Le Liban, souvent associé à ses crises politiques et difficultés économiques, surprend aujourd’hui par son intérêt croissant pour l’intelligence artificielle. Malgré les obstacles, le pays s’efforce de se positionner sur la carte mondiale des nouvelles technologies. La conférence “AI and Lebanon”, organisée sur plusieurs semaines fin juillet dernier, en est l’illustration.
Difficile, dans les conditions socio-politiques actuelles, d’associer le Liban à l’intelligence artificielle. Que faire de cette technologie de pointe dans un pays où presque tout manque ?
Et pourtant, du 21 au 26 juillet 2025, s’est tenue une conférence sur le thème de l’IA au Liban, organisée sous le patronage du ministre Kamal Schéhadé.
Le Liban, souvent associé à ses crises politiques et difficultés économiques, surprend aujourd’hui par son intérêt croissant pour l’intelligence artificielle. Malgré les obstacles, le pays s’efforce de se positionner sur la carte mondiale des nouvelles technologies. La conférence “AI and Lebanon”, organisée sur plusieurs semaines en juillet dernier, en est l’illustration.
Dans son discours d’ouverture, Hikmat Beaini, PDG de Future 10X , affirme, non sans enthousiasme, que « le Liban entre dans une nouvelle ère — une ère où l’intelligence artificielle peut contribuer à résoudre des défis persistants et à libérer son potentiel inexploité ».
De l’amélioration des services publics à la transformation de secteurs clés tels que la santé, l’éducation, le tourisme et l’agriculture, « l’IA offre au Liban une voie vers une gouvernance plus intelligente et un développement durable ».
Après avoir organisé avec succès deux conférences majeures sur l’IA à Dubaï sous le patronage de Cheikh Rashid bin Ahmad Al Maktoum, Future 10X a lancé la conférence “AI in Lebanon” en juillet 2025.
Trois objectifs principaux
- Sensibiliser l’ensemble du Liban
La conférence se tiendra dans cinq villes — Beyrouth, Tripoli, Saïda, Zahlé et Aley — afin de s’assurer que les discussions et opportunités liées à l’IA ne soient pas limitées à la capitale, mais partagées à l’échelle nationale. - Créer des passerelles de collaboration
L’événement vise à connecter les experts libanais en IA résidant à l’étranger avec les innovateurs, étudiants et professionnels locaux, favorisant ainsi des échanges de connaissances et des collaborations durables. - Attirer les investissements et soutenir les startups
En mettant en avant les talents et les capacités numériques du Liban, la conférence offrira une vitrine pour les startups spécialisées en IA et les opportunités d’externalisation, afin d’attirer les investisseurs et les entreprises internationales à la recherche de partenaires agiles, compétents et compétitifs.
“AI in Lebanon” n’est pas seulement une conférence : c’est une plateforme nationale destinée à inspirer, connecter et investir dans un avenir meilleur, propulsé par la technologie et porté par les talents libanais.
Innovation, diaspora et défis économiques
Lors de leur échange hebdomadaire pour Monde Numérique, Bruno Guglielminetti et Jérôme Colombain ont évoqué cet événement depuis Beyrouth :
Bruno : « Dis donc, Jérôme, cette semaine tu t’es intéressé à l’IA au Liban… Ce n’est pas évident à dire, “l’IA au Liban” ! »
Jérôme (rires) : « Une conférence “AI and Lebanon” est en cours ici, et c’est très révélateur de l’évolution technologique du pays. »
L’IA comme levier économique
Dans un pays confronté à de graves difficultés économiques, on pourrait croire que l’IA n’est pas une priorité. Pourtant, pour Jérôme Colombain, présent à Beyrouth pour l’occasion, l’initiative est pleine de sens :
Jérôme : « Ça peut surprendre, mais ça montre à quel point cette technologie est perçue comme un levier de développement économique. Ce n’est pas un événement qui va changer la face du monde, mais il est significatif pour la région. »
Parmi les initiatives phares, un “bus IA” sillonne plusieurs villes du Liban pour sensibiliser les startups. Une démarche logique dans un pays réputé pour son esprit entrepreneurial :
Jérôme : « Les Libanais sont des entrepreneurs hors pair, des commerçants incroyables. Ils ont des leçons à donner au monde entier. »
Un pays ingénieux face à la crise
Le Liban a toujours été très “tech”, non pas par choix, mais par nécessité. Face aux pénuries et aux coupures d’électricité, les Libanais développent des solutions ingénieuses pour pallier les défaillances de l’État :
Jérôme : « La première fois que je suis venu, j’ai découvert une appli qui te dit à quel moment il y aura des coupures d’électricité ! Comme le pays ne paye pas ses factures, il faut s’organiser. »
Même les services numériques mondiaux s’adaptent : Uber fonctionne, mais uniquement en cash. Cet écosystème démontre que, pour les Libanais, la technologie est avant tout pratique et orientée solutions.
Diaspora libanaise et fuite des cerveaux
L’un des plus grands défis du Liban reste la fuite des talents. La diaspora, très nombreuse, s’installe souvent à l’étranger pour créer des entreprises. Pour Jérôme, l’IA pourrait devenir un outil pour retenir ces talents et favoriser un ancrage économique local.
Une présence grandissante sur la scène tech mondiale
Le dynamisme technologique du Liban n’est pas nouveau. On l’a déjà constaté lors des grands salons internationaux comme CES et VivaTech : la présence des startups libanaises y est de plus en plus visible.
Bruno : « C’est intéressant, ça montre que le leadership libanais dans le commerce et l’innovation commence à s’appliquer aussi à l’IA. »
Jérôme : « Le Liban n’est pas encore en pointe sur des innovations révolutionnaires, mais il adopte très vite ces nouvelles technologies. »
Bruno : « Ils sont agiles, voilà ! »
Un futur certes incertain … mais prometteur?
Le Liban n’est pas encore un acteur majeur de l’intelligence artificielle, mais son agilité technologique et son esprit entrepreneurial lui permettent de rattraper une partie de son retard.
Entre sensibilisation locale, innovations pratiques et ambitions internationales, le pays se prépare doucement à entrer dans l’ère de l’IA.
- Jérôme Colombain est journaliste et tech addict depuis plus de 25 ans. Fondateur, en 2021, du podcast et de la newsletter Monde Numérique, il intervient en radio et en télé, notamment dans l’émission Tech&Co sur BFM Business
