À la Villa Audi, lieu chargé de mémoire et de mosaïques, l’artiste Ghassan Zard dévoile sa nouvelle exposition « AUTELS » (ALTARS), sous le commissariat de Marc Mouarkech. Entre sculpture et peinture, Zard poursuit sa quête d’un espace où la matière se fait mémoire et où l’art devient un lieu de survie.
Ses sculptures, taillées dans le laiton, surgissent comme des fragments arrachés à la terre. Elles portent les marques du temps : griffures, cicatrices, blessures. À côté, ses peintures ouvrent des horizons intérieurs où le ciel et la mer se métamorphosent en paysages instables, traversés de tension et de silence.
De cette confrontation entre forces telluriques et élans spirituels naît l’autel. Ici, il n’est pas question de dévotion religieuse, mais d’une architecture fragile et éphémère, bâtie avec ce que la mémoire retient et ce que le corps endure. Les autels de Zard sont des refuges, des constellations faites de fragments, d’imaginaires et de résistances.
Présentées dans les salles de la Villa Audi, ces œuvres dialoguent avec la densité des motifs du lieu. Les mosaïques anciennes croisent les formes contemporaines, et l’histoire se mêle au présent. Les autels ne s’adressent plus aux dieux, mais à l’endurance. Ils n’invitent pas à la transcendance, mais à l’acte humble et obstiné de continuer.
« Ce travail cherche un absolu, une forme de mystique qui conduit vers un espace de silence », confie l’artiste. « On passe par une douceur qui se durcit sous le poids des crises et des violences accumulées. C’est une oscillation entre le calme et la fureur du monde d’aujourd’hui. »
Trois autels structurent l’exposition :
- Veins of Ascent, vertical, un geste de résistance autant que de contemplation.
- Cartographies of the In-Between, un passage entre présence et absence, où les arbres deviennent pèlerins.
- The Bells After the Fire, horizontal, où le feu dévaste et révèle à la fois.
Ces trois axes — vertical, liminal, horizontal — dessinent une cartographie intime de l’être, entre fracture, mémoire et transformation.
En marge de l’exposition, Ghassan Zard offre une nouvelle sculpture à la collection permanente du jardin de la Villa Audi. Un geste qui inscrit son œuvre dans la mémoire vivante du lieu, aux côtés des pièces emblématiques déjà présentes.
Né en 1954, ancien dentiste devenu artiste, Zard explore depuis des décennies la violence, la peur, l’abstraction. Sa pratique mêle poésie, peinture et sculpture, nourrie par la littérature japonaise et la psychanalyse. Aujourd’hui, avec « Autels », il transforme la douleur en rituel, la matière en refuge, et l’art en acte de survie.
