Du 5 au 12 mai, Metropolis Art Cinema accueille un cycle de projections inédit intitulé Le visage et le seuil, consacré à la figure de François d’Assise. Organisé par l’Ambassade d’Italie au Liban et l’Institut Culturel Italien de Beyrouth, en collaboration avec plusieurs partenaires, l’événement propose une relecture cinématographique du sacré à travers les siècles.
Huit cents ans après la disparition de François d’Assise, cette initiative ne se limite pas à une simple commémoration. Elle invite à repenser cette figure majeure comme une source toujours actuelle de questionnement. Par son choix radical de pauvreté, son rejet des logiques de pouvoir et son rapport singulier à l’autre et au vivant, François a profondément marqué la culture médiévale — un héritage qui continue aujourd’hui d’interroger notre présent.
Proclamé patron de l’Italie, François dépasse largement le cadre religieux pour s’imposer comme une figure centrale de l’imaginaire culturel italien. De la littérature aux arts visuels, et plus particulièrement au cinéma, son influence n’a cessé d’évoluer. Le cycle présenté à Beyrouth retrace ainsi une véritable généalogie du regard cinématographique porté sur le sacré.
Des débuts du cinéma muet aux œuvres contemporaines, chaque film témoigne d’une époque et d’une manière spécifique d’interpréter François. Chez Roberto Rossellini, le sacré se manifeste dans la simplicité des gestes et la vie collective. Avec Pier Paolo Pasolini et Liliana Cavani, il devient un espace critique, révélant les tensions entre spiritualité et pouvoir. D’autres œuvres plus récentes proposent une lecture plus introspective et relationnelle de l’expérience franciscaine.
Le titre du cycle, Le visage et le seuil, reflète cette dualité : le « visage » renvoie à ce que le cinéma donne à voir, tandis que le « seuil » évoque cet espace de transition où l’expérience intérieure prend forme dans le monde. François d’Assise se situe précisément à cette frontière, entre l’invisible et le visible, entre l’intime et le collectif.
Au-delà de sa portée spirituelle, la figure franciscaine s’inscrit également dans une histoire de dialogue entre Orient et Occident. La rencontre de François avec le Sultan, ainsi que la présence durable des franciscains en Terre Sainte, témoignent d’une tradition d’échange interculturel qui résonne particulièrement dans le contexte actuel.
Le programme du cycle comprend plusieurs œuvres marquantes, dont Francesco, giullare di Dio de Rossellini (1950), Uccellacci e uccellini de Pasolini (1966), Fratello Sole, Sorella Luna de Franco Zeffirelli (1972), ainsi que des productions plus récentes comme Chiara de Susanna Nicchiarelli (2022).
À travers cette programmation, Beyrouth devient, le temps d’une semaine, un espace de réflexion cinématographique où le sacré est interrogé dans ses formes, ses représentations et ses transformations.
