Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a lancé à la Bibliothèque nationale un ambitieux projet de réhabilitation de 57 bibliothèques publiques à travers le Liban, avec un objectif clair : doubler leur fréquentation en moins de deux ans et en faire des espaces de savoir, de dialogue et de cohésion nationale.
Mis en œuvre en partenariat avec l’UNESCO et avec le soutien de l’ambassade de Norvège, de la Fondation Chris « LOOPS » Seikali et de la Fondation MCN Build, le projet bénéficie d’un financement initial d’environ 650 000 dollars.
« Les bibliothèques publiques jouent un rôle fondamental dans le renforcement de l’identité nationale, car elles sont totalement exemptes de préjugés sectaires, partisans ou locaux », a déclaré M. Salamé, exprimant l’espoir qu’elles puissent devenir « un modèle pour les institutions nationales».

Pour le ministre, les bibliothèques ne sont plus de simples lieux de consultation de livres. « Elles sont devenues des espaces de culture, de rencontre et d’échange ouverts à tous, sans distinction de sexe, de religion ou d’appartenance sociale », a-t-il souligné.
Ghassan Salamé a également rappelé les efforts entrepris depuis un an pour moderniser la Bibliothèque nationale, notamment grâce à une subvention de plus de 600 000 dollars destinée à la numérisation de ses collections.
Le ministère de la Culture travaille aujourd’hui avec un réseau de 57 bibliothèques publiques réparties hors de Beyrouth, tandis que la capitale en compte trois. Une évaluation complète du réseau a été menée au cours de l’année écoulée afin d’identifier les besoins spécifiques de chaque établissement.
Le programme prévoit des interventions adaptées à chaque bibliothèque : rénovation des infrastructures, reconstruction lorsque nécessaire, enrichissement des collections et développement d’activités culturelles destinées à attirer de nouveaux publics.
Le second défi est celui de la fréquentation. Selon les chiffres du ministère, quelque 125 000 personnes fréquentent chaque année les bibliothèques publiques en dehors de Beyrouth.
« Ce chiffre reste faible. Nous voulons le porter à 250 000 visiteurs en moins de deux ans », a affirmé le ministre. « Pour y parvenir, il faut proposer des activités attractives et innovantes, notamment pour les enfants et les jeunes. »

Des remparts contre la désinformation
Le directeur du Bureau régional de l’UNESCO à Beyrouth, Paolo Fontani, a insisté sur le rôle croissant des bibliothèques face à la désinformation, aux discours de haine et aux bouleversements technologiques.
« Les bibliothèques publiques du Liban demeurent des espaces sûrs et inclusifs d’apprentissage et de dialogue », a-t-il déclaré.
Selon lui, elles permettent aux jeunes de développer leur esprit critique, d’évoluer dans l’espace numérique de manière responsable et de répondre à la haine par la compréhension plutôt que par la peur.
« Parmi les institutions les plus démocratiques de nos sociétés, elles garantissent l’accès au savoir pour tous et contribuent à bâtir des communautés informées, inclusives et résilientes », a-t-il ajouté.
Le soutien de la Norvège et de la diaspora
L’ambassadrice de Norvège au Liban, Hilde Haraldstad, a réaffirmé l’engagement de son pays à soutenir les bibliothèques publiques en partenariat avec les institutions nationales, l’UNESCO et les communautés locales.
« Les bibliothèques sont bien plus que de simples bâtiments. Elles offrent aux enfants et aux communautés un espace pour apprendre, échanger et imaginer un avenir meilleur, même dans les moments les plus difficiles », a-t-elle déclaré.
De son côté, Me George Chédrawi a mis en avant l’engagement des fondations MCN Build et Chris « LOOPS » Seikali, créées aux États-Unis par des Libanais de la diaspora.
« Ensemble, nous nous engageons non seulement à reconstruire ces bibliothèques, mais aussi à les équiper des technologies les plus récentes dont la jeunesse libanaise a besoin pour relever les défis de demain », a-t-il affirmé.
Les bibliothèques concernées seront notamment dotées d’un accès Internet haut débit, d’ordinateurs, de logiciels de robotique, d’imprimantes 3D, d’outils d’apprentissage numérique avancés et d’autres équipements technologiques modernes encore inaccessibles à de nombreux jeunes Libanais.
La présentation détaillée du projet a ensuite été assurée par Yasmine Hélou et Nadim Choueiri, du ministère de la Culture.




