À l’issue de la tournée régionale de Jean-Noël Barrot, la diplomatie française affiche un optimisme mesuré concernant le Liban. Paris salue des avancées sécuritaires, notamment au sud du Litani, tout en soulignant l’ampleur des défis à venir, entre désarmement du Hezbollah, renforcement de l’armée libanaise et échéance du retrait de la FINUL.
La tournée éclair au Proche-Orient du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot étant terminée, des sources diplomatiques proches du quaid’Orsay s’accordent pour dire que sa visite au Liban s’est conclue sur une note positive.
Cette tournée, qui l’a conduit successivement en Syrie, en Irak et au Liban, a été particulièrement dense au Liban, où plusieurs dossiers importants devaient être discutés par M. Barrot et ses interlocuteurs libanais.
Le lien particulier qui unit le Liban et la France a une fois encore été mis en avant lors de la visite du chef du Quai d’Orsay. Ce dernier a en effet rappelé, lors de sa conférence de presse à Beyrouth, que le Liban est « le pays du monde dans lequel j’ai effectué le plus de visites bilatérales, et c’est un signe du lien si particulier qui unit nos deux pays et nos deux peuples. Plus que des amis, des frères ». Comme le disait le général de Gaulle dans une phrase bien connue ici comme en France : « Dans tout cœur de Français, le nom seul du Liban fait remuer quelque chose de très particulier. Les Libanais ont été, à travers les siècles, le seul peuple dont jamais le cœur n’a cessé de battre au rythme du cœur de la France. »
Mais la lucidité était également au rendez-vous lors de ses rencontres avec Nabih Berry, Nawaf Salam, Youssef Raji et Rodolphe Haykal, respectivement président du Parlement, Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et commandant en chef de l’armée.
La source diplomatique insiste sur plusieurs développements positifs relevés par la diplomatie française à Beyrouth, notamment en ce qui concerne les avancées relatives au désarmement du Hezbollah. « La phase 1 est un succès, un succès opérationnel complet. Le Hezbollah n’est plus en mesure de conduire des opérations significatives » depuis la zone au sud du Litani. Cela n’empêche pas le Liban et Israël d’avoir des « différends persistants », et la source rappelle dans ce contexte que « l’occupation en cinq points du Liban par Israël » se poursuit, même si, sur le plan diplomatique, les discussions qui se sont déroulées entre les deux pays sont inédites.
C’est dans ce contexte que se prépare actuellement la conférence de soutien à l’armée libanaise, prévue le 5 mars prochain à Paris. La France reste consciente des défis qui se présentent quant à cette conférence, car il s’agit d’abord de déterminer les besoins de l’armée libanaise « pour pouvoir y répondre », non seulement sur le plan financier, mais aussi à travers nos capacités et nos ressources. Une partie du milliard d’euros dont a besoin l’armée libanaise « doit venir du budget de l’État » et non pas uniquement des donateurs internationaux.
Le chef de l’armée libanaise s’est dit confiant quant à la volonté américaine de participer à la conférence du 5 mars, tandis que le général Haykal a assuré que le reste de la visite s’était très bien déroulé.
Il faut donc avancer sur le désarmement et exprimer clairement les besoins de l’armée libanaise afin de pouvoir coordonner une offre internationale lors de la conférence. La source diplomatique note à cet égard les défis de l’après-FINUL — la FINUL doit en effet conclure sa mission au sud du Liban en 2027 — ainsi que les questions que cela posera à l’armée libanaise et la reconfiguration sécuritaire que cela exigera.
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LA FINUL EN BREF
À l’origine, la FINUL a été établie en mars 1978 par le Conseil de sécurité pour confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, rétablir la paix et la sécurité internationales et aider le Gouvernement libanais à rétablir son autorité effective dans la région. Le mandat de la mission a été ajusté deux fois en raison des développements intervenus en 1982 et en 2000.
La porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Kandice Ardiel, a déclaré à l’Agence France-Presse que la mission prévoit de réduire et de retirer tous ou la quasi-totalité de ses éléments en uniforme d’ici la mi-2027, avec un achèvement complet d’ici la fin de l’année.
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La menace du Hezbollah «très réduite» au sud du Litani
Interrogée sur l’écart important entre l’évaluation française du Hezbollah et celle des Israéliens, la source explique que la phase 1 au sud du Litani « s’est bien passée ». Des responsables israéliens de haut niveau estiment que la menace y est « très réduite, pour ne pas dire totalement éliminée ». Ils considèrent en revanche que, sur le reste du territoire libanais, la situation n’en est pas encore là, que le Hezbollah continue de se rééquiper et de se réarmer, et qu’au nord du Litani subsiste un certain nombre de défis.
« De notre côté, nous avons plutôt intérêt à souligner les efforts des Libanais ; de leur côté, ils choisissent d’être plus stricts afin de préserver leur liberté de mouvement aux yeux de la communauté internationale », ajoute la source.
Concernant l’éventuel maintien de troupes françaises après le départ de la FINUL, aucune décision n’a encore été prise à ce sujet. Même si cette possibilité est envisagée, elle reste a préciser sur les modalités, les dates et la forme que cette présence pourrait prendre.
Jean-Noël Barrot a également abordé avec les responsables libanais le dossier des réfugiés syriens et leur éventuel retour, en soulignant les enjeux liés à la sécurisation de ce retour ainsi que son impact socio-économique pour le Liban.
Par ailleurs, la France a réitéré l’importance de « faire adopter le plus rapidement possible » la Gap Law, de préférence « avant la tenue de l’assemblée de printemps du FMI et de la Banque mondiale », sachant que cette loi conditionne l’organisation d’une conférence pour la reconstruction du Liban.
