Située à deux cents mètres du littoral, l’île Abdelwahab s’étend sur environ 600 m² et occupe une place singulière dans l’histoire et le paysage maritime tripolitain.
L’association Patrimoine Tripoli – Liban a organisé, sur l’île Abdelwahab au large d’el-Mina, une soirée sous le patronage et en présence de Fayez Rasamny, ministre des Travaux publics et des Transports.
L’événement, organisé conjointement avec la municipalité d’el-Mina, visait à replacer cette île emblématique au cœur de la mémoire collective et à alerter sur son état de dégradation, conséquence de longues années de négligence.
Située à deux cents mètres du littoral, l’île Abdelwahab s’étend sur environ 600 m² et occupe une place singulière dans l’histoire et le paysage maritime tripolitain. Localement surnommée « l’île aux Vaches », en raison des dugongs qui fréquentaient autrefois ses eaux, elle a été durant des siècles un haut lieu de construction et de réparation navale, confié à la famille Abdelwahab, dont elle porte aujourd’hui le nom.
Cette activité traditionnelle a façonné l’identité maritime de la ville, étroitement liée à ses pêcheurs, artisans et chantiers navals.
L’île conserve encore des vestiges remarquables, notamment les ruines du monastère Saint-Thomas, datant de l’époque croisée. Ce patrimoine architectural, associé à une biodiversité rare et fragile, confère au site une importance historique, culturelle et environnementale. Ses rochers, ses plantes sauvages rares, ses tortues marines menacées et ses oiseaux migrateurs en font un écosystème précieux — un véritable microcosme du littoral libanais.
L’île Abdelwahab, située à proximité de la longue corniche d’el-Mina, pourrait devenir un lieu de promenade, de découverte écologique et d’activités culturelles, intégré à la vie quotidienne des habitants. Mais depuis 2015, quand une passerelle piétonne a été construite et des espaces verts plantés, aucune restauration n’a été menée. Aujourd’hui, les signes de dégradation sont évidents : des portions de la passerelle manquent, rendant l’accès à l’île dangereux, et des déchets se sont accumulés.
La soirée avait également pour but de mobiliser des fonds pour la restauration de Dar Fatima, maison historique située près du souk des orfèvres, au cœur des vieux souks de Tripoli, afin qu’elle devienne un lieu dédié à de futurs événements culturels.
Développement durable
Pour cet événement, l’île s’est transformée en un espace d’accueil fidèle à son identité patrimoniale. Les invités ont partagé un dîner inspiré de l’hospitalité chaleureuse et des saveurs authentiques des maisons traditionnelles tripolitaines.
Au programme également : un concert mis en lumière pour magnifier la silhouette et le cadre naturel de l’île.
Prenant la parole, M. Rasamny a souligné l’importance de Tripoli et du Liban-Nord, notant que « l’objectif du gouvernement est de parvenir à un développement équilibré dans toutes les régions libanaises, en augmentant les opportunités d’emploi et en améliorant les conditions de vie ».
La présidente de Patrimoine Tripoli – Liban, Joumana Chahal Timery, a expliqué que l’objectif de l’association qu’elle représente est « de créer des projets de développement durable et de mettre en lumière les valeurs historique et culturelle de Tripoli, ainsi que son potentiel touristique et économique ».
Au-delà de son aspect festif, cette initiative a donc voulu raviver le lien entre la communauté et son patrimoine maritime, affirmer l’importance de préserver de tels sites dans une logique de développement durable, et encourager leur intégration dans la vie culturelle et touristique de la ville.
Avec une restauration adaptée et une gestion responsable, l’île Abdelwahab pourrait devenir un espace ouvert et accessible — symbole de préservation, d’écotourisme et de transmission patrimoniale.
Créée à Paris en 2009, l’association Patrimoine Tripoli – Liban œuvre pour la protection et la promotion du patrimoine matériel et immatériel de la ville. Elle mène des projets de restauration, organise des ateliers de formation aux métiers d’art traditionnels, et sensibilise le public à l’importance du patrimoine.
Son approche participative implique directement les habitants dans les initiatives et les projets, renforce leur sentiment d’appartenance et place le patrimoine au cœur du développement social et économique de Tripoli.
