Dans un contexte régional explosif et face à l’effondrement accéléré des institutions libanaises, l’American Task Force on Lebanon (ATFL) intensifie son action à Washington. La création d’un conseil d’experts de haut niveau, réunissant d’anciens diplomates et stratèges influents, marque une nouvelle étape dans le plaidoyer pour un Liban souverain, désarmé et gouverné par l’État de droit.
Dans un Moyen-Orient en recomposition, où les tensions israélo-iraniennes s’exacerbent et où le Liban vacille au bord de l’effondrement, l’ATFL redouble d’efforts pour défendre les fondements d’un Liban souverain, pluraliste et démocratique. Le 17 juillet 2025, l’ATFL a annoncé la création d’un Conseil consultatif d’experts, rassemblant certaines des voix les plus influentes de la diplomatie et de la stratégie américaines sur le Liban et le Moyen-Orient. Ce tournant marque l’aboutissement d’un travail de fond visant à maintenir le Liban au cœur de l’agenda stratégique de Washington.
Dans une tribune publiée par Asharq Al-Awsat le 5 juin 2025, Ed Gabriel, diplomate chevronné et acteur clé du lobbying libano-américain, a tiré la sonnette d’alarme. Car si une voie existe encore pour sortir le Liban de l’effondrement, elle est étroite, conditionnée et menacée de fermeture imminente.
« Le Liban a là une occasion rare de maintenir le soutien international pour reconstruire une nation ravagée, bâtir une armée forte garante de sa souveraineté, et assurer la paix avec ses voisins. L’horloge tourne, mais le choix revient au Liban : saisir ce moment ou rester sur le bord de la route. »
Un conseil d’élite pour une mission stratégique
Composé de diplomates chevronnés, d’universitaires et d’anciens hauts responsables, le Experts Advisory Council agira comme une force d’analyse et de proposition pour orienter la politique américaine en faveur de la stabilité du Liban et de la région.
Parmi ses membres :
- Jeffrey Feltman, ancien ambassadeur des États-Unis au Liban et ex-secrétaire général adjoint de l’ONU ;
- David Hale, ancien ambassadeur au Liban et ex-sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques ;
- James Jeffrey, ex-ambassadeur en Irak et en Turquie, ancien représentant spécial pour la Syrie ;
- David Satterfield, ancien ambassadeur au Liban, directeur du Baker Institute ;
- Paul Salem, ancien président du Middle East Institute ;
- Colin Brooks et Elisa Ewers, anciens collaborateurs du Sénat (Comité des relations étrangères – SFRC) ;
- Firas Maksad, directeur à l’Eurasia Group ;
- David Schenker, ancien assistant secrétaire d’État ;
- Mona Yacoubian, conseillère principale au CSIS ;
- Randa Slim, chercheuse senior à Johns Hopkins/SAIS (Middle East Institute).
« Nous sommes honorés de pouvoir compter sur ce groupe d’experts éminents », a déclaré Ed Gabriel, président de l’ATFL et ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc. « Leur expérience collective sera décisive pour faire progresser des politiques américaines responsables, centrées sur un Liban souverain, libre de toute domination armée extérieure. »

Un front commun contre les ingérences et les armes illégales
L’ATFL ne cache plus sa position sur le désarmement du Hezbollah, désormais au centre de son plaidoyer.
« Il est temps de reconnaître que le Hezbollah agit comme un État dans l’État, armé et financé par l’Iran. Aucun pays ne peut aspirer à la souveraineté tout en tolérant l’existence d’une milice mieux équipée que son armée nationale », écrivait Ed Gabriel dans Asharq Al-Awsat.
Cette position affirmée s’inscrit dans une stratégie globale : faire pression pour que les États-Unis conditionnent leur aide au respect des institutions républicaines libanaises, à la primauté de l’armée nationale sur toute force armée illégale, et à la fin de l’impunité politique.
Une organisation enracinée dans l’influence bipartisane
Fondée en 1987, l’ATFL est dirigée par des personnalités américaines d’origine libanaise engagées dans la défense des intérêts du Liban aux États-Unis.
Son Conseil d’administration comprend :
- Spencer Abraham, ancien secrétaire à l’Énergie, président ;
- Ray R. Irani, industriel, vice-président ;
- Valerie Jacobs, vice-présidente ;
- Nijad I. Fares, homme d’affaires et mécène engagé, vice-président ;
- Mohamed “Mike” Ahmar, trésorier ;
- Jacques F. Tohmé, M.D., secrétaire ;
- Peter J. Tanous, président fondateur ;
- Thomas A. Nassif, président émérite, ancien ambassadeur ;
- Denyse Sabagh, avocate, conseillère juridique ;
- Kamal Shouhayib, Manal et Ghassan Saab, Michel Chammas, Nada Hamadeh (nouvelle ambassadrice du Liban à Washington), Ralph Nader, Joseph C. Geagea, Francois Nader, Lulu Seikaly, Salim Sessine, Khalil Rouhana, entre autres.
Son Policy Advisory Board, véritable think tank bipartisan, inclut :
- Général John P. Abizaid, ex-commandant du CENTCOM ;
- Alex M. Azar II, ancien secrétaire à la Santé ;
- Charles W. Boustany, ancien représentant au Congrès ;
- Ray LaHood, ex-secrétaire aux Transports ;
- Nick J. Rahall, ex-membre du Congrès ;
- Donna Shalala, ancienne secrétaire à la Santé ;
- Général George A. Joulwan, ancien commandant suprême de l’OTAN en Europe ;
- John E. Sununu, ex-sénateur des États-Unis.
Une diplomatie de vigilance, une stratégie de réforme
Depuis 2020, l’ATFL a publié une série de rapports en partenariat avec le Middle East Institute, appelant à :
- une diplomatie conditionnée au respect de la souveraineté libanaise ;
- la protection et le renforcement de l’armée libanaise comme seule force légitime ;
- une aide humanitaire et économique ciblée pour éviter une génération perdue ;
- une stratégie américaine proactive pour prévenir un nouveau conflit Israël-Hezbollah.

Des publications telles que Securing Lebanon to Prevent a Larger Hezbollah-Israel War (2024), Lebanon Policy Paper (2023) ou How to Prevent Lebanon from Experiencing a Lost Generation témoignent de cette cohérence stratégique.
L’ATFL, la mémoire stratégique du Liban à Washington
Dans un Liban meurtri, affaibli et souvent abandonné par ses anciens partenaires internationaux, l’ATFL agit comme la conscience stratégique de Washington sur le dossier libanais. Elle incarne une boussole pour les décideurs, un levier de mobilisation pour la diaspora et une plateforme d’influence pour maintenir la cause libanaise vivante sur la scène internationale.
Forte d’un réseau transversal, d’une parole libre et d’un projet clair — désarmement, souveraineté, prospérité — elle demeure une force diplomatique déterminante au service d’un Liban qui refuse l’effacement.
