Jeudi 28 mai à Athènes, sur la terrasse de l’Institut français, rue Sina. Au coucher du soleil iconique de la capitale grecque s’ajoutent une température idéale et un parterre d’invités venus savourer ce que le monde arabe a de meilleur à offrir : sa culture.
Un moment suspendu où nostalgie, mal du pays et trop-plein de violence démesurée se font face et se confrontent en silence. Les mots en arabe de la poétesse palestinienne basée à Athènes, Carol Sansour, résonnent dans la quiétude du couchant, relayés par ceux, en français, de l’actrice Christelle Saez.
« À la saison des abricots » embrasse l’expérience de vie d’une femme palestinienne dans un pays qui semble voué à une perpétuelle inexistence.

Aux premiers rangs, l’ambassadrice de France à Athènes, Laurence Auer, et la directrice de l’Institut du Monde arabe à Paris, Anne-Claire Legendre, venue spécialement pour l’événement.
Le Festival de Philosophie de l’Institut français de Grèce a accueilli à Athènes, pour sa 12ᵉ édition 2026 des Dialogues européens, un cycle itinérant de débats d’idées organisé dans plusieurs capitales européennes. Pour la première fois au sud de l’Europe, cet événement a réuni différentes disciplines et générations afin de réfléchir aux conséquences, pour l’Europe, des conflits qui touchent son voisinage immédiat.
L’ensemble de la programmation, y compris cette performance, a été réalisé par l’Institut français de Grèce en collaboration avec l’IF Paris, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026. L’attachée culturelle de l’ambassade de France, Anouk Rigeade, souligne pour Beyrouth 360 qu’il était important « d’allier dans la programmation différents formats, non seulement du débat mais aussi des propositions artistiques, qui permettent d’entrer dans les sujets d’une autre façon, par l’émotion ».

Et d’ajouter: « Nos événements de débat d’idées visent toujours à créer un dialogue franco-grec, cela fait partie des principales missions de l’IFG. Cette année, nous voulions élargir à la fois à d’autres pays européens, en invitant ce cycle de Dialogues européens organisé par nos collègues à Paris, et à d’autres pays méditerranéens, dans le contexte de la saison culturelle méditerranéenne lancée en France la semaine dernière. »

À la Saison des Abricots, extraits
Au début étaient les abricots
Des pages vertes, jaunes et miel
Des enfants qui jouent dans la poussière
Et ma mère qui prépare le lait, le café et le thé
Ma mère, toujours les trahisons les plus graves, les pertes les plus sévères et l’exil le plus long, à la saison des abricotsChaque chose est à sa place.
Pas moi.Je maudis la certitude et l’endroit, mais cette fois je ne maudis pas le temps
Cela dit, j’ai fumé chaque et bien sûr je ne suis pas heureuse
Que suis-je devenue ?
Baratin, sans aucun doute
Je me taisPourquoi est-ce nous qui devons partir ?
J’ai envie qu’une bombe atomique tombe sur les intellectuelsJe suis envahie d’un doux sentiment de désespoir
La vérité, c’est qu’il n’y a rien
Ce qui motive, c’est la digression
Je t’écris pour rythmer mon âme
Je me sens comme un tambour crevéPas de regrets
Je referai les mêmes choix si j’en avais l’occasionPartout, je labourerai et puis je m’en irai
Les espaces se contractent
Alors je sais que l’éclat a disparu de mes yeuxComme ça pourrait être si ça pouvait être
Soit le monde voit, soit le monde ne voit pas
Conscients de notre profonde tristesse, nous forçons nos corps à travers d’infinis tunnels (…)
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L’IMA, donner des clés de compréhension du monde arabe
À l’issue de la performance, c’est Anne-Claire Legendre qui a pris le relais, répondant aux questions du directeur exécutif de la Fondation Dinos & Lia Martinos, Christos Carras, autour de la place de l’IMA au sein du monde arabe : « L’Institut du monde arabe, un pont entre les cultures ».

Ce qui ressort de l’intervention de la directrice de l’IMA, c’est que le rôle de son institution consiste principalement à donner des clés de compréhension d’un monde arabe qui n’en finit plus de se construire et de se déconstruire au rythme des violences qui le secouent.
« Difficile d’abandonner une position de neutralité, et comme Carol Sansour l’a si bien dit : “Soit le monde voit, soit le monde ne voit pas.” On ne peut pas nier le déchaînement de violence à Gaza et au Liban. On doit être aussi un réceptacle des émotions, sinon il n’y aurait pas de place d’expression pour tous ces artistes. »
Quelle est donc la place de l’IMA en 2026, quarante ans après sa création ?
« Les sociétés arabes ont connu quarante ans de bouleversements et il existe aujourd’hui, au Maroc, au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, une effervescence culturelle assez peu connue du monde occidental », indique Anne-Claire Legendre.
Il s’agit de sociétés très jeunes, avec 21 ans d’âge moyen, qui se tournent actuellement de plus en plus vers le monde anglo-saxon et l’Asie pour construire leur avenir plutôt que vers l’Europe.
Pour tenter de pallier cela, l’IMA veut mettre en lumière « cette effervescence culturelle ».
Autre aspect de la mission de l’IMA que souligne Carras dans ses questions à Legendre : cette jeunesse arabophone en France à laquelle il faut savoir s’adresser. « Le rôle de l’IMA en France, c’est de prêter une attention toute particulière à la langue arabe, qui est la deuxième langue parlée en France. »
« Il y a la troisième et la quatrième génération de Français citoyens qui souhaitent conserver cet héritage culturel, et nous souhaitons pouvoir leur offrir ce cadre-là. » Car il s’agit de tisser un lien avec tout un patrimoine culturel, d’offrir également un accès aux livres en arabe hors des institutions religieuses, loin des stigmates de l’extrémisme et des séparatismes.
