Mi-orateur, mi-premier de la classe, Ralph Baydoun demeure une personnalité tout aussi inclassable que crédible dans le paysage médiatique libanais de ces dernières années. Simultanément décrié – voire directement menacé – et sollicité par ses nombreux détracteurs, il avoue s’être posé à plusieurs reprises la question de son positionnement sur la scène libanaise et de la manière dont son analyse hyper factuelle des événements – aussi bien sociopolitiques que sécuritaires – fait de lui une personnalité tout aussi honnie qu’admirée.
« Baydoun se dit convaincu qu’une stratégie de développement minutieusement pensée peut tout changer sur le terrain. »
« Qui voudrait bien encore m’embaucher dans un marché aussi étroit que le Liban, lorsque je me bats sur presque tous les fronts ? » est une question qui lui est souvent revenue à l’esprit. Mais la conviction quasi inébranlable quant à la possibilité de changer la société par le développement et l’information éclairée reste plus forte.
Après avoir beaucoup travaillé avec des organisations non gouvernementales (ONG) dans le secteur du développement local, notamment et surtout à Tripoli, et après avoir mesuré l’impact des microprojets sur la communauté locale, il se dit convaincu qu’une stratégie de développement minutieusement pensée peut tout changer sur le terrain.
Poursuivi en justice
Aujourd’hui, il se dit déçu de la manière dont le nouveau gouvernement a placé à des postes clés – notamment financiers et juridiques – des personnalités qui sont à contre-courant de la transparence et de la lutte contre la corruption prônées par le nouveau pouvoir en place.
Il est poursuivi en justice pour avoir dénoncé, dans un podcast, l’absence de liberté de la presse au Liban. Les accusations lancées contre lui comprennent, entre autres, « la diffusion de fausses informations tendant à déstabiliser la confiance financière », ainsi que la « diffamation, le chantage et l’incitation au meurtre ».
« Très peu de voix libres montent au créneau au Liban, dans un pays où pourtant la liberté d’expression existe », note Baydoun. C’est ainsi qu’il poursuit sans ciller – et malgré les actions en justice qui le visent – sa mission d’analyse des événements publics, à l’intention surtout de « la société civile, des journalistes et des politiciens ». « Entre garder la tête basse et rester libre », son choix est donc vite fait.
« Nous ne sommes plus à la croisée des chemins comme le penseraient certains. Nous avons laisser passer notre chance, et la Syrie a su prendre le devant de la scène »
La guerre qui a opposé le Hezbollah à Israël depuis le 8 octobre 2023 l’a fait connaître du grand public grâce à ses analyses factuelles et à son fact-checking, qui a le plus souvent démontré l’ampleur de la propagande du Hezbollah et son manque de réelle préparation sur le terrain. Tout au long des combats, il s’est vite fait des ennemis du côté de la résistance. Mais, note-t-il non sans une pointe d’ironie, ce sont aussi les médias proches du Hezbollah « qui sont entrés en contact avec moi pour savoir comment éviter de se faire pirater par l’armée israélienne. Et je les ai aidés alors que je suis taxé par eux d’être un “agent sioniste” ». Une preuve supplémentaire, s’il en est, de la solidité des propos qu’il tient sur les médias sociaux.
Honni par le public du Hezbollah
En parallèle, le public du Hezbollah le détestait pour son analyse sans détours de la situation. Il ne compte d’ailleurs plus les menaces de mort qu’il a reçues durant cette période. Aujourd’hui, Baydoun reste convaincu que le parti s’est plus basé sur la propagande et la démagogie que sur une réelle préparation sur le terrain. La propagande, seule réelle arme de ce parti, « qui pourrait, s’il le désirait, faire élire Benjamin Netanyahu sur ses listes électorales ». Des propos que Ralph Baydoun tient sans ciller.
Si son énergie et sa passion pour sa mission ne faiblit pas, il se dit néanmoins pessimiste quant à l’avenir du Liban. « Nous ne sommes plus à la croisée des chemins comme le penseraient certains. Nous avons laisser passer notre chance, et la Syrie a su prendre le devant de la scène » sur le plan régional et international, obserrve-t-il non sans amertume.
