La reconstruction d’un pays ne commence pas par le béton, mais par les institutions, la compétence et la confiance.
Pendant trop longtemps, le Liban a confondu reconstruction et improvisation. Des projets ont été lancés sans vision globale, des politiques publiques ont été fragmentées, et l’ingénierie a été réduite à une simple fonction d’exécution. Dans le même temps, l’université s’est souvent trouvée déconnectée des besoins réels du pays, formant sans toujours préparer à servir l’État, les collectivités ou l’économie nationale.
Or, un État moderne et souverain repose sur trois piliers indissociables : des universités solides, des ingénieurs compétents et une gouvernance capable de relier le savoir à la décision, puis à l’action.
De la reconstruction improvisée à l’État stratège
L’ingénieur ne peut plus être perçu uniquement comme un technicien chargé d’appliquer des décisions prises ailleurs. Il doit être reconnu comme un acteur stratégique de la politique publique, capable de penser les infrastructures, l’énergie, le logement, l’eau, les transports et le développement durable dans une logique nationale de long terme. Dans tous les pays qui se sont relevés durablement, l’ingénierie a été placée au cœur de l’État stratège.
Universités et ingénieurs : reconstruire la chaîne de la compétence
De la même manière, l’université ne peut rester isolée du pays réel. Elle doit redevenir un véritable laboratoire de solutions, formant des cadres capables de comprendre les enjeux nationaux, d’agir avec rigueur, éthique et vision, et de contribuer à la reconstruction des institutions autant qu’à celle des infrastructures. L’enseignement supérieur ne doit pas seulement transmettre des savoirs, mais préparer à la responsabilité publique.
Aujourd’hui, le Liban dispose d’une opportunité rare : celle de réaligner l’éducation, l’ingénierie et la décision publique autour d’un projet national cohérent. Cela suppose de redonner toute leur place aux experts, aux enseignants et aux ingénieurs, et de bâtir des passerelles réelles et opérationnelles entre les universités, les ordres professionnels et les institutions de l’État.
La souveraineté d’un pays ne se mesure pas uniquement à sa politique étrangère ou à ses discours. Elle se mesure aussi à sa capacité à concevoir, construire, gérer et entretenir ses propres infrastructures, avec ses propres compétences, au service de son peuple.
Reconstruire l’État libanais, c’est d’abord reconstruire la chaîne de la compétence. C’est là que commence la renaissance.
La question est désormais claire :
le Liban saura-t-il placer enfin la compétence, l’ingénierie et l’université au cœur de son projet d’État ?
