Yara Lapidus se produira pour la première fois au Liban ce samedi. L’initiative est celle de la productrice et DJ chevronnée, Wafa Khochen.
Ce premier concert se tiendra à Métro al-Madina devant une salle de 300 personnes spectateurs. Wafa Khochen a voulu, pour cette première rencontre, une atmosphère intimiste et surtout artistique par excellence.
La productrice DJ a découvert Yara Lapidus il y a un peu plus d’un an, à travers une chanson de David Bowie, the man who sold the world, que l’auteure-compositrice-interprète d’origine libanaise a adapté en langue arabe, en 2024.

Plus tôt dans sa carrière, Yara avait adapté en langue arabe également, la chanson How de John Lennon.
C’est par la suite, que Wafa Khochen, qui avait organisé et produit de nombreux festivals, découvre que Yara Wakim est orginaire de Tyr, tout à fait comme elle.
« C’est à ce moment-là que j’ai su que c’est avec moi qu’elle se produira pour la première fois sur scène, au Liban », souligne la productrice à Beyrouth 360 ; elle entre en contact avec l’artiste. Le projet prend un an pour se concrétiser. Wafa Khochen rêvait de deux concerts, l’un à Beyrouth, l’autre à Tyr. Mais Tyr devrait attendre pour le moment, le Liban-Sud demeure dans une situation fragile. Il y aura donc un seul et unique spectacle à Beyrouth.
« Wafa et moi communiquons depuis presque un an par téléphone, sans jamais nous être rencontrées. C’est une histoire humaine avant tout, fondée sur la confiance mutuelle. Wafa a pris sa décision il y a à peine quelques mois, et tout s’est mis en place très simplement », raconte Yara Lapidus à Beyrouth 360.
« Wafa a tenu à ce que ce premier concert reste intime, presque confidentiel. Il a donc fallu imaginer un set plus épuré que d’habitude. En France, nous sommes souvent sept ou huit sur scène ; ici, je viens avec un guitariste, et je répéterai avec un violoniste et un claviériste libanais. Une formule inédite, qui s’est imposée comme une évidence », ajoute l’artiste.
Yara Lapidus, qui avait deux passions quand elle était enfant, la mode et la musique, et qui avait excellé dans les milieux de la fashion, quelques années après son départ définitif du Liban, peu avant la fin de la guerre de 1990, s’est vue obligée de changer définitivement de carrière en 2010.
« La musique était là depuis l’enfance : une guitare à six ans, puis le piano, dans une maison pleine d’art et de sons – une mère peintre et guitariste, un père architecte, sculpteur et mélomane. Pourtant, je me suis d’abord tournée vers la mode. J’écrivais depuis toujours. Et j’ai suivi tous les cours de théâtre possibles. La scène me fascinait, sans que je sache encore ce que j’y ferais. En 2010, un accident médical a tout bouleversé. Il m’a contrainte à changer de métier : je ne pouvais plus utiliser mon deuxième bras. Ce qui aurait pu être une fin est devenu un commencement. Comme si la vie, par un détour brutal, m’avait ramenée à l’essentiel : l’écriture, la voix », dit-elle.
« Je n’ai pas choisi la chanson comme une carrière. C’est elle qui s’est imposée. Une nécessité. Comme si les émotions, jusque-là contenues dans la mode, avaient fini par réclamer un autre espace : celui des mots et de la musique », ajoute-t-elle.
Et c’est le Liban qu’elle écrit et qu’elle chante. Comme si tout l’y ramène malgré son long exil, entamé en prenant un bateau pour Chypre, puis l’avion pour Paris, où elle a fait sa vie.
« Tout me ramène au Liban, comme une évidence : ma famille, mes amis, mon cœur. J’y retourne souvent – tous les trois mois, parfois – pour retrouver les miens, revenir à mes racines. Chaque voyage est une respiration, une façon de rester reliée à ce qui m’a façonnée. Ce qui me manque, c’est de ne l’avoir jamais connu prospère. Cette « Suisse du Moyen-Orient » dont mes parents me parlaient, et que même des étrangers évoquent encore quand je les croise en voyage. Comme un paradis perdu, un pays idéalisé. Porter la nostalgie d’un pays qu’on n’a jamais connu en paix est assez cruel. Alors je le fais revivre dans mes chansons. Non comme un souvenir, mais comme une promesse », souligne-t-elle.
« Chanter une première fois au Liban, sera un moment à la fois simple et vertigineux », ajoute-t-elle. Je chanterai mon répertoire, tissé de mes propres compositions, de celles de Gabriel Yared, d’Archive, de Bachar Mar-Khalifé et de tant d’autres… Il y aura des morceaux dédiés au Liban, d’autres très parisiens, et l’Orient viendra les ponctuer comme une respiration. Une traversée entre deux rives, à l’image de mon parcours ».
