L’enquête sur l’explosion du port demeure une priorité pour Adel Nassar. Lors de sa nomination en février dernier, le ministre de la Justice avait inscrit parmi ses priorités la reprise de l’instruction, paralysée durant plus de deux ans pour des raisons politiques.
Le juge d’instruction Tarek Bitar, chargé du dossier, a pu reprendre ses travaux peu de temps après l’arrivée du nouveau président de la République et la formation du nouveau gouvernement, en début d’année.
Dans un entretien accordé à Beyrouth 360, Adel Nassar a tenu à souligner qu’« il y aura un acte d’accusation. Cet acte est nécessaire, mais il ne suffit pas. Il faut que l’affaire aille jusqu’au bout, et cela n’est possible qu’en appliquant la loi. Je mettrai tout en œuvre pour faire aboutir l’enquête et permettre la tenue du procès ».
Malgré les entraves et les pressions passées, exercées notamment par le Mouvement Amal et le Hezbollah, un acte d’accusation devrait être établi. Pour le ministre de la Justice, le Liban est désormais entré dans une nouvelle ère et le dossier de l’explosion du port constitue, pour lui comme pour le gouvernement et le président de la République, une priorité nationale.
Communiqué conjoint d’Amnesty International et Human Rights Watch
- Dans un communiqué conjoint publié le 4 août 2025, à l’occasion de la cinquième commémoration de l’explosion du port de Beyrouth, Amnesty International et Human Rights Watch ont souligné qu’au lieu de faciliter l’enquête, « plusieurs responsables politiques et hauts fonctionnaires convoqués par le juge d’instruction principal, Tarek Bitar — notamment des généraux, des juges, des députés et d’anciens ministres — n’ont eu de cesse de la faire capoter. Ils ont refusé de se présenter aux séances d’interrogatoire, invoquant diverses formes d’immunité, et ont lancé une série de recours juridiques contre le juge, entraînant de multiples suspensions de l’enquête ».
- Le texte rappelle également qu’en janvier 2023, lorsque Tarek Bitar a tenté de relancer l’instruction — au point mort depuis deux ans —, le procureur général de l’époque, Ghassan Oueidat, que le juge avait inculpé, a décidé de le poursuivre en justice, entraînant une nouvelle suspension de la procédure. Ghassan Oueidat avait également ordonné la libération des suspects placés en détention provisoire depuis l’explosion et avait enjoint les forces de sécurité ainsi que le parquet de cesser toute coopération avec le juge Bitar.
Il insiste : « Il faut exiger que justice soit rendue, que le procès ait lieu. C’est une question de droit pour les victimes. Nous ne parlons pas seulement de l’acte d’accusation, mais surtout du procès qui doit suivre. L’acte d’accusation, seul, n’est pas suffisant ».
Depuis son arrivée au ministère, Me Adel Nassar s’est engagé à améliorer la situation de la justice au Liban, et ce, même si son mandat ne doit pas dépasser 18 mois. « J’ai pris à cœur trois grands dossiers, trois priorités : l’enquête sur l’explosion du port, l’indépendance de la justice et les nominations. Aujourd’hui, tout est en marche et l’enquête du port a repris », explique-t-il.
Il précise que « l’enquête progresse aujourd’hui grâce à la coopération entre le procureur auprès de la Cour de cassation, Jamal Hajjar, et le juge d’instruction, alors qu’auparavant elle avait été interrompue ». Selon lui, le juge Bitar a enfin pu interroger un certain nombre de personnes qu’il n’avait pas pu entendre auparavant, notamment d’anciens ministres, mais pas encore les députés. « La procédure est en cours », martèle-t-il, soulignant que « malheureusement, la loi permet des manœuvres dilatoires, et cela pas seulement au Liban, mais dans tous les pays. Dans de nombreux États, ce type d’enquête peut prendre jusqu’à dix ans avant d’aboutir à un jugement définitif. C’est un long processus ».
Très ferme sur le dossier, Me Nassar déclare : « Il est évident que sans une justice capable d’apporter des réponses et de mener à bien un dossier aussi grave que celui de l’explosion du port, la confiance entre la société et la justice — et donc entre la société et l’État — serait gravement entachée. Je ne peux pas répondre de ce qui s’est passé avant mon arrivée, mais depuis que je suis en poste, l’enquête a été relancée ».
Il conclut : « Tout ce que je peux apporter comme soutien logistique ou faciliter l’accès à l’information lorsque cela relève des compétences du ministère de la Justice, je le fais sans hésitation. Cette explosion a fait plus de 250 morts et 6 500 blessés. Les familles des victimes ont un droit fondamental à la vérité. Ce qu’elles ont enduré est presque inhumain, d’autant plus que cette enquête a été très souvent bloquée. Il est donc de notre devoir de veiller à ce que le juge en charge de l’instruction dispose de tout le soutien logistique et institutionnel nécessaire pour mener son travail à bien ».
