Tout comme sa mère Fayrouz, son père Assi et ses deux oncles Mansour et Elias, Ziad Rahbani fait partie de ceux qui ont construit l’identité culturelle du Liban. (Crédit photos Marwan Naamani)
Plus de quinze minutes. La dernière ovation debout à Ziad Rahbani a duré plus de quinze minutes au moment où son cercueil était sorti de l’église Notre-Dame de la Dormition à Mhaydsé, un petit village dans la montagne du Metn, sur le parvis, pour être déposé dans le corbillard qui l’amènera au cimetière familial de Chouwaya, une autre petite bourgade du Metn.
Lundi dès le matin, de Hamra à Mhaydsé, des centaines de Libanais ont voulu être présents pour un dernier adieu. La première étape était la sortie du cercueil de l’hôpital Bekhazi, à Hamra. Le cortège a ensuite emprunté la route qui mène à Antélias, sur la côte du Metn, le village natal des Rahbani, puis jusqu’à l’église Notre-Dame de la Dormition de Mhaydsé. Des milliers d’autres Libanais, tout aussi tristes, sont restés chez eux devant leur petit écran pour assister en direct aux funérailles d’un homme, d’un génie, qui fait partie de ceux qui ont façonné l’identité libanaise.
Avec ses pièces de théâtre, sa façon de voir les choses, mais aussi et surtout son génie musical, Ziad Rahbani, tout comme sa mère Fayrouz, son père Assi et ses deux oncles Mansour et Elias, font partie de ceux qui ont construit l’identité culturelle du Liban. Et lundi, même si le Liban officiel n’a pas jugé bon de décréter une journée nationale de deuil ou de mettre les drapeaux en berne, se contentant d’une décoration posthume à un artiste d’exception, c’est le peuple libanais qui a fait le deuil, en restant chez lui, les yeux fixés sur le petit écran ou en se rendant sur place pour l’applaudir une dernière fois.
Fayrouz, drapée de tristesse et de dignité
Les funérailles de Ziad Rahbani se sont tenues dans la tristesse et le recueillement, dans la petite paroisse de Mhaydsé où la famille passe l’été depuis des dizaines d’années.
Il y avait certes la famille, les amis, les collègues et des centaines de Libanais qui sentaient qu’ils avaient perdu un membre de leur famille.
On notait surtout la présence de son ex-compagne l’actrice Carmen Lebbos et le fils de son ex-épouse Dalal Karam, Assi Rahbani, venu en compagnie de sa femme.
Le faire-part, distribué samedi, montre une autre facette de l’artiste qui apparaît comme un homme ordinaire, avec des oncles, des tantes, des cousins au Liban et à l’étranger, et surtout avec une mère, âgée de quatre-vingt-dix ans, qui enterre avec lui son deuxième enfant (elle a déjà perdu une fille, Layal, en 1988).
Avec la mort de Ziad, Fayrouz, l’icône du Liban, est devenue pour ses compatriotes l’incarnation même de la madre dolorosa, celle-là même qu’elle chante les Vendredis saints de chaque année. Désormais, tout le Liban s’inquiète pour elle.
En présentant leurs condoléances ou en la regardant à la télévision, drapée dans le silence, la tristesse et la dignité, beaucoup craignent ne plus jamais voir Fayrouz en public.
Sur le parvis de l’église, alors que l’on fait danser le cercueil sous les applaudissements, les youyous, les pétales de fleurs et les poignées de riz, alors que les cloches de l’église sonnent le glas, une jeune femme portant un enfant dans les bras, les larmes coulant sur les joues, s’écrie « Allah Akbar ».
La scène est digne d’une pièce de théâtre de Ziad Rahbani, qui y a dépeint le Liban d’une façon acerbe et absurde, tel qu’il est en réalité, sans filtre.
Le pays de Ziad
Humaniste par excellence, communiste de vocation et profondément chrétien, Ziad Rahbani faisait fi des étiquettes qu’on pouvait lui coller.
C’est surtout un génie d’exception qui, on ne le répètera pas assez, a contribué à façonner l’identité libanaise, avec ses dissensions communautaires, ses guerres qui n’ont mené à rien, sa situation désespérée, ses insécurités, son sens de l’humour, sa musique et ses chansons.
Tout comme le Liban est le pays du cèdre, de la montagne de Sannine, de Byblos l’une des plus vieilles villes du monde, il est aussi le pays de Fayrouz, des frères Rahbani et de Ziad Rahbani, qui aimait être présenté uniquement comme musicien et compositeur.
Le samedi 26 juillet 2025, Ziad Rahbani est mort et le Liban ne sera plus jamais le même.







