L’exemple récent de Tyr, même si l’affaire n’est pas encore terminée (les travaux sont suspendus dans l’attente de la décision finale liée à la plainte), rappelle que seule la justice — et des juges intègres — peut rectifier les entorses aux lois et aux règlements, causes premières de la dégradation environnementale dans le pays.
La justice, l’activisme continu, et des autorités compétentes peuvent faire prévaloir l’intérêt public sur les intérêts privés, qui ont trop longtemps dominé, privant le pays du Cèdre de son principal atout : sa nature.
Fin juin, un événement d’une grande importance pour tous les défenseurs de la nature au Liban, et particulièrement du littoral, est passé presque inaperçu : grâce à une intervention du commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, le ministère de la Défense a exécuté une décision ordonnant l’arrêt des travaux sur un site à Tyr (Liban-Sud), suspendant momentanément un projet très controversé sur un terrain hautement sensible.
La décision en question a été prise le 15 mai par la juge des référés de Tyr, Yolla Ghotaimi, suite à une plainte déposée par des associations opposées au projet. Sa mise en application est donc intervenue plusieurs semaines après la publication du jugement. Mieux vaut tard que jamais !
Le terrain appartient à l’État libanais, qui l’a mis à la disposition du ministère de la Défense pour des activités militaires. Or, selon les investigations de ses détracteurs, le projet en cours serait de nature commerciale, développé en partenariat avec des promoteurs.
Plus spécifiquement, ce terrain présente une double vulnérabilité : il est, d’une part, limitrophe de la réserve marine de Tyr (les travaux ont déjà empiété sur la zone tampon de la réserve) ; d’autre part, il abriterait des vestiges d’une très grande importance, encore non fouillés — rien de moins que ceux du troisième port phénicien de Tyr, selon le Comité libanais pour la sauvegarde de Tyr, une organisation militante œuvrant à la préservation du riche patrimoine de la ville.
La décision de la juge Ghotaimi est historique, et (…) l’intervention du commandant en chef de l’armée cruciale pour mettre un terme — même provisoire — à la résistance des promoteurs.
Tous ces facteurs expliquent pourquoi la décision de la juge Ghotaimi est historique, et pourquoi l’intervention du commandant en chef de l’armée a été cruciale pour mettre un terme — même provisoire — à la résistance des promoteurs.
Car le Liban a un long historique d’empiétements sur ses sites naturels, notamment littoraux, au profit de projets purement commerciaux, sans considération pour les impératifs écologiques ni les intérêts économiques à long terme du pays.
Le tourisme profite-t-il de plages dont l’accès est interdit et de sites écologiques dégradés ?
Le tourisme et la vie culturelle ne connaîtraient-ils pas un véritable essor si le patrimoine national exceptionnel était protégé et mis en valeur ?
Le 19 juin dernier, l’association Terre-Liban a lancé un cri d’alarme au ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny
L’exemple récent de Tyr, même si l’affaire n’est pas encore terminée (les travaux sont suspendus dans l’attente de la décision finale liée à la plainte), rappelle que seule la justice — et des juges intègres — peut rectifier les entorses aux lois et aux règlements, causes premières de la dégradation environnementale dans le pays.
La justice, l’activisme continu, et des autorités compétentes peuvent faire prévaloir l’intérêt public sur les intérêts privés, qui ont trop longtemps dominé, privant le pays du Cèdre de son principal atout : sa nature.
Mais faut-il l’espérer malgré les risques de désillusion ?
Le 19 juin dernier, l’association Terre-Liban a lancé un cri d’alarme au ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny (ministre de tutelle en matière de littoral), en l’informant que les empiétements sur le littoral sont désormais trop nombreux pour être recensés.
La principale leçon à tirer de tout ce qui précède, c’est que même dans une ère dite de « réformes », l’activisme éclairé et le recours à la justice sont plus que jamais nécessaires pour transformer en profondeur des pratiques destructrices — bien ancrées — qui ont marqué toutes les décennies d’après-guerre.
Malgré la fatigue, il n’est pas temps de baisser les bras.
