Dictateurs et islamistes se comprennent et s’apprécient car leur modus operandi se ressemble.
J’étais à l’époque encore en train de trainer sur les bancs de mon université à Beyrouth.
Dépitée par la rigueur des études de droit, je découvrais soudain et dans un bonheur indescriptible les joies des Sciences politiques.
A l’époque, non sans ironie, le sujet du moment, était la théorie du Grand Moyen-Orient, avec tout ce que celle-ci avait engendre comme mythes, théories du complot et transfert de population.
A l’origine de cette théorie géopolitique régionale incontournable des années 2000, la décision de Washington, sous la houlette de George W. Bush, de relancer le « Grand Moyen-Orient », une notion géopolitique controversée qui fait son apparition dès les années 1950.
Si elle gagne en fréquence dans les cercles stratégiques américains à partir de la fin des années 1970, ce n’est qu’en 2004 – lorsque Washington en fait un pilier de sa vision diplomatique et sécuritaire – que le terme suscite de vives réactions et s’impose comme un sujet controversé sur la scène internationale.
Le 24 janvier 2004, George Bush déclarait en effet que « tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des États-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient », jetant ainsi les bases de ce qu’on appellera désormais la doctrine Bush.
L’histoire récente aura démontré que les pièces de dominos auxquels les pays de la région étaient comparés ont vite fait preuve de leurs limites en termes de contagion démocratique.
Avec ce qui, dans les années 2005 – 2011 avait été perçu et désigné comme « le printemps arabe » il semblait désormais – à tort ! – évident que la théorie du Grand Moyen-Orient était en marche. Observateurs et analystes prédisaient également un inévitable effet domino démocratique.
L’histoire récente aura démontré que les pièces de dominos auxquels les pays de la région étaient comparés ont vite fait preuve de leurs limites en termes de contagion démocratique.
Suite à ce printemps mort-né, la tendance régionale générale aura été au remplacement des pouvoirs autocratiques en place par d’autres tout aussi allergiques à la démocratie que leurs prédécesseurs. C’est ainsi qu’un peu partout au Moyen-Orient les dictateurs ont été remplacés par des islamistes ne masquant qu’à peine leurs réels desseins.
Il existe des affinités presque naturelles entre pouvoirs corrompus et autocratiques d’une part, et extrémisme religieux d’autre part.
Or, dictateurs et islamistes se comprennent et s’apprécient car leur modus operandi se ressemble.
Et ce n’est rien d’autre que le soutien de Benjamin Netanyahu au Hamas qui aura donné naissance à l’attaque du 7 octobre puis qui a mené à l’annihilation pure et simple de la bande de Gaza de la manière la plus inhumaine.
Il existe donc des affinités presque naturelles entre pouvoirs corrompus et autocratiques d’une part, et extrémisme religieux d’autre part.
Aujourd’hui et si au milieu de ce chaos dans lequel est piégé l’ensemble de la région, il semble que la théorie du Grand Moyen-Orient est en train de faire son grand come-back, il ne s’agit en fait que d’un concours – presque cosmique certes – de circonstances.
Si l’homme fort d’Israël s’est tour à tour acharné sur le Hamas, le Hezbollah et depuis hier sur le régime des mollahs en Iran, c’est très probablement le résultat d’un recoupement géopolitique qui comprend à la fois les intérêts politiques purement personnels de Netanyahu – se maintenir au pouvoir coûte que coûte – et le fait qu’il soit à la tête de l’une des armées les plus fortes du monde. A tout cela vient également se greffer– à défaut d’un soutien sans failles de son allié historique, les Etats-Unis – une totale liberté de manœuvre dans la région.
Une série de coïncidences qui ont mené la région au bord d’un gouffre historique sans pareil. Des pays tour à tour économiquement et structurellement exsangues, laisses à eux-mêmes après avoir été soi-disant « libérés » de leurs démons. Le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban et à présent le régime des Mollahs en Iran.
A propos d’Iran, Netanyahu a trouvé de bon goût hier soir de s’adresser en farsi – rien de moins – au peuple iranien en reprenant le slogan de la révolution iranienne « jin, jîyan, azadî » (femme, vie, liberté NDLR) pensant ainsi récupérer une tranche de l’opinion publique iranienne.
L’historien Jean-Pierre Filiu le dit sans détours. « Nous assistons à un mode de gouvernance trumpo-poutinien qui n’est pas l’apanage d’un monde dystopique ou imaginaire, mais bien une réalité qui pourrait bel et bien devenir la nouvelle norme dans la région. « Gaza, ce n’est plus une dystopie, c’est une réalité de ce que pourrait devenir notre monde. Un monde de charognards, un monde sans aucune norme, un monde où des mercenaires sont censés être responsables de la distribution d’aide. »
Et ceci est tout simplement effarant et effrayant.

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