J’ai toujours aimé Achrafieh (la partie de Beyrouth impactée par l’explosion et qui compte plusieurs quartiers et où j’habite) les dimanches d’été. La quasi-totalité des magasins sont fermés et la plupart des habitants partent en week-end. Les rues sont vides et il fait très chaud et humide. On sent que le temps s’est arrêté pour une journée.
D’ailleurs, chez nous pour dire il n’y a pas un chat, nous utilisons l’expression « comme Achrafieh un dimanche d’été ».
Ce matin avant d’aller à la plage je me suis promenée dans la ville déserte et j’ai pensé à quel point Beyrouth et ma vie me manqueront si je quitte le pays, si je m’établis ailleurs.
J’avais deux ans et demi quand la guerre (1975-1990) a éclaté mais cela ne m’a pas empêché de faire des études et de construire ma vie à Beyrouth. Toute ma vie, depuis l’école, j’ai vu mes amis partir pour la France, le Canada ou ailleurs. Il y a eu deux pic d’émigration : à la fin des années 70, quand la guerre du Liban battait son plein et en 1989-1990, quand tout a été détruit. Mais avec la crise économique de 2019 et l’explosion du port, nous avons battu ces deux records.
C’est le troisième exode massif dans l’histoire du Liban. Le premier était en 1916, avec la Grande Famine du Mont-Liban, le deuxième s’est produit durant la guerre de 1975 à 1990 et là, en cinq ans, nous avons battu un troisième record.
Mes amis qui étaient rentrés avec le semblant de stabilité au cours des 20 dernières années et jusqu’en 2019 sont repartis dans leurs anciens pays d’accueil, ceux qui restent au Liban envoient leurs enfants faire des études ailleurs. Les jeunes diplômés partent aussi s’établir à l’étranger. Bientôt nous ne seront plus qu’un pays de vieux et de personnes désemparées.
