Sylviane ZEHIL, aux Nations unies – Au Conseil de sécurité de l’ONU, la France et les États-Unis ont défendu jeudi deux visions contrastées de la paix au Proche-Orient : l’une fondée sur le droit international et le multilatéralisme, l’autre sur la puissance et le pragmatisme stratégique. Entre légitimité juridique et leadership américain, le débat a révélé les lignes de force d’une diplomatie mondiale en quête d’équilibre.
Deux voix majeures se sont élevées jeudi au Conseil de sécurité lors du débat ouvert sur le Proche-Orient : celle de la France, attachée à une paix fondée sur le droit et la légitimité internationale, et celle des États-Unis, porteurs du plan de paix en « 20 points » du président Donald Trump. Au-delà des convergences sur la nécessité de transformer le cessez-le-feu à Gaza en processus durable, leurs interventions ont dessiné deux approches distinctes, l’une multilatérale et normative, l’autre volontariste et stratégique.
La France : “saisir cette chance historique” dans le cadre du droit international
Pour le représentant permanent de la France, Jérôme Bonnafont, « le mois écoulé aura été marqué à la fois par le souvenir tragique du deuxième anniversaire des attaques terroristes du 7 octobre 2023 et par l’espoir suscité par la signature d’un accord de paix historique à Charm el-Cheikh ». Paris salue l’action diplomatique des États-Unis, du Qatar, de l’Égypte et de la Turquie, qui ont rendu possible cet accord ouvrant « une perspective : un cessez-le-feu permanent, la libération de tous les otages et un accès humanitaire immédiat et sans entrave ».
Mais cette chance, avertit Jérôme Bonnafont, ne sera durable que si elle s’appuie sur le respect du droit international et sur la légitimité des institutions multilatérales. « Le Hamas doit restituer sans délai les dépouilles des otages israéliens à Gaza et cesser ses actions armées… Israël doit permettre l’entrée massive de l’aide humanitaire par le biais des Nations unies et des ONG internationales », a-t-il déclaré, avant de rappeler la portée juridique de la récente décision de la Cour Internationale de justice (CIJ) : « La France appelle Israël à se conformer à ses obligations, telles que rappelées par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif du 22 octobre 2025. »
Entre le multilatéralisme normatif de la France et le réalisme stratégique des États-Unis, le Conseil de sécurité a ainsi offert une image saisissante de la diplomatie contemporaine : l’une plaçant la légalité internationale et les Nations unies au cœur du processus, l’autre revendiquant un leadership américain fondé sur les résultats et la dissuasion.
Fidèle à la tradition diplomatique française, Jérôme Bonnafont a articulé son intervention autour de cinq priorités structurantes, qui esquissent une véritable feuille de route pour la phase post-conflit.
Premièrement, la sécurité et l’ordre public : Paris propose le déploiement à Gaza d’une force internationale de stabilisation, mandatée par le Conseil de sécurité et invitée par l’Autorité palestinienne. Cette force, soutenue par un appui régional, devrait permettre la reconstitution de forces régulières palestiniennes de sécurité et de police et « le désarmement du Hamas ».
Deuxièmement, la France insiste sur l’urgence humanitaire et la reconstruction : « L’accès de l’aide humanitaire doit se faire par tous les points de passage, sous la coordination des Nations unies, du CICR et des ONG, dans le plein respect du droit international humanitaire. » Paris réaffirme ici « le rôle irremplaçable de l’UNRWA » et salue les efforts de mobilisation de l’Égypte.
Troisièmement, la gouvernance : Jérôme Bonnafont rappelle que « la boussole de la France, c’est le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à un État… un État de Palestine qui englobe Gaza et la Cisjordanie ». Il précise que l’Autorité palestinienne réformée en assumera la responsabilité, tandis que « le Hamas ne pourra y jouer aucun rôle ».
Quatrièmement, la question territoriale : la France met en garde contre les projets d’annexion de la Cisjordanie, dénonçant « une violation flagrante du droit international et une grave menace à la solution à deux États ».
