Tom Barrack, un messager américain… pour combien de temps?Dans un texte sans ambiguïté publié dans Asharq Al-Awsat le 4 juin 2025, Edward Gabriel, voix influente au sein de la diplomatie américaine et président de l’American Task Force on Lebanon (ATFL), tire la sonnette d’alarme : le Liban, affaibli par des décennies de conflits et de paralysie institutionnelle, pourrait enfin tourner la page. À condition d’agir vite.
« Le Liban a là une occasion rare de maintenir le soutien international pour reconstruire une nation ravagée, bâtir une armée forte garante de sa souveraineté, et assurer la paix avec ses voisins. L’horloge tourne, mais le choix revient au Liban : saisir ce moment ou rester sur le bord de la route », écrit Edward Gabriel, ancien ambassadeur des États-Unis au Maroc et président de la puissante organisation ATFL (American Task Force for Lebanon).
Dans un texte sans ambiguïté publié dans Asharq Al-Awsat le 4 juin 2025, Edward Gabriel, voix influente au sein de la diplomatie américaine et président de l’American Task Force on Lebanon (ATFL), tire la sonnette d’alarme : le Liban, affaibli par des décennies de conflits et de paralysie institutionnelle, pourrait enfin tourner la page. À condition d’agir vite. Car, dans une région en mutation rapide, l’inaction équivaut à l’effacement.
le Liban, affaibli par des décennies de conflits et de paralysie institutionnelle, pourrait enfin tourner la page
Une région en pleine reconfiguration
Le Moyen-Orient, longtemps perçu comme figé dans ses lignes de fracture, est aujourd’hui le théâtre d’une recomposition sans précédent. « Cette hypothèse [d’une région immobile] n’est plus valable. Il suffit de regarder les transformations spectaculaires qui se déroulent depuis quelques semaines et quelques mois au Liban, en Syrie et en Iran », affirme l’ancien ambassadeur.
Le constat est sans appel : en Syrie, la chute du régime Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed El-Charaa, ancien rebelle islamiste devenu dirigeant réformateur, ont surpris jusqu’aux observateurs les plus avertis. Ahmed El-Charaa s’emploie désormais à rapprocher Damas d’Israël, dans une perspective de normalisation régionale. En Iran, les revers militaires et la désorganisation des services de renseignement fragilisent profondément le régime, réduisant considérablement son influence, notamment sur le Hezbollah, longtemps perçu comme l’instrument direct de Téhéran au Liban.
Le Liban, un « bénéficiaire naturel » — mais à condition d’agir
Dans ce contexte, le Liban pourrait, selon Edward Gabriel, « être le principal bénéficiaire de ces bouleversements géopolitiques ». L’élection d’un président respecté, Joseph Aoun, et d’un Premier ministre réformateur, Nawaf Salam, a permis la formation d’un gouvernement technocratique, suscitant un regain d’espoir. Mais pour que cette dynamique soit durable, des mesures décisives sont nécessaires : désarmement de toutes les milices, y compris le Hezbollah, démarcation des frontières avec la Syrie et Israël, et engagement dans un plan de réformes économiques profondes.
« Le nouveau gouvernement dispose désormais de l’autorité politique et de la capacité nécessaires pour saisir une occasion unique dans l’histoire : reconstruire, réformer et réinventer l’avenir du Liban. Mais le temps ne joue pas en sa faveur. »
« S’il perçoit une hésitation ou un retard de la part de Beyrouth, le président Trump pourrait très bien rediriger l’engagement américain vers des pays plus dynamiques, à savoir la Syrie, Israël et les pays du Golfe »
Tom Barrack : un mandat chargé de messages d’efficacité et de rapidité
Selon Edward Gabriel, le président Donald Trump, dans un rare geste d’attention envers le Liban, a évoqué favorablement le pays à deux reprises récemment. Il a mandaté Tom Barrack, homme d’affaires influent, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, pour présenter à Beyrouth une proposition globale : désarmement total des milices, démarcation des frontières, garanties de retrait israélien des zones litigieuses, et mise en œuvre rapide de réformes économiques structurelles.
« S’il perçoit une hésitation ou un retard de la part de Beyrouth, le président Trump pourrait très bien rediriger l’engagement américain vers des pays plus dynamiques, à savoir la Syrie, Israël et les pays du Golfe », met-il en garde. Le message est clair : l’attention américaine n’est pas acquise. Elle est conditionnelle, éphémère, et orientée par des critères d’efficacité et de rapidité.
L’ATFL : voix stratégique de la diaspora libano-américaine
Fondée aux États-Unis sous le statut d’organisation indépendante, non partisane et non confessionnelle, l’American Task Force on Lebanon (ATFL) rassemble des Américains influents d’origine libanaise. Son objectif : renforcer la relation bilatérale entre les États-Unis et le Liban, dans l’intérêt mutuel des deux peuples.
L’ATFL plaide pour la souveraineté du Liban, son intégrité territoriale, un modèle démocratique et pluraliste, ainsi que des politiques américaines cohérentes, axées sur la stabilité, l’éducation, la culture et la prospérité économique.
Sous la présidence d’Edward Gabriel, l’organisation joue un rôle de passeur stratégique, facilitant le dialogue entre décideurs politiques américains et libanais. L’ATFL a été à plusieurs reprises un canal discret mais influent entre Washington et Beyrouth, en particulier lors de crises de gouvernance ou de négociations sur la démarcation maritime.
Un avenir en suspens
« Si la Syrie et Israël normalisent leurs relations, ils pourraient également coopérer sur la sécurité de leurs frontières mutuelles, excluant le Liban du processus. Le pays risque alors de devenir une simple zone tampon — voire un champ de bataille — s’il ne parvient pas rapidement à tracer sa propre voie souveraine. »
À l’heure où la région se redessine sous nos yeux, le Liban n’a plus le luxe de la lenteur. Il peut soit devenir acteur de sa renaissance, soit subir les décisions prises sans lui. Gabriel, au nom de la diaspora et d’un pan stratégique de la diplomatie américaine, tend la main. Encore faut-il que Beyrouth la saisisse.
À propos de l’ATF
L’American Task Force on Lebanon est une organisation à but non lucratif (501c3) basée aux États-Unis, fondée par des Américains de descendance libanaise. Elle œuvre à renforcer les liens entre les deux pays en sensibilisant les décideurs américains à l’importance d’un Liban souverain, stable, démocratique et prospère.
