La dévotion des frères Massabki s’appuyait sur une pratique constante des vertus chrétiennes dans leur quotidien. L’un était un homme d’affaires, le deuxième un enseignant, et le troisième un homme simple au service de sa communauté. Ils ont vécu, selon les témoignages, la sainteté dans leur vie de tous les jours. Ce qui a finalement fait la différence, c’est leur foi inébranlable jusqu’au martyre. La récente canonisation de Francis, Abdel Moati et Raphaël par le pape François est un message fort d’encouragement aux chrétiens vivant toujours en Orient.
Pour la première fois, ce 10 juillet, les frères Massabki sont fêtés comme saints par l’Église maronite. Francis, Abdel Moati et Raphaël ont été sauvagement assassinés le 10 juillet 1860 à Damas au cours des massacres qui ont eu lieu cette année contre les chrétiens. Ils s’étaient réfugiés au couvent des franciscains, près de Bab Touma dans la capitale syrienne. Avec eux, huit religieux ont également été tués.
Selon la tradition, ils ont été ensevelis ensemble dans une fosse commune. Ainsi, « se sont mêlés, dans le même creuset, le sang des enfants de saint Maron, de l’Orient, avec celui des fils spirituels de saint François, venus de l’Occident : dans ce même et suprême témoignage de fidélité à Jésus-Christ, et en heureuse et glorieuse élévation, à jamais inscrite en la mémoire des siècles », écrit l’archevêque de Damas, Mgr Béchara Chemali, en présentant le cas des frères Massabki en 1926 devant le pape Pie XI avant leur béatification.

Il aura fallu toutefois le 20 octobre 2024, pour qu’ils soient finalement canonisés, après une décision du pape François, le 17 décembre 2022, le jour de son anniversaire. Selon l’annonce du Vatican, les trois frères Massabki sont considérés des « martyrs entre les saints », sans besoin de preuve qu’ils ont accompli un miracle, parce qu’ils sont des « martyrs de la foi ».
Fête œcuménique
Alors que l’Église maronite fête désormais les saints frères Massabki le 10 juillet, l’Église orthodoxe d’Antioche honore en ce jour l’un de ses prêtres, tué au cours des mêmes massacres à Damas, père Youssef Mhanna el-Haddad, tandis que l’Église catholique commémore le souvenir des huit religieux franciscains, qui ont tous subi le martyre. Les événements de juillet 1860 à Damas après ceux de la montagne libanaise en mai-juin de la même année, ont fait près de 10 000 victimes parmi les chrétiens.
Des martyrs
La récente canonisation des frères Massabki est par ailleurs un message fort d’encouragement aux chrétiens vivant toujours au Proche-Orient et qui ont presque continuellement subi discriminations et violences. Dernière en date, l’attaque terroriste du 23 juin contre l’église orthodoxe de Saint-Elie dans le quartier de Dwelaa à Damas et qui a fait 25 morts.
L’histoire contemporaine des chrétiens d’Orient regorge d’ailleurs de massacres. Du début du XXe siècle avec le génocide contre les Arméniens et les Assyriens par les Turcs, jusqu’au début du XXIe siècle, avec les carnages contre les chrétiens d’Irak par le groupe Etat islamique, sans oublier la grande famine au Mont-Liban (1915-1918), causée par le blocus de la région initiée par l’Ottoman Jamal Bacha.
La dévotion des frères Massabki s’appuyait sur une pratique constante des vertus chrétiennes dans leur quotidien. L’un était un homme d’affaires, le deuxième un enseignant, et le troisième un homme simple au service de sa communauté. Ils ont vécu, selon les témoignages, la sainteté dans leur vie de tous les jours. Ce qui a finalement fait la différence, c’est leur foi inébranlable jusqu’au martyre.
Des laïcs
Ce qui mène à une spécificité inédite concernant la canonisation des frères Massabki dans l’Eglise maronite, c’est qu’ils sont des laïcs. Deux d’entre eux sont mariés : L’aîné, Francis, était père de huit enfants. Le cadet, Abdel Moati, avait cinq enfants, tandis que Raphaël, le plus jeune, était célibataire. Les trois frères sont les premiers laïcs à avoir été béatifiés et par la suite canonisés des Eglises catholiques d’Orient.
La raison principale en fut leur mort en martyrs, mais aussi la vie personnelle de chacun d’entre eux et de toute leur famille, riche en vertus et piété chrétienne. A ce titre, ils peuvent être pour les fidèles, non seulement de saints intercesseurs auprès de Dieu, mais aussi des modèles pour la vie de tous les jours. C’est probablement l’une des raisons qui a poussé le pape François à les déclarer saints, lui qui disait : « Je vois la sainteté du peuple de Dieu dans la patience du peuple chrétien : une femme qui fait grandir ses enfants, un homme qui travaille pour apporter le pain à la maison… Cela a été celle de mes parents : de mon père, de ma mère, de ma grand-mère Rosa… »
