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    Syrie: Sous nos yeux, une dictature est tombée

    François Xavier MenageBy François Xavier Menage8 décembre 2025
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    C’est rare et saisissant, encore aujourd’hui, avec le recul, de raconter une dictature tomber. C’est ce qui nous est arrivé, il y a un an, quand, un dimanche matin, Damas a basculé sous nos yeux. La première impression, celle qui nous restera à jamais en tête, c’est ce soldat, des yeux noirs et pourtant délavés par la fatigue. Il est jeune, mais parle comme un ancien, encore du sang sur les mains. Il revient d’une zone de combat, et découvre la capitale syrienne : « je ne sais pas comment on va gérer ». Cette phrase c’est tout à la fois sa perplexité, sa joie, ses craintes… Il raconte ce qu’est la Syrie aujourd’hui.

    Lors de notre arrivée dans la banlieue damascène, le tribunal militaire était pillé, des centaines de documents détruits. Filmer nous était interdit par des hommes mystérieux, bientôt en fuite. Nous fîmes le contraire. Sur l’un des documents de propagande, papier blanc, sixième phrase : « il faut maintenir le peuple dans l’ignorance ».

    À côté des hommes en noir, proches du futur gouvernement, qui investissent la ville en tirant en l’air, des civils fous de joie, remplis de questions aussi.

    Les rares personnes à pleurer expriment des larmes de joie. L’idée que peut-être dans les prochaines heures, les prochains jours, leurs proches, reviendront de prison. Des dizaines de millier de détenus disparus. Là, encore, l’attente, l’excitation la peur, tout mélangé. On parle de tunnels secrets. Un espoir vite réduit à néant. 

    Les billets de banque à l’effigie de Bacha al-Assad sont toujours disponibles dans les commerces, faute d’avoir pu remplacer la monnaie nationale…

    Damas est tombé en quelques heures, et nous avons vu ce qui semblait impensable. Des véhicules militaires d’origine russe à plusieurs millions d’euro, laissés sur le bas-côté d’une route, en feu. Des casernes qui se vident en quelques minutes. Des bombardements ciblés israéliens autour de la capitale pour neutraliser des lieux militaires stratégiques.

    54 ans de dictature et un épilogue si rapide, soudain, qu’il n’y a pas de place pour un quelconque cérémonial.  

    Un an, après, de retour à Damas, le pays est à la fois radicalement différent et dans une transition qui n’en finit plus.

    Les billets de banque à l’effigie de Bacha al-Assad sont toujours disponibles dans les commerces, faute d’avoir pu remplacer la monnaie nationale… Ce qui explique aussi les immenses défis du pouvoir nouvellement installé et qui peine à répondre aux innombrables chantiers en cours – à commencer par la reconstruction.

    Et puis il y a cette mosaïque syrienne, si compliquée à décrire, encore plus compliqué à faire vivre, à apaiser.

    Revenons-en aux billets de banque. Nous sommes dans une petite boulangerie de quartier, en plein centre de Damas. L’un des vendeurs émet une insulte à l’encontre de l’ex dictateur en regardant ce billet de 1000 livres syriennes. L’un de ses collègues lui dit d’arrêter tout de suite, le sentiment de crainte étant toujours prégnant. La liberté d’expression est là, timide, fragile, parcellaire, mais elle est là.

    Et puis il y a cette mosaïque syrienne, si compliquée à décrire, encore plus compliqué à faire vivre, à apaiser. Il y a un an, nous étions accompagnés dans Damas par un conducteur, Aghiad, la trentaine, alors si fier de voir son pays basculer vers le meilleur. Il se prenait en selfie avec d’ex djihadistes qui allaient dans les instants qui suivent prendre possession de la ville.

    Un an plus tard, nous avons retrouvé Aghiad. Lui, de la communauté druze, montre alors sur son téléphone portable plusieurs photos. Sa maison d’enfance brûlée, incendiés, pillée. Puis il s’arrête sur une autre photo, celle de son père, tué lors d’un massacre voilà plusieurs mois par des hommes armés, rattachés aux nouvelles forces militaires du pays.

    A cet effet, Amnesty International parle d’un massacre orchestré en toute impunité. Aghiad parle d’un avenir, le sien, plus fragile que jamais. Mais il reste, aujourd’hui certainement. Demain peut-être. 

    François-Xavier Ménage est un grand reporter français.

    François Xavier Menage

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