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    L’explosion du port de Beyrouth: bilan matériel et financier

    Marie-José GedBy Marie-José Ged13 août 2025
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    Photo crédit Patricia Khoder pour @Beyrouth360
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    Lorsqu’un drame humain survient — comme l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, causant plus de 200 morts et 6 500 blessés — le premier réflexe collectif est de rendre hommage aux victimes, de décrire leurs souffrances et d’exprimer la solidarité. Les pertes matérielles ou financières ne sont évoquées qu’ensuite, souvent perçues comme secondaires face à l’irréparable. C’est pourtant cette dimension économique qui façonne à long terme la vie des survivants, leur relance et même l’avenir de la collectivité.


    Bilan matériel et financier

    La Banque mondiale a estimé les dommages physiques subis par la ville (logements, infrastructures, patrimoine culturel, système de santé, etc.) entre 3,8 et 4,6 milliards de dollars.

    De même, l’explosion du port a entraîné des pertes économiques ultérieures dues à la baisse, voire à l’arrêt total, de l’activité économique pendant plusieurs mois. Ces pertes ont été estimées entre 2,9 et 3,5 milliards de dollars.

    Selon plusieurs cabinets de conseil tels que PricewaterhouseCoopers ou Strategy&, voici les détails des secteurs touchés :

    • Logements gravement endommagés : 2 500 bâtiments ont subi des dommages modérés à sévères, laissant environ 300 000 personnes sans abri. Coût estimé : 1,8 milliard de dollars.
    • Entreprises : environ 31 000 entreprises sinistrées, incluant les pertes de stock au port de Beyrouth. Le coût direct de l’explosion est estimé à 865 millions de dollars, avec une perte de revenus d’environ 920 millions durant la première année post-explosion.
    • Patrimoine culturel : 480 bâtiments historiques touchés, dont 85 sévèrement. Coût de restauration estimé : 285 millions de dollars.
    • Système de santé : 17 hôpitaux endommagés, dont 4 sévèrement, ainsi que 16 centres de soins primaires. Coût de reconstruction : 75 millions de dollars.
    • Infrastructures publiques : environ 15 milliards de dollars seraient nécessaires pour remettre en état le port, les voies d’accès, les silos et les réseaux de distribution.
    • Effets sociaux : environ 80 millions de dollars ont été estimés pour les soutiens médicaux physiques et en santé mentale.

    Estimation globale : entre 15 et 20 milliards de dollars en pertes directes, dommages matériels et pertes économiques indirectes.

    Un montant faramineux, surtout pour un pays déjà broyé par une crise économique multidimensionnelle qui touche l’ensemble de ses secteurs.


    Le rôle (négligeable) de l’État libanais

    La réponse de l’État libanais a été une gifle supplémentaire au peuple. Le gouvernement, déjà coupable de négligence grave quant au stockage du nitrate, a présenté sa démission quelques jours après la tragédie, mais est resté en fonction dans un statut intérimaire, sans réelle capacité de décision efficace, pourtant indispensable dans une telle situation.

    Aucune stratégie nationale de coordination des secours ou de relogement n’a été mise en place. La fragmentation entre autorités locales, forces armées et ONG a engendré une duplication des efforts et une grande confusion sur le terrain. Les Libanais se sont retrouvés livrés à eux-mêmes pour déblayer les rues, leurs foyers et leurs magasins, panser leurs blessures et pleurer leurs morts.

    Les images les plus marquantes dans la mémoire collective sont probablement celles du président Michel Aoun, se baladant sur le port, les mains dans les poches, aux côtés du président français Emmanuel Macron, qui, lui, est allé à la rencontre de la foule dans les rues de Beyrouth — chose qu’aucun de nos politiciens n’a eu le courage de faire. Ou encore celle du président du Parlement, Nabih Berri, en cravate bleu ciel et tout sourire, accueillant Macron à l’aéroport de Beyrouth, alors que ce dernier avait eu la décence de porter une cravate noire.

    Cinq ans après le drame, les autorités libanaises bloquent toujours l’enquête par des manipulations politiques et des pressions judiciaires.


