C’est un article publié le 5 juillet dans le Wall Street Journal par Elliot Kaufman qui révèle l’ampleur de cette offensive politique. Au moins cinq cheikhs influents du sud de la Cisjordanie ont officiellement soumis une proposition à Israël : fonder un « Émirat de Hébron », entité tribale autogérée, détachée de l’Autorité palestinienne, favorable à une paix économique et sécuritaire avec Israël.
« Nous voulons la coexistence avec Israël. Nous voulons la paix. » Ce cri, lancé par le cheikh Wadih al-Jaabari depuis sa tente à Hébron, ne relève pas du simple vœu pieux. Il s’agit d’un manifeste politique d’une rare audace, qui pourrait bien dynamiter les fondations du statu quo post-Oslo. Près de trente ans après la poignée de main historique sur la pelouse de la Maison-Blanche, des chefs tribaux palestiniens proposent une alternative explosive : rompre avec l’Autorité palestinienne et construire un émirat autonome, en paix avec Israël et ancré dans les Accords d’Abraham.
Une fracture ouverte avec Ramallah
C’est un article publié le 5 juillet dans le Wall Street Journal par Elliot Kaufman qui révèle l’ampleur de cette offensive politique. Au moins cinq cheikhs influents du sud de la Cisjordanie ont officiellement soumis une proposition à Israël : fonder un « Émirat de Hébron », entité tribale autogérée, détachée de l’Autorité palestinienne, favorable à une paix économique et sécuritaire avec Israël.
Depuis 2007, et un affrontement armé sanglant avec les forces de sécurité palestiniennes, Hébron est en état de divorce politique avec Ramallah. Les forces de l’Autorité palestinienne sont pratiquement absentes de certains quartiers. Le terrain est mûr pour une alternative.
Dans une lettre adressée au ministre israélien de l’Économie, Nir Barkat, ils affirment sans détour : « L’Émirat de Hébron reconnaîtra Israël comme État-nation du peuple juif, et Israël reconnaîtra l’émirat comme représentant des Arabes du district de Hébron. » Cette déclaration, impensable pour l’OLP ou l’Autorité palestinienne, constitue une rupture frontale avec le récit fondateur du nationalisme palestinien, fondé sur la résistance, la centralité de Jérusalem et le refus de la normalisation.
Oslo est mort
Le texte des cheikhs est brutal : « Les Accords d’Oslo n’ont apporté que mort, ruine économique et désespoir. Ils ont permis à une Autorité corrompue d’usurper le pouvoir aux dépens de nos structures traditionnelles. »
Cheikh Jaabari ne mâche pas ses mots : « L’Autorité palestinienne ne nous représente pas. Ce sont nos familles, nos clans, qui connaissent la terre, qui la cultivent, qui la protègent. »
Depuis 2007, et un affrontement armé sanglant avec les forces de sécurité palestiniennes, Hébron est en état de divorce politique avec Ramallah. Les forces de l’Autorité palestinienne sont pratiquement absentes de certains quartiers. Le terrain est mûr pour une alternative.
Hébron, un futur Dubaï ?
Les cheikhs proposent un pacte inédit : coexistence assumée avec Israël ; adhésion aux Accords d’Abraham ; création d’une zone économique commune de plus de 1 000 hectares ; intégration ordonnée de la main-d’œuvre palestinienne dans l’économie israélienne ; fin des incitations financières aux familles de terroristes.
« Si nous avons la bénédiction du président Trump et des États-Unis, Hébron pourra devenir comme Dubaï », affirme l’un des leaders.
Un modèle calqué sur le Golfe, théorisé depuis deux décennies
Derrière ce projet, on retrouve l’empreinte intellectuelle du politologue israélien Mordechai Kedar, fervent promoteur d’un système de « micro-émirats » palestiniens, jugé plus réaliste que l’État unitaire rêvé par l’OLP. Selon lui, seule une gouvernance locale, familiale et tribale peut apporter la stabilité, comme au Qatar, à Oman ou à Abou Dabi. « Le clan est la seule unité politique réellement fonctionnelle dans le monde arabe », tranche Kedar.
Le ministre Nir Barkat, proche de Netanyahou, appuie ouvertement cette approche : « Depuis Oslo, nos services de sécurité n’ont connu que l’Autorité palestinienne. Est-il raisonnable de continuer à soutenir un régime que nous jugeons corrompu, inefficace, voire complice du chaos ? »
Mais d’autres voix, au sein du Shin Bet ou de l’état-major, s’inquiètent : prolifération de pouvoirs armés locaux, risques de guerre des clans, déstabilisation de la Cisjordanie. Le général Gadi Shamni alerte : « Comment gérer des dizaines de familles armées sans structure hiérarchique claire ? »
À l’inverse, le général Amir Avivi défend l’audace : « Si l’Autorité palestinienne a échoué à Gaza, pourquoi lui confier la Cisjordanie ? »
La fin d’un cycle historique
L’initiative des cheikhs d’Hébron pourrait bien marquer la fin de l’illusion d’Oslo et la clôture d’un cycle diplomatique entamé à Camp David en 1978. En misant sur des acteurs enracinés, cette tentative offre un autre récit : celui de la légitimité du local contre la faillite du centralisme exilé.
Cheikh Jaabari, sûr de son ancrage populaire, lance un défi frontal : « Le peuple est avec nous. L’Autorité palestinienne ne tient que grâce à la protection d’Israël. »
Et, au sujet des accusations de trahison : « La trahison, c’était Oslo. Moi, je n’ai pas oublié. Trente-trois ans de mensonges, de misère, de sang. »
Opportunité ou nouvelle poudrière ?
Cette initiative audacieuse ouvre une brèche dans le consensus diplomatique autour de la solution à deux États. Elle pose une question fondamentale : le local peut-il remplacer le national ? Si elle parvient à prendre racine, l’idée d’un Émirat d’Hébron pourrait redéfinir les paramètres du plus ancien conflit du Moyen-Orient. Mais si elle échoue, elle risque d’ajouter une nouvelle couche de chaos à une région déjà en tension extrême.
