaire.
Parmi eux figure Alois Brunner, l’un des plus proches collaborateurs d’Adolf Eichmann et l’un des principaux responsables de la déportation de centaines de milliers de Juifs européens vers les camps d’extermination nazis. Installé en Syrie sous une fausse identité à partir de 1954, Brunner aurait servi pendant plusieurs années comme conseiller auprès des services de sécurité syriens.
Sa présence illustre une réalité longtemps occultée : le recours par certains États du Moyen-Orient aux compétences d’anciens officiers nazis dans les domaines du renseignement, de la surveillance et de l’organisation sécuritaire.
La RDA et l’édification de l’État sécuritaire syrien
À partir du milieu des années 1960, les relations entre la République démocratique allemande (RDA) et la Syrie se renforcent considérablement. Dans le contexte de la Guerre froide, Damas devient un partenaire stratégique du bloc de l’Est.
La RDA fournit alors à la Syrie des équipements militaires, des technologies de surveillance et un soutien technique destiné à renforcer ses institutions sécuritaires. La Stasi, célèbre police politique est-allemande, participe également à la formation de cadres syriens chargés du renseignement intérieur et du contrôle politique.
Selon plusieurs chercheurs, cette coopération a laissé une empreinte durable sur l’architecture des services de sécurité syriens. Les méthodes de surveillance, les systèmes de collecte d’informations et certaines pratiques de contrôle de la population auraient été influencés par les modèles développés en Allemagne de l’Est.
Transferts de savoir-faire sécuritaire
La conférence réunit les chercheuses Noura Chalati, basée à Berlin, et Thora Pindus de l’Université de Marbourg. Leurs travaux explorent les réseaux d’intermédiaires, les transferts de savoir-faire sécuritaire et les coopérations politiques qui ont accompagné l’évolution du système répressif syrien.
L’objectif est également de questionner certaines narrations dominantes sur les origines de l’appareil sécuritaire syrien en soulignant le rôle d’acteurs étrangers souvent absents des analyses traditionnelles.
La rencontre sera modérée par Elke Stadelmann-Wenz, responsable de la recherche au Mémorial de Berlin-Hohenschönhausen, ancien centre de détention de la Stasi devenu lieu de mémoire des victimes du régime est-allemand.
Une mémoire toujours vivace
Alors que les crimes commis dans la prison de Sednaya et dans de nombreux centres de détention syriens continuent d’alimenter les enquêtes internationales sur les violations des droits humains, cette initiative rappelle que les systèmes de répression ne se construisent jamais dans l’isolement.
L’histoire des liens entre la Syrie, les anciens nazis réfugiés au Moyen-Orient et les institutions sécuritaires de l’ex-RDA met en évidence la circulation transnationale des pratiques de surveillance et de contrôle. Une réalité qui éclaire d’un jour nouveau la genèse de l’un des appareils sécuritaires les plus redoutés du monde arabe.