    Le rôle des ONG

    Face à l’absence de l’État, plusieurs ONG se sont mobilisées pour soutenir les victimes.

    La Croix-Rouge libanaise a immédiatement déployé 125 ambulances et 375 secouristes le jour du drame. Elle a traité et transporté 3 741 personnes vers les hôpitaux encore fonctionnels, apporté un soutien médical primaire à 16 158 personnes et distribué 15 750 unités de sang.

    Grâce aux 12 millions de dollars de dons spécifiquement destinés à la catastrophe, la Croix-Rouge a également distribué de l’aide alimentaire et des kits d’hygiène à près de 100 000 personnes, et a soutenu 9 744 familles avec une aide financière de 300 dollars sur sept mois.

    D’autres ONG ont également été très actives. En voici quelques exemples :

    • Impact Lebanon : campagne lancée par des membres de la diaspora sur JustGiving. Elle a récolté 9,2 millions de dollars auprès de 171 000 donateurs, investis dans la reconstruction de logements, hôpitaux, petites entreprises et sites patrimoniaux, au bénéfice de 25 000 personnes.
    • Beb w’Shebbek : initiative citoyenne spécialisée dans les réparations de portes et fenêtres, ayant levé 1,2 million USD pour réparer près de 830 logements et écoles dans les semaines suivant l’explosion.
    • SEAL / Beirut Emergency Fund : coalition comprenant SEAL, LIFE, LebNet, Kuwait-America Foundation, etc. Ensemble, ils ont levé environ 8,47 millions USD, dont 5,16 millions gérés directement par SEAL. Répartition :
      • 3,02 M USD vers les hôpitaux
      • 652 000 USD pour les besoins médicaux
      • 312 000 USD pour le soutien en santé mentale
      • 4,20 M USD pour la réhabilitation de logements et commerces
      • 279 000 USD pour l’aide alimentaire et l’hygiène
    • Beirut Hope : initiative née juste après l’explosion, fournissant colis alimentaires, kits d’hygiène, repas chauds, couvertures et matériel de maison, en coordination avec d’autres ONG.
    • Food Blessed : active avant l’explosion, cette organisation a mis en place une cuisine communautaire et distribué des milliers de repas et colis alimentaires.
    • Switzerland Solidarity / Medair / HEKS / Caritas / Terre des Hommes : ces ONG suisses ont distribué de l’aide financière (HEKS), des kits d’hygiène et de l’aide alimentaire (Caritas), participé à la réhabilitation de logements (Medair) et soutenu les enfants sur le plan psycho-juridique (Terre des Hommes).
    • International Medical Corps & LOYAC : l’IMC a lancé un plan d’urgence, rénové des foyers et même un théâtre à Bourj Hammoud. LOYAC a mis en place un programme de gestion du traumatisme pour ses volontaires et participants à la campagne Rise Up Beirut.

    Ces chiffres illustrent une mobilisation financière massive, souvent bien plus rapide et structurée que les réponses nationales. Plusieurs ONG ont toutefois signalé un essoufflement des dons après quelques mois, laissant de nombreux projets inachevés malgré des besoins urgents — comme l’a souligné Beit el Baraka.


    Une leçon douloureuse

    Lorsque les morts s’accumulent, personne ne parle d’abord d’argent. Mais un drame comme l’explosion du port de Beyrouth révèle que l’impact financier est colossal et déterminant pour l’avenir d’un pays.

    Les ONG ont porté l’essentiel de la réponse d’urgence : soins médicaux, secours, aides monétaires à des centaines de milliers de personnes, dans un contexte de paralysie étatique. Aucune coordination nationale, aucune gestion structurée, ni enquête véritablement indépendante.

    Les dégâts matériels se chiffrent entre 4 et 5 milliards USD de dommages physiques, et jusqu’à 15 à 20 milliards USD de coûts totaux, incluant les infrastructures, le port, les pertes économiques et la détérioration des services essentiels.

    Cette tragédie demeure une leçon douloureuse : si les premières responsabilités incombaient à l’État, c’est la société civile — et les ONG — qui ont assuré un secours vital.

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    Marie-José Ged

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