A travers The Decorator, Natasha Tavoukjian invite le spectateur à regarder au-delà des apparences et à écouter ce qui se dit entre les mots. La pièce célèbre la vulnérabilité comme un chemin vers la compréhension et transforme une nuit de tempête en moment de reconnaissance mutuelle. Une expérience théâtrale intime et touchante au Monnot.

Une inconnue frappe à une porte. Une tempête éclate. Deux femmes que tout oppose se retrouvent contraintes de partager une nuit, un espace… et peu à peu, leurs vérités. Avec The Decorator, Natasha Tavoukjian signe une pièce sensible et contemporaine qui explore la puissance des rencontres imprévues, du dialogue et de l’écoute. Écrite par Natasha Tavoukjian et mise en scène par Monica Gavrielides, la pièce est présentée en anglais à ACT | Le Monnot.
Dans un entretien à Beyrouth 360, l’autrice revient sur les thèmes centraux de l’œuvre, son rapport à l’écriture, et la place essentielle que le théâtre occupe dans sa vie.
Beyrouth360 : The Decorator commence par une inconnue qui frappe à une porte et se termine par deux femmes qui se regardent autrement. Qu’est-ce qui vous fascine dans les rencontres fortuites, et pourquoi pensez-vous qu’elles peuvent être si transformatrices ?
Natasha Tavoukjian : Ce qui me fascine dans les rencontres fortuites, c’est leur capacité à bousculer discrètement nos certitudes. Dans The Decorator, ces deux femmes se rencontrent par hasard, mais cette rencontre n’a rien d’aléatoire. Elles se retrouvent à un moment précis de leur vie où elles ont besoin l’une de l’autre, même si aucune des deux n’en a conscience au départ.
Beyrouth360 : La pièce se déroule pendant une tempête, à la fois réelle et émotionnelle. Le chaos est-il, selon vous, quelque chose qui détruit ou qui révèle la vérité ?
Natasha Tavoukjian : Le chaos peut faire les deux : il peut faire émerger notre humanité ou, au contraire, l’ensevelir. Dans la tempête, ces deux femmes finissent par se rapprocher autour de traumatismes partagés et de racines culturelles similaires. Le chaos fait tomber les masques, les politesses et les défenses… et il faut bien l’admettre, un peu d’alcool aide aussi à se livrer.
Beyrouth360 : Les deux femmes se disputent, rient, pleurent et se livrent parfois sans retenue. Pourquoi était-il important pour vous de les montrer imparfaites plutôt que simplement “aimables” ?
Natasha Tavoukjian : L’imperfection me semblait essentielle, car c’est là que naît l’identification. Ces femmes ne sont pas exceptionnelles par ce qu’elles ont vécu, mais par le fait qu’elles osent en parler. En mettant des mots sur leurs expériences, elles trouvent une forme d’émancipation et une compréhension silencieuse : ailleurs n’est pas toujours mieux.
Beyrouth360 : Vous écrivez en anglais, mais vos pièces voyagent à travers différentes cultures. Pensez-vous consciemment à un public international lorsque vous écrivez, ou faites-vous confiance à l’universalité des histoires humaines ?
Natasha Tavoukjian : Qu’on le veuille ou non, l’anglais est devenu une langue partagée entre les cultures. C’est aussi la langue dans laquelle je peux m’exprimer le plus librement. Je n’écris pas en pensant à un public international ; j’écris sur des expériences humaines sincères et reconnaissables. Lorsqu’une histoire est ancrée dans une vérité émotionnelle, elle voyage naturellement. Le fait que mes pièces aient été jouées à Dubaï, aux États-Unis, à Chypre et aujourd’hui au Liban confirme que l’identification dépasse les frontières.
Beyrouth360 : Le théâtre est votre échappatoire créative, en parallèle d’une carrière exigeante dans le monde des affaires. Dans une société obsédée par la productivité, que vous a appris le théâtre sur le temps, l’écoute et la connexion humaine ?
Natasha Tavoukjian :Le théâtre est mon refuge face au monde des affaires. Aussi ancrée que je sois dans cet univers, je reste une rêveuse, et le théâtre est l’espace où ces rêves peuvent exister. Il m’oblige à ralentir, à écouter vraiment et à accepter la complexité. Il me permet de raconter des histoires profondément humaines, tout en laissant libre cours à l’imagination foisonnante que je porte en moi.
The Decorator
Texte : Natasha Tavoukjian
Mise en scène : Monica Gavrielides
Lieu : ACT | Le Monnot
Horaire : 19h30
Langue : anglaise
Billets : 20 $ / 15 $
En vente chez Antoine ou au 70 626 200
