Annonce du programme du ministère de la Culture dans tous les domaines. Face à la crise, Ghassan Salamé trace une feuille de route où la culture devient à la fois mémoire vivante, levier économique et ciment social.
« Beaucoup ignorent la fonction première du ministère, mais elle est souveraine », a martelé le ministre de la Culture Ghassan Salamé en présentant le programme global de son ministère. Celui-ci couvre la sauvegarde du patrimoine, le soutien à la création, l’économie culturelle, le dialogue démocratique et la Francophonie.
À peine nommé, Salamé est devenu « le plus grand propriétaire foncier du pays », avec sous sa responsabilité des sites emblématiques comme Baalbeck, Tyr, Byblos ou Faqra. Sa priorité : restaurer et protéger ces trésors, mais aussi relancer la vie culturelle sur l’ensemble du territoire.
Restaurer et protéger le patrimoine libanais
Avec l’appui du ministère de l’Intérieur et de la Justice, plusieurs violations de sites ont déjà été stoppées. Mais l’heure est surtout à la reconstruction. Faute de ressources publiques suffisantes, Salamé mise sur des partenariats internationaux et des financements privés.
Parmi les projets :
- 3,5 millions de dollars pour les palais de Beiteddine et de l’émir Amine ;
- 500 000 dollars inscrits au budget 2026 pour le Palais de l’Unesco (sur un total estimé à 2 millions) ;
- et surtout la renaissance du Grand Théâtre de Beyrouth, fermé depuis des décennies.
Un accord est en cours entre Solidere, la municipalité de Beyrouth et l’Unesco pour le transfert de propriété. Le chantier coûtera 20 millions de dollars, dont un premier million déjà offert par l’émirat de Charjah.
Parallèlement, d’autres projets sont lancés : la transformation de la gare de Mar Mikhaël en centre culturel, la restauration du site d’Echmoun en coopération avec la France, la numérisation de la Bibliothèque nationale grâce à un don de 750 000 dollars, ainsi qu’un projet de loi inédit sur la protection du patrimoine subaquatique libanais.
La culture, moteur économique du Liban
Le ministre veut aussi faire de la culture un pilier économique. « Chaque produit culturel – livre, film, spectacle – est à la fois une œuvre et un bien marchand », rappelle-t-il. En Europe, le secteur pèse 6 à 7 % du PIB. « Au Liban, nous pouvons atteindre 8 à 9 % », affirme-t-il.
Dès janvier 2026, des ateliers réuniront éditeurs, cinéastes, plasticiens, musiciens et designers pour définir financements et réformes. La grande conférence économique internationale de 2026 consacrera d’ailleurs une journée entière à la culture.
Dans le Nord, le projet de Khan al-Askar à Tripoli transformera l’ancien caravansérail en centre de formation aux métiers d’art. Au printemps 2025, un Forum national des arts réunira artistes, institutions et société civile pour élaborer une feuille de route culturelle. À l’international, le Liban sera invité d’honneur du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo en mai 2026.
La culture comme ciment social et démocratique
Dernier axe stratégique : la culture au service de l’unité nationale et du débat démocratique. Elle doit, selon Salamé, « nourrir la réflexion sur notre histoire et notre avenir ».
La programmation annuelle inclura :
- la Semaine du cinéma,
- la Nuit du patrimoine,
- la Journée de la langue arabe,
- la Semaine du théâtre libanais,
- et, dès mars, le Mois de la Francophonie, mobilisant tous les acteurs – écoles, universités, médias, institutions culturelles et société civile.
En 2026, le centenaire de la Constitution donnera lieu à conférences, expositions et débats sur l’évolution du texte fondateur et les réformes à envisager. Des commémorations seront également organisées autour des 50 ans de la guerre civile et de l’explosion du port de Beyrouth.
« Quand l’État s’est effondré, la culture a survécu »
En conclusion, Salamé a salué la vitalité des créateurs libanais : « Ce qui a sauvé la culture, c’est qu’elle est enracinée dans la société et non dans l’État. Quand l’État s’est effondré, la culture a continué à vivre. »
Un message clair : dans un Liban fragilisé par les crises, la culture n’est pas un luxe, mais une ressource vitale — mémoire collective, moteur de croissance et espace de réconciliation.
