On connaît le mot de la philosophe Hannah Arendt sur l’empathie, mais il est utile de le rappeler en ces jours solennels où nous n’avons plus à nous réveiller chaque jour sur le décompte des innocents tués et estropiés par la chasse israélienne. « La mort de l’empathie humaine est l’un des premiers signes et le plus révélateur d’une culture sur le point de sombrer dans la barbarie », a dit la politologue. C’est à raison que Arendt souligne que l’enjeu est intérieur, civilisationnel. À la justice reposant sur la force, toute l’histoire de l’Occident a apporté une réponse définitive. Ce type de paix peut fonctionner comme outil de dissuasion, mais il ne garantit pas une paix durable.
Nous étions tous otages du drame de Gaza, et il faut craindre que nous le restions, tellement les contours du règlement établi à Charm el-Cheikh sont flous. La boucherie de l’armée israélienne à Gaza dit quelque chose de la culture et de l’éthique de l’extrême droite au pouvoir en Israël. On connaît le mot de la philosophe Hannah Arendt sur l’empathie, mais il est utile de le rappeler en ces jours solennels où nous n’avons plus à nous réveiller chaque jour sur le décompte des innocents tués et estropiés par la chasse israélienne. « La mort de l’empathie humaine est l’un des premiers signes et le plus révélateur d’une culture sur le point de sombrer dans la barbarie », a dit la politologue.
Une paix teintée du sang de plusieurs dizaines de milliers d’innocents, que le Pape Léon XIV refuse catégoriquement de considérer comme des « dommages collatéraux », une paix reposant sur les décombres et la dévastation, n’est pas une véritable paix.
C’est à raison que Arendt souligne que l’enjeu est intérieur, civilisationnel. À la justice reposant sur la force, toute l’histoire de l’Occident a apporté une réponse définitive. Ce type de paix peut fonctionner comme outil de dissuasion, mais il ne garantit pas une paix durable. Une telle paix repose sur un équilibre instable et sera suivie presque immanquablement, à court, moyen ou long terme, d’une spirale de violence. La force peut imposer le silence, mais pas la réconciliation constitutive de la paix.
Une paix teintée du sang de plusieurs dizaines de milliers d’innocents, que le Pape Léon XIV refuse catégoriquement de considérer comme des « dommages collatéraux », une paix reposant sur les décombres et la dévastation, n’est pas une véritable paix. C’est une capitulation. Son souvenir ne peut facilement s’effacer.
La justice, pierre angulaire de la paix
Au cinquième chapitre de la première lettre aux Thessaloniciens, parlant des temps derniers, saint Paul écrit : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre. Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront, ‘Paix et sécurité !’ c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte. Ils ne pourront pas y échapper. »
La Bible, commune référence du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, affirme explicitement que la véritable paix repose non sur la force, mais sur la justice
Indépendamment des réalités de foi évoquées par l’Apôtre, qui touchent aux fins dernières et à l’état du monde à son Retour, ce qui peut être déduit de ces versets, c’est qu’une paix imposée ne reposant pas sur des fondements de justice peut être balayée soudain. En d’autres termes, la paix véritable est celle qui repose sur l’ordre voulu par Dieu, c’est-à-dire sur les droits inaliénables de toute personne et de toute collectivité humaines, telles que développées par deux millénaires de civilisation judéo-chrétienne ; et vers laquelle doivent tendre toutes les nations qui se veulent justes aux yeux de Dieu. Ce à quoi prétendent les deux acteurs nationaux du drame en Terre sainte.
D’ailleurs la Bible, commune référence du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, affirme explicitement que la véritable paix repose non sur la force, mais sur la justice. Le verset biblique clé le plus souvent cité à ce sujet figure au livre du prophète Isaïe : « L’œuvre de la justice sera la paix, et le fruit de la justice, le repos et la sécurité pour toujours. » (Isaïe 32 :17). Dans la pensée biblique, la paix n’est pas seulement l’absence de conflit, mais un état de plénitude, de sécurité et d’harmonie, qui découle naturellement d’un ordre juste.
La justice est l’une des pierres angulaires de la paix. Toute la civilisation occidentale a hérité de ce principe, qui a été consacré par la Doctrine sociale de l’Église et la Charte universelle des droits de l’homme. Pour le pape Jean XXIII, il ne peut y avoir de paix véritable sans la justice, la vérité, la liberté et l’amour. (La vérité comme fondement des relations, la justice comme règle, l’amour mutuel comme moteur et la liberté comme climat). Dans sa célèbre encyclique Pacem in Terris (1963), Jean XXIII évoque le besoin d’égalité entre les nations et le besoin pour l’État d’être sujet aux mêmes droits et devoirs qui s’appliquent à l’individu. En plein contexte de guerre froide, le pape explique que les conflits « ne devraient pas être résolus par les armes, mais plutôt par la négociation ».
Non, Israël ne sera pas sauvé par la guerre ; c’est seulement en donnant aux Palestiniens un avenir, en particulier sous la forme d’un État, qu’il pourra vivre en paix. Or du mot-clé État, aucune trace ne peut être trouvée dans les discours de Donald Trump, de Benjamin Netanyahou ou du chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid, alors même que la grande majorité des États souverains qui siègent à l’ONU ont reconnu aux Palestiniens ce droit inaliénable mais toujours virtuel. Un droit que l’accord d’Oslo (1993) avait consacré, et dont la violence venue du Hamas et de la droite israélienne a été le fossoyeur.
