Dans un contexte où les grandes entreprises ferment ou délocalisent, ces transformations venues de la base témoignent d’une capacité d’adaptation remarquable. Si elles ne suffisent pas à redresser l’économie nationale, elles montrent la voie vers un modèle plus autonome et enraciné dans le local.
Depuis l’effondrement économique de 2019, le Liban vit une mutation silencieuse mais profonde de son paysage économique. Si la dévaluation de la livre, l’effondrement du secteur bancaire et la chute du pouvoir d’achat ont fragilisé l’économie traditionnelle, certains pans de l’activité ont su rebondir. Deux dynamiques majeures se démarquent : le regain de compétitivité de l’industrie locale et l’essor des microentreprises.
L’industrie locale, un retour stratégique
Longtemps reléguée derrière le commerce et les services, l’industrie libanaise retrouve une place de choix dans l’économie. La dévaluation de la monnaie a rendu les produits locaux plus abordables que les importations devenues hors de prix. Résultat : la demande pour les biens fabriqués au Liban, notamment dans l’agroalimentaire ou les produits d’usage quotidien, est en forte hausse.
Mais cette relance reste fragile. Manque d’infrastructures, coûts de production volatils, accès difficile au financement : les obstacles sont nombreux. En l’absence d’un plan industriel national, cette dynamique pourrait s’essouffler rapidement.
Les microentreprises, réponse directe à la pénurie
Autre signe de résilience : la multiplication des microentreprises, souvent informelles. Face à la disparition de nombreuses marques internationales, des particuliers lancent leur propre activité : épiceries de quartier, boulangeries artisanales, ventes de vêtements en ligne ou services à domicile. Ces initiatives permettent de générer des revenus d’appoint, mais aussi de répondre à une demande locale non satisfaite.
Cependant, ces activités sont précaires et rarement encadrées. Inflation, absence de protection sociale et difficultés d’accès au crédit freinent leur développement à long terme.
Une relance venue du terrain
Dans un contexte où les grandes entreprises ferment ou délocalisent, ces transformations venues de la base témoignent d’une capacité d’adaptation remarquable. Si elles ne suffisent pas à redresser l’économie nationale, elles montrent la voie vers un modèle plus autonome et enraciné dans le local.
Mais sans réformes structurelles ni vision économique à long terme, ces efforts risquent de rester marginaux. La résilience, aussi admirable soit-elle, ne peut compenser indéfiniment l’absence de gouvernance.
