Damas, Place des Omeyades, le dimanche 8 décembre, en début d’après-midi, l’asphalte est couvert de douilles. Même le cuivre qui scintille au soleil a l’air heureux. La journée est historique, pour la Syrie et le Moyen-Orient. Bachar el-Assad, le boucher de Damas, est parti dans la nuit.

Des hommes, certains armés jusqu’aux dents, appartenant à diverses factions de rebelles, habitant l’une des plus vieilles villes du monde, sont venus célébrer la fin de 54 ans de dictature, celle de la famille Assad, avec des tirs de joie.
Certains sont perchés sur des véhicules militaires abandonnés par l’armée régulière syrienne et utilisent des mitrailleuses alors que d’autres sont munis de simples pistolets. Les balles fusent de partout.
« N’ayez pas peur, ces hommes sont habitués aux tirs, cela fait plus de dix ans qu’ils s’entrainent », lance un passant aux peureux.
Moustapha est derrière le volant d’un 4×4 confisqué à l’armée syrienne. Vêtu d’un treillis militaire, le trentenaire vient d’arriver de Hama avec ses camarades de l’Armée syrienne libre. Il a du mal à cacher son émotion. « Cela fait 10 ans que je n’ai pas mis les pieds à Damas, je ne trouve pas de mots pour vous expliquer ce que je ressens », confie-t-il, ravalant ses larmes. Il descend du véhicule, monte sur son toit, mitrailleuse au poing, et tire en l’air. De l’autre côté de la rue, d’autres saluent son geste en tirant, eux aussi,des balles de joie.
Ici, contrairement, aux noms savants utilisés par divers experts pour désigner chaque faction armée de l’opposition syrienne, tout le monde se présente comme « membre de l’Armée syrienne libre ».
Un groupe d’hommes, certains en treillis militaire et d’autres en civil, viennent d’arriver d’Idlib. « Nous sommes tous Syriens, les enfants d’un même pays. Il n’y a pas de musulmans, de druzes, de chrétiens ou de kurdes, nous sommes Syriens et nous sommes désormais libres », lance Ahmed. Hussam son ami, renchérit : « Nous sommes heureux car la dictature est finie, il n’y aura plus jamais d’injustice et, ensemble, nous construirons une Syrie sans injustice ».
Un peu plus loin, dans un quartier qui abrite des bureaux de diverses forces de sécurité, tous les portraits de Bachar el-Assad et de son père Hafez, mort en 2000, sont déchirés au niveau des yeux ou de la bouche. Des immeubles sont saccagés ou incendiés. Dans le bâtiment des douanes, le pillage a commencé. « Toutes ces affaires ont été confisquées aux citoyens syriens par les douaniers. Ils les revendaient. Nous reprenons ce qui nous est dû », lance un homme à moto, montrant une pile de caisses en carton.
Toujours au cœur de Damas, deux femmes sont assises sur le trottoir. « Nous sommes venues de Hama. Cela fait des années que je n’osais plus merendre à Damas. Il (Bachar el-Assad) nous terrorisait, nous arrêtait, nous jetait en prison. Je suis heureuse », confie Hoda, la soixantaine, avant d’éclater en sanglots.
« Je veux que tous les Syriens rentrent au pays, qu’ils setrouvent en Europe ou réfugiés dans les pays voisins. Désormais, la Syrie est sûre. Ils necourentplus aucun danger », ajoute-t-elle.
Mariam, elle, raconte, qu’une desesamies vient de sortir de prison. « Elle a été libérée hier, elle était emprisonnée à Saydnaya,(l’unedes plus terribles geôles de l’ancien pouvoir syrien), depuis dix ans. J’espère la voir bientôt. Nous sommes désormais tous libres », martèle-t-elle.
Plus la journée avance, plus des miliciens venus des quatre coins de la Syrie, convergent vers Damas. Alors que la nuit tombe, un couvre-feu est décrété sur la ville, témoin de siècles de gloire et de 54 ans de l’une des pires dictatures de l’Histoire moderne.
