Jamais depuis 2011 un tel mouvement n’avait été observé. Entre le 6 et le 12 août, plus de 700 réfugiés ont traversé la frontière avec l’appui du HCR. Mais ce retour se fait dans un vide total de services : hôpitaux paralysés, écoles surchargées, réseaux d’eau et d’électricité détruits.
Treize ans après le début du conflit, la Syrie vit un moment charnière. Depuis décembre dernier, près de 2,5 millions de Syriens sont rentrés chez eux : 779 473 réfugiés revenus de l’étranger et 1,7 million de déplacés internes, dont plus de 800 000 sortis de camps insalubres. Mais ce qui devrait être une victoire de l’espoir menace de se transformer en impasse humanitaire.
Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) dénonce un « échec flagrant » de la communauté internationale. Après plus d’une décennie d’exil, des centaines de milliers de familles franchissent enfin le pas du retour, mais elles retrouvent des maisons réduites en gravats, des écoles détruites, des hôpitaux hors service et l’absence d’eau ou d’électricité.
« C’est révoltant : après des années d’investissements massifs dans l’aide d’urgence, presque rien n’existe pour soutenir la reconstruction, alors que le retour est enfin une réalité », déplore Jan Egeland, secrétaire général du NRC, en visite en Syrie cette semaine.
Des retours massifs… mais précaires
Jamais depuis 2011 un tel mouvement n’avait été observé. Entre le 6 et le 12 août, plus de 700 réfugiés ont traversé la frontière avec l’appui du HCR. Mais ce retour se fait dans un vide total de services : hôpitaux paralysés, écoles surchargées, réseaux d’eau et d’électricité détruits.
À Idleb, des familles repartent aussitôt, incapables de survivre dans des ruines. À Harasta, des pères reconstruisent seuls leurs maisons, sans matériaux ni emploi, laissant leurs familles derrière eux.
Une crise aggravée par de nouveaux déplacements
Alors que d’innombrables Syriens rentrent, d’autres continuent de fuir. Dans le gouvernorat de Soueïda, 192 000 personnes ont été déplacées en quelques semaines à cause des récents affrontements. Les équipes de l’UNICEF et du NRC parlent de besoins « désespérés » en eau potable, nourriture et soins médicaux.
Des médecins ont été tués, des hôpitaux bombardés, des quartiers entiers plongés dans le noir.
« Comment parler de retour durable alors que des dizaines de milliers de personnes fuient encore sous les bombes ? » interroge Jan Egeland. « Les gens ne peuvent pas reconstruire leur vie si leurs maisons sont encore en flammes. »
L’impasse du financement
L’ampleur du décalage est abyssale : sur les 3,2 milliards de dollars nécessaires à la réponse humanitaire 2025, seuls 414 millions ont été versés. Autrement dit, 87 % des besoins restent sans réponse.
Le NRC, actif depuis 2013 à travers des programmes d’abris, d’éducation, de moyens de subsistance et de soutien juridique, est à bout de souffle.
« Sans investissements immédiats pour reconstruire les maisons, les écoles et les infrastructures vitales, les Syriens n’auront d’autre choix que de repartir. L’abandon actuel est une trahison », avertit Jan Egeland.
Une fenêtre d’opportunité historique
Derrière les chiffres, des vies brisées. Comme Abou Fahd, père de quatre enfants, revenu seul à Harasta pour retaper sa maison :
« Les écoles sont surchargées, il n’y a ni eau ni électricité. Les besoins sont immenses. »
À Idleb, d’autres familles, confrontées à des murs fissurés ou à des bombes non désamorcées, fuient à nouveau, parfois au péril de leur vie.
« Ce que nous voyons aujourd’hui est une fenêtre d’opportunité unique pour transformer la Syrie », conclut Egeland. « Mais si la communauté internationale tourne le dos, l’histoire retiendra que nous avons laissé passer la chance de mettre fin à l’une des plus grandes crises de déplacés de notre époque. »
