Demain c’est la cinquantième commémoration de la guerre du Liban. Beaucoup l’appellent guerre civile, je pense que c’est trop simplifier les choses surtout quand cette date est liée à un seul incident, celui du fameux bus de Aïn el-Remmaneh.
Demain sera un dimanche, tout à fait comme le 13 avril 1975.
Je ne veux pas imaginer quelle aurait été notre vie si la guerre n’avait jamais eu lieu. Je suis profondément persuadée que le Grand Liban proclamé en 1920 était une entité vouée à l’échec et ce malgré l’âge d’or et les années fastes qui ont duré en gros des années cinquante aux années soixante-dix.
Je n’aime pas les dates commémoratives ni cette tendance à fixer la date du début de la guerre à l’incident du bus de Aïn el-Remmaneh, et aux victimes palestiniennes tombées ce jour-là sous les coups de feu présumés de membres de partis chrétiens. Car certains oublient, par ignorance ou mauvaise foi, que ce bus transportait des Palestiniens armés dans une banlieue chrétienne de Beyrouth, juste après une fusillade qui avait ciblé des membres de partis politiques chrétiens – également armés – devant une église.
C’est comme si les humains avaient toujours besoin de dates ou de symboles pour se retrouver, pour simplifier des choses compliquées. C’est ainsi qu’ils retiennent la date du 1er septembre 1939 pour marquer le début de la IIe guerre mondiale avec l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, le 22 février 2022 pour la guerre d’Ukraine, avec l’invasion de ce pays par la Russie, ou encore le 24 avril 1915 pour le génocide, par les Ottomans, des Arméniens et d’autres chrétiens, qui vivaient dans le territoire de la Turquie actuelle.
Peut-être que pour changer de narratif, il faut commencer par prendre en compte les évènements qui ont marqué les années ayant précédé ces dates commémoratives.
Pour ce 13 avril 1975 par exemple, il faut revenir au droit des réfugiés palestiniens à porter des armes, qui leur a été accordé par les accords du Caire de novembre 1969, ainsi que celui de mener des opérations armées contre Israël à partir du territoire libanais. Il faut se remémorer toutes les exactions commises par les Palestiniens, soutenus par la gauche libanaise, qui avaient poussé les partis chrétiens (Kataëb, Tanzim, Gardiens du Cèdre et Parti national libéral) à organiser des camps de formations au maniement des armes. Il faut aussi garder en tête le contexte de la guerre froide qui divisait, en ce temps-là, le monde entre deux influences, l’Occident et l’Union soviétique.
Il faut peut-être aussi revenir à la crise de 1958 au Liban, à la création de l’Etat d’Israël en 1948 ou encore à la création du Grand Liban en 1920. On peut encore remonter plus loin dans le temps et présenter des thèses sur les diverses identités, communautés et appartenances libanaises. Mais cela est une bien autre histoire et provoquera d’interminables polémiques.
N.B J’ai choisi pour illustrer ce texte une série de photos de Roger Moukarzel, prises dans Beyrouth Est et sa région durant les années quatre-vingt et exposées lors de divers évènements culturels au Liban et à l’étranger.





