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    Frontière sud: les chrétiens paient de leur sang leur choix de rester

    Patricia KhoderBy Patricia Khoder9 mars 2026
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    Le Hezbollah tire des roquettes vers Israël depuis le village chrétien de Klaya. Le curé du village est tué lors de la riposte israélienne.

    Ils ne sont jamais partis de chez eux, pour préserver leur terre. Car la nature a horreur du vide et la crainte de voir leur village pris entre deux feux est très forte.

    Les villages chrétiens à la frontière avec Israël sont peu nombreux. Pourtant, comme un acte de résistance face à la signature de l’accord du Caire, en 1969, autorisant les Palestiniens à mener des opérations depuis le Liban contre l’État hébreu, leurs habitants ont choisi de rester. Même lorsque Israël a envahi le Liban en 1978 et établi une «zone de sécurité», ils ne sont pas partis.

    En juillet 2006, lors de la guerre menée par Tel Aviv contre le Hezbollah après l’enlèvement de deux soldats israéliens, les chiites des villages voisins étaient venus se réfugier chez eux. En 2024, les habitants de ces localités chrétiennes ont refusé de fuir, contrairement à ceux de nombreux villages chiites voisins, pour la plupart des partisans du Hezbollah.

    Le scénario s’est répété dimanche 3 mars. Car ils savent que s’ils partent, le Hezbollah va occuper leurs maisons qui leur serviraient de cache d’armes, d’abris et de bases de lance-roquettes. Alors non seulement ils risqueraient de ne jamais y retourner, mais leurs habitations deviendraient aussi des cibles pour l’armée israélienne, promises à une destruction certaine. En 2024, une maison à l’orée de Aïn Ebel, village exclusivement chrétien du caza de Bint Jbeil, en avait fait les frais.

    Le lundi 9 mars, dans la matinée, des combattants du Hezbollah sont entrés dans le village exclusivement maronite de Klaya, et se sont postés derrière une maison habitée pour tirer plusieurs roquettes vers Israël. L’armée israélienne a riposté visant cette maison et blessant cinq de ses habitants.

    Le curé du village, le père Pierre Raï, s’est précipité pour porter secours aux blessés alors que l’armée israélienne continuait de bombarder la source des tirs. Il a été grièvement blessé à son tour et a succombé quelques heures plus tard.

    «Les miliciens du Hezbollah sont entrés dans notre village, ont tiré vers Israël et se sont réfugiés derrière une maison. Les Israéliens ont riposté», raconte Marie, jointe à Klaya par téléphone par Beyrouth 360.
    «Quoi qu’il arrive, nous ne quitterons pas le village. Le Hezbollah squattera nos maisons, Israël les détruira et nous ne pourrons jamais revenir à Klaya», affirme-t-elle.

    «Lundi, peu après midi, nous nous sommes rassemblés sur la place du village pour rendre hommage au père Raï. En septembre 2024, lorsque la guerre a éclaté entre Israël et le Hezbollah, c’est lui qui nous avait encouragés à rester», poursuit-elle. Selon elle, environ 2 500 personnes vivent encore aujourd’hui dans ce village frontalier maronite.

    «Klaya compte au total 7 000 habitants: 2 500 au village, 1 000 en Israël depuis l’an 2000, (date du retrait israélien du Liban-Sud) 2 000 en Suède -partis vers ce pays scandinave depuis Israël- et le reste entre Beyrouth et différents pays du monde», explique-t-elle.

    Lors du retrait israélien en 2000, près de dix mille habitants de villages chrétiens du Liban-Sud ont fui vers Israël, par  peur de représailles du Hezbollah. Son ancien secrétaire général, Hassan Nasrallah, avait menacé d’égorger dans leur sommeil ceux qui resteraient chez eux.

    Eux, tout comme la minorité druze et les chiites, restés sur place ont composé avec l’état de fait de l’époque. Totalement coupés du reste du Liban durant 22 ans, ils ont intégré l’Armée du Liban-Sud (milice libanaise pro-isralienne) travaillé dans les usines et les plantations des kibboutzim voisins et se sont fait soigner dans les hôpitaux de la Galilée. Complètement délaissés par l’Etat libanais, ils n’avaient pas d’autres choix.

    «Nous avons été accusés d’être des agents d’Israël. L’État libanais nous a mis en prison et privés de nos droits civiques. Nous avons tout enduré alors que nous sommes restés pour préserver notre terre», s’indigne Marie.
    «Et pourtant, les partisans du Hezbollah continuent de nous appeler les «agents d’Israël». Regardez comment le Hezbollah est noyauté, comment les Israéliens éliminent ses cadres et ses combattants les uns après les autres», s’insurge-t-elle.

    Eglise saint Georges de Klaya (Photos Patricia Khoder pour @Beyrouth360)
    Eglise saint Georges de Klaya (Photos Patricia Khoder pour @Beyrouth360

    Le caza de Marjeyoun compte quatre villages exclusivement chrétiens à la frontière avec Israël: Klaya, Bourj al-Moulouk, Jdeidet Marjeyoun et Ibl el-Saqi, ainsi que Marjeyoun, chef-lieu du district.

    Aujourd’hui encore, quelques milliers de personnes, hommes, femmes, enfants et personnes âgées, continuent de vivre dans ces localités malgré la guerre.

    «Nous voyons les chars israéliens dans la plaine de Khiam. Les soldats sont déjà à l’orée de Bourj al-Moulouk. Nous avons encore des vivres car la route de la Békaa-Ouest reste ouverte», raconte encore Marie.

    Âgé de 52 ans, le père Raï était originaire de Debl (caza de Bint Jbeil) un autre village maronite de la frontière avec Israël, dont les habitants ont également décidé de rester.

    Le caza de Bint Jbeil compte quatre localités chrétiennes à la frontière avec Israël: Debl, Aïn Ebel, Rmeich et Kawzah. Leurs habitants refusent eux aussi de partir.

    Une partie de Kawzah, un hameau peuplé en grande partie de personnes âgées et souvent utilisé par le Hezbollah pour tirer des roquettes vers Israël, a été partiellement occupée la semaine dernière par l’armée israélienne.

    Les habitants de ces villages chrétiens ignorent ce que l’avenir leur réserve, notamment si Israël décidait de rétablir une zone de sécurité -comme ce fut le cas entre 1978 et 2000- ou une zone tampon, le long de sa frontière avec le Liban.

    Les habitants de ces villages chrétiens ont peur de vivre de nouveau comme en 1978 : les villages chiites pourraient être entièrement détruits et leurs habitants empêchés d’y revenir jusqu’à une éventuelle signature d’un accord de paix. Les minorités chrétiennes, druzes et sunnites pourraient, elles, être autorisées à rester.

    Patricia Khoder

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