Entre Londres et Beyrouth, le graphiste libanais Marwan Kaabour explore les identités arabes et queer à travers le design et les mots. Fondateur de Takweer et auteur du Queer Arab Glossary, il s’attache à documenter et célébrer des expressions souvent marginalisées. Lors de son passage à Athènes, il a confié à Beyrouth 360 son envie de redonner à la langue arabe toute sa richesse et sa puissance d’expression.
Lors de son passage à Athènes, Beyrouth 360 a pu rencontrer l’artiste libanais Marwan Kaabour. Graphiste de formation et fondateur de Takweer, il se trouvait dans la capitale grecque pour la présentation de son dernier ouvrage, The Queer Arab Glossary.

Basé à Londres depuis 2011, d’abord pour un master puis pour y travailler dans l’un de ses studios préférés, Barnbrook, il dit vouloir désormais passer la moitié de l’année à Beyrouth.
Ne craint-il pas de ne pas pouvoir être lui-même dans la capitale libanaise ? « Absolument pas. Je suis resté à Londres parce que la ville était stimulante et enrichissante sur le plan professionnel. Je souhaitais retourner à Beyrouth en 2019 pour créer mon propre studio de design, mais j’ai dû changer mes plans à cause de la crise.
Beyrouth est ma ville natale : une grande partie de mon identité et de ma personnalité y a été façonnée, et c’est l’endroit où je me sens le plus moi-même. Finalement, je vais franchir le pas et passer la moitié de l’année à Beyrouth à partir de cet hiver, ce dont je me réjouis énormément. »

Votre récent travail, The Queer Arab Glossary, a été présenté à Athènes il y a quelques jours. Pourquoi Athènes ? Comment cela a-t-il été perçu, et de quel public s’agissait-il ? « La Grèce est un lieu qui partage de nombreuses affinités sociales et culturelles avec le Liban. Athènes, en particulier, est un endroit très familier et donne toujours l’impression d’être un “chez-soi loin de chez soi”.

J’ai donc été ravi lorsque la formidable équipe de Bustan m’a contacté pour organiser une série d’événements autour de mon livre.
Le livre a été extrêmement bien accueilli : le public est venu pendant trois jours pour échanger avec moi et explorer les thématiques de l’ouvrage.
L’audience était composée d’Arabes vivant à Athènes — notamment de personnes issues de la communauté queer —, mais aussi de Grecs queer et de personnes travaillant dans les domaines de l’art, de la culture et du monde académique. C’était un groupe très diversifié et engagé. »

Pourquoi un glossaire queer arabe ?
« Pour de nombreuses raisons. La communauté queer arabe manque de littérature accessible qui parle de sa propre expérience et qui ne soit pas confinée au milieu académique.



Ce livre est aussi une revendication : celle d’être inclus dans le discours queer international, souvent dominé par une perspective eurocentrée.
C’est également une remise en question du récit dominant selon lequel les Arabes seraient incapables d’accepter leurs enfants queer.
Et, sur un plan plus personnel, j’adore la linguistique !
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Parmi ses œuvres précédentes, deux le rendent particulièrement fier : « Je dirais que ma page Instagram Takweer occupe certainement une place importante, suivie de près par le livre sur Rihanna, conçu pour la star mondiale de la pop lorsque je travaillais chez Barnbrook. »
Et au Liban ? « L’organisation beyrouthine Haven for Artists a récemment publié un livre intitulé I Will Always Be Looking for You, une anthologie d’art queer arabe dont je suis extrêmement fier.
Je recommande vivement à tout le monde de s’en procurer un exemplaire ! ».
