L’intensification du conflit régional ne secoue pas seulement les équilibres géopolitiques : elle ravive aussi les blessures psychologiques d’une diaspora libanaise nombreuse dans le Golfe, dont la sécurité, les revenus et la stabilité sont soudain remis en question.
Environ 500 000 Libanais vivent dans les pays du Golfe, selon les estimations, dont près de 250 000 en Arabie saoudite, 180 000 aux Émirats arabes unis, 40 000 au Koweït, 25 000 au Qatar et des milliers d’autres à Bahreïn et à Oman. Bien que non officiels, ces chiffres illustrent l’ampleur stratégique de cette diaspora, dont le rôle dépasse largement le simple poids démographique. Par son importance économique, elle constitue l’un des principaux soutiens financiers du Liban : les transferts de fonds envoyés depuis le Golfe représentent une source essentielle de devises et assurent la subsistance de nombreuses familles tout en contribuant à maintenir une fragile stabilité macroéconomique.
Cette diaspora se trouve aujourd’hui directement exposée aux répercussions de l’escalade militaire inédite entre Iran et Israël. Soutenu par les États-Unis, l’État hébreu a lancé, à l’aube du samedi 28 février 2026, une attaque sans précédent contre Téhéran — opération qui aurait, selon les dernières informations, entraîné la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei.
De Dubaï à Koweït City
De Dubaï à Koweït City, en passant par Doha et Manama, les expatriés libanais contactés via WhatsApp décrivent un climat de sidération face à l’intensité des frappes visant les centres urbains du Golfe. Après avoir laissé entendre qu’il limiterait ses représailles aux bases militaires américaines de la région, Téhéran a finalement élargi ses cibles aux grandes villes, provoquant stupeur et inquiétude.
Tous réclament l’anonymat. À Dubaï, plusieurs confient que la situation leur rappelle « le Liban » : « Ça explose à gauche, à droite, on a déjà vécu ça malheureusement. » Certains soulignent toutefois que, selon les autorités, la grande majorité des missiles aurait été interceptée avec succès aux Émirats. À Doha, les témoignages se limitent à l’expression d’un espoir prudent : voir l’escalade s’arrêter. À Koweït City et à Manama, le choc reste trop récent pour libérer la parole, d’autant que la volonté officielle d’afficher une image de normalité pousse expatriés et résidents à des déclarations mesurées, conformes aux lignes politiques locales.
Un conflit durable entre l’Iran et Israël pourrait, à terme, fragiliser encore davantage l’économie libanaise. Une instabilité prolongée dans le Golfe risquerait de réduire les perspectives d’emploi pour les expatriés libanais et, par ricochet, les transferts financiers dont dépend une part importante de la population. Parallèlement, la persistance des tensions régionales pèserait sur l’investissement, le tourisme et les flux de capitaux vers le Liban, autant de leviers déjà affaiblis par la crise économique interne. À long terme, l’effet combiné de ces facteurs pourrait accentuer la contraction économique et retarder toute perspective de redressement.
En attendant, c’est l’ironie qui prime sur les réseaux sociaux libanais, avec des blagues qui circulent à tout va, dont celle-ci qui souligne que « c’est un comble, les Libanais du Liban doivent maintenant s’assurer que les expatriés vont bien ».

