Nehmat Aoun ne se contente pas de porter des vêtements élégants ; elle incarne la mode libanaise en tant que vitrine vivante du savoir-faire national.
Depuis son arrivée au palais de Baabda en janvier 2025, Nehmat Aoun, épouse du président Joseph Aoun, s’impose comme une figure de proue du style libanais contemporain. Avec une garde-robe méticuleusement pensée, elle célèbre les talents locaux tout en insufflant une touche de modernité à la fonction de Première Dame. Elle incarne une élégance qui fait du bruit… en silence.
Un style affirmé, une symbolique maîtrisée
Dès ses premiers pas officiels, Nehmat Aoun, qui maîtrise son apparence comme une discipline — calme, stratégique, parfaitement dosée — a opté pour des tenues aux couleurs symboliques : noir et blanc, comme un écho à une société en quête de réconciliation et d’unité. On l’a ainsi vue dans une création Moschino agrémentée de boutons dorés en forme de croix, portée avec des escarpins Dior. Plus tard, elle fera appel au célèbre couturier Elie Saab pour accueillir Emmanuel Macron : elle portait alors un ensemble blanc piqué de paillettes noires — subtil jeu d’ombre et de lumière.
Ni trop, ni trop peu. Toujours juste. Tailleur sobre, robe fluide, manteau structuré : les coupes sont nettes, les longueurs maîtrisées. Rien ne déborde, mais rien n’emprisonne. Et surtout, aucun logo à l’horizon. Elle parle matière, pas marque. Silhouette, pas spectacle.
Une vitrine pour les créateurs libanais
Derrière cette sobriété vibrante, on devine des signatures prestigieuses — mais toujours locales. Nehmat Aoun ne se contente pas de porter des vêtements élégants ; elle incarne la mode libanaise en tant que vitrine vivante du savoir-faire national. Pour son portrait officiel, elle a choisi une robe de Jeanne Feghaly, jeune designer en plein essor. « Elle a une vraie sensibilité à la simplicité forte, » confie la styliste, « et elle sait ce qu’elle veut : quelque chose qui lui ressemble. »

On l’a aussi vue dans des créations de Dalida Ayach et de la maison Glamoda Style, prouvant son attachement aux talents établis comme émergents. Et bien sûr, des signatures phares : Elie Saab, en version épurée, loin des paillettes hollywoodiennes ; Rami Kadi, qui lui a dessiné une robe ivoire aux broderies ton sur ton, portée lors d’un dîner officiel ; Georges Hobeika, pour un manteau-cape à la coupe sculpturale, parfait pour accueillir des chefs d’État sans leur voler la lumière ; Rabih Kayrouz, pour l’audace d’un drapé architectural qui épouse sans contraindre.
Sans oublier Sarah’s Bag, pour ses accessoires artisanaux et engagés, choisis comme clins d’œil à l’économie solidaire libanaise.
Ses proches confient qu’elle choisit elle-même ses pièces, discute avec les couturières, connaît la main derrière chaque couture. Sa garde-robe est une cartographie de la création libanaise.
Le chic naturel en toute discrétion
Sa palette chromatique privilégie les tons naturels — ivoire, beige, olive, bleu azur, marine — parfois rehaussés d’un rouge coquelicot ou d’un bleu nuit pour les grandes occasions. Son maquillage ? À peine un souffle. Ses cheveux ? Libres, jamais figés. Elle n’essaie pas de paraître jeune : elle est simplement elle-même.
Sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent : « un naturel apaisant », « une classe silencieuse », « une élégance utile ». Dans les coulisses, les stylistes parlent d’une femme attentive à chaque détail, soucieuse du fil, du tissu, du geste. Rien n’est ostentatoire, tout est porteur de sens.
Une Première Dame à l’écoute de son époque
Contrairement à certaines de ses prédécesseures, Nehmat Aoun embrasse pleinement l’ère numérique. Active sur les réseaux sociaux, elle partage ses engagements, ses apparitions, ses projets. Mais derrière la vitrine, il y a le fond : à la Commission de la condition de la femme à l’ONU, elle ne joue pas les représentations protocolaires. Elle parle. Elle plaide. Elle agit.
D’autres Premières Dames ont marqué leur époque par leur élégance. Il y avait Zelfa Chamoun, icône de l’âge d’or libanais — tailleurs cintrés, brushing impeccable, ambassadrice d’un Liban qui se voulait le Paris du Moyen-Orient. Il y avait aussi Mona Hraoui, plus investie socialement, mais également très attachée à l’élégance formelle des années 1990.
Nehmat Aoun, elle, appartient à une autre ère. Elle ne cherche pas à incarner un pays rêvé, mais à représenter un Liban possible. Un Liban qui valorise le savoir-faire local, qui retrouve sa mesure, sa décence, son goût des choses bien faites.
L’élégance comme soft power
Elle ne suit pas la mode : elle la réoriente. À l’heure du branding à outrance et des silhouettes tapageuses, Nehmat Aoun choisit la trace, la durée, l’essentiel. Elle ne joue ni la star, ni la dame patronnesse, mais une figure de stabilité douce. Et ce faisant, elle redéfinit le rôle de Première Dame : non pas une vitrine, mais un reflet — celui d’un pays en quête de dignité.
Dans un Liban fragilisé, où tant de voix se perdent dans le vacarme, elle rappelle qu’un geste peut parler, qu’un tissu peut dire, qu’une allure peut reconstruire. En 2025, l’élégance silencieuse était devenue le langage le plus puissant de l’engagement.