Cinquièmement, enfin, la stabilisation régionale : au Liban, Paris salue « les décisions historiques courageuses pour assurer le monopole de l’État sur les armes » et appelle Israël à « cesser ses frappes en territoire libanais ». En Syrie, la France voit dans la réinsertion du pays dans son environnement régional « une contribution à la stabilité du Proche-Orient » et « salue le rapprochement avec le Liban, fondé sur le respect mutuel », tout en exhortant Israël à « se retirer des zones occupées ».
Le représentant de la France a rappelé la responsabilité collective du Conseil : « Il appartient au Conseil de sécurité de se saisir de ce moment historique, comme l’y appelle la Charte, pour en faire le point de départ d’un avenir différent pour les peuples de la région : un avenir de paix, de sécurité, de progrès humain pour tous. »
Dans la tradition d’une diplomatie d’équilibre, la France affirme ainsi une vision de la paix fondée sur le droit, la légitimité et la souveraineté des peuples, refusant à la fois les logiques d’occupation et les idéologies de confrontation.
Les États-Unis : « le plan de paix du président Trump une occasion historique »
Face à cette approche juridico-diplomatique, le ton de l’ambassadeur américain Mike Waltz a été plus martial et pragmatique. « Le plan de paix en 20 points du président Trump offre une occasion historique… Sa diplomatie a permis d’obtenir le cessez-le-feu à Gaza, avec le soutien du monde entier », a-t-il affirmé, saluant « le retour à la maison de vingt otages vivants, après 738 jours passés en captivité dans un enfer vivant ». Le représentant américain a présenté ce plan comme une victoire du leadership américain et une étape vers « un Moyen-Orient de paix et de prospérité ».
Fidèle à la tradition diplomatique française, Jérôme Bonnafont a articulé son intervention autour de cinq priorités structurantes, qui esquissent une véritable feuille de route pour la phase post-conflit.
Mais le ton s’est durci à l’égard du Hamas : « Le Hamas doit immédiatement restituer les corps des 13 otages restants… Le président ne plaisante pas : le Hamas n’a plus d’avenir à Gaza. » Et d’avertir : « S’il ne respecte pas ses engagements, il violera le cessez-le-feu et devra faire face à des conséquences, des conséquences sévères. »
Mike Waltz a fustigé « le silence et l’hypocrisie » de certains États face aux « exécutions sanglantes perpétrées par le Hamas dans les rues de Gaza », accusant le mouvement de « tuer ses propres citoyens à des fins de propagande ». « Honte au monde pour son silence face à ces crimes », a-t-il lancé, citant le président Trump : « Les terroristes du Hamas doivent immédiatement cesser ces tueries, ou ils seront eux-mêmes éliminés. »
Sur le terrain humanitaire, l’ambassadeur a défendu les efforts américains pour « réhabiliter les infrastructures essentielles de Gaza » et mobiliser la communauté internationale, tout en dénonçant l’avis de la Cour internationale de justice jugé « ouvertement politique mais heureusement non contraignant ». Il a par ailleurs condamné « l’impunité totale accordée à l’UNRWA malgré son implication dans le terrorisme du Hamas ».
Enfin, Mike Waltz a étendu la perspective au-delà de Gaza : « La communauté internationale doit inciter le régime iranien à renoncer à son illusion révolutionnaire… Grâce à une action ferme contre les proxys iraniens, nous observons des opportunités historiques au Liban, en Syrie, en Irak et dans toute la région. » Et d’ajouter : « Nous espérons voir davantage de pays rejoindre les Accords d’Abraham… Plus nous parlerons de chemins de fer, d’intelligence artificielle et de prospérité, moins nous parlerons de haine. »
Entre le multilatéralisme normatif de la France et le réalisme stratégique des États-Unis, le Conseil de sécurité a ainsi offert une image saisissante de la diplomatie contemporaine : l’une plaçant la légalité internationale et les Nations unies au cœur du processus, l’autre revendiquant un leadership américain fondé sur les résultats et la dissuasion. Toutes deux, néanmoins, convergent vers une même aspiration : transformer le cessez-le-feu en paix durable, et tourner la page d’une décennie de guerres au Moyen-Orient.
