Au programme du centre culturel et musée Badguèr, durant quatre jours, des ateliers d’artisanats, de la broderie, de la peinture, des concerts, des récitals et des stages de danse et aussi du recyclage.
Quand on est réfugié et qu’on quitte son pays pour se refaire une vie dans un autre, on ne peut prendre ni terrain ni maison. Ce que l’on peut emporter, c’est ce que personne ne peut arracher, tout ce qu’on a appris : les coutumes et les souvenirs.
C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’Arpi Mangassarian a créé Badguèr (image en français) durant les années 1990, un musée et un atelier consacré aux arts et à l’artisanat arménien au cœur de Bourj Hammoud, le quartier au nord de Beyrouth qui a accueilli les Arméniens depuis le génocide de 1915.
Dans le cadre de Beirut Art Days, organisé par l’Agenda culturel, Arpi Mangassarian, a ouvert grand les portes de Badguèr pour plusieurs activités. Durant quatre jours l’endroit était transformé en ruche d’abeilles, grouillant de vie, d’activités et de monde.











Taline Ekizian, architecte, peintre et sculpteur, a travaillé sur place, explorant le thème de Jonas, personnage biblique ayant été avalé par la baleine et expulsé de ses entrailles trois jour plus tard. « C’est une histoire de l’espoir que l’on garde malgré tout », explique l’artiste.
Lisa Garo Gulgulian a présenté l’héritage de son père et de son grand-père. La jeune femme qui est designer de chaussures, fabriqués dans les ateliers de Bourj Hammoud, a pris le métier de son père, spécialisé dans la restauration de la maroquinerie, notamment des sacs et des chaussures, et de son grand-père, cordonnier, qui avait un tout petit magasin au centre-ville de Beyrouth. « Grâce à Badguèr j’ai bénéficié d’un atelier de confection de chaussures où j’ai pu polir et moderniser les connaissances que j’avais », souligne la jeune femme qui propose à la vente des escarpins et des sandales fabriqués à la main.
Egalement au programme, des ateliers de confection de fleurs en perles, de kilims arméniens, de la broderie, de la peinture, de la danse et aussi du recyclage.
« Nos tapis gorgés de symboles n’ont jamais été placés par terre. La légende veut qu’à partir de nos symboles dessinés sur nos tapis que nous puisons notre force et notre prospérité (lions et tigres pour la force, raisins et grenades pour la prospérité). C’est comme si l’âme des anciens était dedans. C’est pour cela que nous les accrochons aux murs », dit Arpi Mangassarian.
Pour la broderie, ce sont des points spécifiques des villes que les Arméniens ont été contraints de quitter avec le génocide, notamment Marach et Ayntab.
« Badguèr n’est pas uniquement un musée, aussi nous sommes ancrés dans le présent et nous travaillons étroitement avec la municipalité de Bourj Hammoud, qui bientôt bénéficiera d’un grand projet du tri et du recyclage des ordures, nous avons proposé durant trois jours des ateliers sur le tri des ordures à toutes les tranches de la population, que ce soit les enfants ou les adultes », note la fondatrice de Badguèr.
Egalement au programme, des concerts, des récitals et des stages de danse. « Nous allons clôturer nos activités au cours du week-end en dansant dans la rue. Et pas n’importe quelle danse. La danse des princes, le dos droit et épaule contre épaule puisant nos forces des princes de l’au-delà », ajoute-t-elle.
Le Liban, terre d’accueil
« Le peuple arménien est un peuple vivant et vibrant. J’ai toujours eu en face de moi des gens qui bougent, qui travaillent, qui réfléchissent, qui créent et qui aiment. Moi-même j’ai reçu beaucoup d’amour de mes parents, Noubar et Marie, de mes grands-parents et de toute de ma famille. Même s’ils ne sont plus là, je veux que ça dure et je veux aussi transmettre l’amour que j’ai reçu et cela se fait ici à Badguèr à travers nos activités et notre présence », explique-t-elle.
Arpi Mangassarian est animée par un feu sacré, un amour incommensurable de la vie et du prochain et par une passion capable de transformer les choses et de bouger des montagnes. Il suffit de la voir à la tâche quand l’espace culturel qu’elle a créé grouille de monde ou quand elle reçoit dans son restaurant ou encore, il y a quelques années, quand ses parents centenaires étaient encore vivants et égrenaient leurs souvenirs ou chantaient les chants traditionnels arméniens, devant les visiteurs.
C’est loin des sentiers battus qu’elle s’est faite carrière.
Née à Zahlé, de descendants de survivants du génocide arménien, Arpi suit des études d’architecture à l’ALBA, travaille dans un bureau d’architectes de Beyrouth puis quitte le Liban en 1990 avec « la guerre d’élimination », celle qui avait opposé, au cœur même du camp chrétien, le général Michel Aoun aux Forces Libanaises.
« Je suis partie pour l’Arménie où j’ai travaillé dans la restauration des bâtiments anciens. Mon plan était de rester, mais je suis rentrée au Liban et en 1993, la municipalité de Bourj Hammoud m’a chargé de la section architecture de la localité », raconte-t-elle.
Arpi Mangassarian, perfectionniste née, retourne à l’université pour se spécialiser en urbanisme. Dans un quartier qui respire la vie et chargé d’histoire, comme Bourj Hammoud, il faut préserver le passé, vivre le présent et ses changements, tout en pensant l’avenir.
Riche de ses racines arméniennes et de son appartenance au Liban, la fondatrice de Badguèr évoque ses souvenirs. « Mon père est né à Alep. A Zahlé, il parlait aux voisins en arabe. Mon père travaillait dans les chemins de fer, pour les fêtes il nous amenait rendre visite à ses collègues libanais. C’est comme cela que nous avons appris le libanais et nous sommes fait des amis », se souvient-elle.




