Dans un éditorial du Wall Street Journal daté du 29 août 2025, il est affirmé que « les jours de l’ONU au Liban sont comptés ».

La mission de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) est qualifiée de coûteuse, inefficace, mais toujours active – à hauteur de 150 millions de dollars par an pour Washington – un fardeau que l’administration Trump entend désormais clore. Pour le quotidien américain, la Finul n’a ni empêché le Hezbollah de se renforcer au Sud-Liban, ni garanti une stabilité durable, et son retrait marquerait la fin d’une illusion entretenue depuis près de cinquante ans.
Une mission sous perfusion budgétaire
Avec un budget annuel avoisinant les 500 millions de dollars, la Finul mobilise plus de 10 000 hommes et femmes, dont environ 10 500 militaires issus d’une cinquantaine de pays contributeurs. Elle est l’une des plus anciennes et des plus coûteuses opérations de maintien de la paix des Nations unies.
Officiellement, sa mission est claire : surveiller le cessez-le-feu, appuyer le déploiement de l’armée libanaise (LAF) au sud du Litani, et veiller au respect de la résolution 1701, adoptée après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Mais sur le terrain, son efficacité est largement remise en cause.
Le Hezbollah, un acteur devenu incontournable
Depuis 2006, le Hezbollah a consolidé ses positions au Sud-Liban, transformant la région en une forteresse militaire. Ses arsenaux se sont considérablement renforcés : missiles de précision, drones, réseaux de tunnels inspirés du Hamas à Gaza. Ce réarmement s’est fait sous le regard de la Finul, qui n’a ni la capacité ni le mandat d’imposer un désarmement.
Pour Israël, le Hezbollah représente aujourd’hui une menace stratégique majeure, possédant un arsenal estimé à plus de 150 000 roquettes capables de frapper l’ensemble du territoire israélien. De fait, la frontière sud est devenue une poudrière, où le moindre incident peut dégénérer en confrontation régionale.
Une présence contestée
Loin d’être un acteur dissuasif, la Finul est souvent accusée de passivité, voire de complaisance. Les incidents de terrain se multiplient : patrouilles empêchées d’accéder à certaines zones, villages entiers fermés aux casques bleus, soldats intimidés par des civils affiliés au Hezbollah. L’image d’un soldat giflé par un milicien et contraint de reculer a fait le tour des réseaux sociaux libanais, révélant l’impuissance d’une force censée imposer l’autorité internationale. Ses détracteurs estiment que la Finul offre en réalité une couverture politique au statu quo, permettant au Hezbollah de renforcer ses positions tout en donnant l’illusion d’une stabilité.
Quels dangers pour le Liban si la FINUL se retire ?
La perspective d’un retrait, prévu d’ici fin 2026, soulève plusieurs risques majeurs :
- Un vide sécuritaire au Sud-Liban : l’armée libanaise devrait assumer seule le contrôle d’une zone où le Hezbollah est implanté depuis des décennies. Or, malgré ses 72 000 à 84 000 soldats, la LAF reste sous-équipée, dépourvue d’aviation de combat et de blindés modernes. Ses marges de manœuvre face à une milice lourdement armée sont quasi nulles.
- Une vulnérabilité accrue pour les civils : en cas de confrontation, les habitants du Sud se retrouveraient en première ligne. Sans la présence symbolique de la Finul, le risque d’opérations militaires israéliennes directes serait plus élevé, avec des destructions massives comme en 2006.
- Un risque d’embrasement régional : le Hezbollah, soutenu par l’Iran, pourrait être tenté d’intensifier ses activités contre Israël, au moment même où Gaza et la Syrie sont également des fronts actifs. Un conflit élargi transformerait le Liban en champ de bataille d’une guerre par procuration.
- L’effacement du Liban sur la scène internationale : le retrait de la Finul serait interprété comme un aveu d’échec du multilatéralisme. Le Liban perdrait un soutien politique et logistique majeur, au moment où il est déjà fragilisé par une crise économique et institutionnelle sans précédent.
L’armée libanaise face à un dilemme
Certains diplomates avancent que la Finul prépare déjà la transition en soutenant le déploiement de 8 000 soldats libanais supplémentaires au Sud. Mais la capacité des Forces armées libanaises à s’imposer face au Hezbollah reste hautement improbable. Non seulement elle dépend de financements étrangers pour fonctionner, mais elle est aussi prisonnière du consensus politique libanais, qui interdit tout affrontement direct avec la milice chiite.
En pratique, l’armée pourrait assurer une présence symbolique, mais non un désarmement réel. Dans ce scénario, le retrait de la Finul ne changerait pas l’équilibre militaire : il officialiserait seulement la domination du Hezbollah au Sud-Liban.
Le retrait annoncé de la Finul n’est pas seulement la fin d’une mission internationale. C’est un tournant historique qui obligera le Liban à affronter une vérité brutale : sans consensus national ni volonté politique de reprendre le contrôle de son territoire, le pays restera otage d’un statu quo explosif. Après 2026, deux chemins s’ouvrent : soit l’État assume enfin sa souveraineté et affronte le défi du Hezbollah, soit le Liban s’enfonce davantage dans son rôle de champ de bataille pour des puissances régionales. La Finul s’en va.
Reste une question obsédante : qui protégera le Liban lorsque l’illusion de paix se dissipera?
