« Je n’ai pas choisi cette pièce par hasard, » confie Joe Ramia. « Chez Wannous, j’ai retrouvé le même théâtre que chez Brecht : un théâtre qui pose des questions, qui dérange, qui oblige à regarder le réel en face. »
Formé à cette école du théâtre critique, Ramia trouve dans Le Voyage de Hanzala une écriture claire, politique, mais profondément humaine.
Le 13 décembre, au Théâtre Monnot, Rahlet Hanzalla a frappé juste. Dès la première, le public a répondu présent, attentif, généreux, et profondément touché. La mise en scène de Joe Ramia du texte de Saadallah Wannous ( né en Syrie en 1941, mort à Damas en 1997) n’a rien d’un hommage figé : elle est vivante, directe, et étonnamment actuelle.
« Je n’ai pas choisi cette pièce par hasard, » confie Joe Ramia. « Chez Wannous, j’ai retrouvé le même théâtre que chez Brecht : un théâtre qui pose des questions, qui dérange, qui oblige à regarder le réel en face. »
Formé à cette école du théâtre critique, Ramia trouve dans Le Voyage de Hanzala une écriture claire, politique, mais profondément humaine.

(OÉcrite en 1978, la pièce résonne aujourd’hui avec une force troublante. Révolution, effondrement économique, explosion du port, guerres successives : le texte semble raconter le Liban avant même que tout ne s’effondre. « En relisant Hanzala, j’avais l’impression de lire notre quotidien, » explique le metteur en scène. « C’est cette coïncidence douloureuse qui m’a donné envie d’aller au bout du projet. »
Hanzala, figure d’une errance collective
Hanzala est arrêté sans raison, dépouillé de ses économies pour retrouver une liberté illusoire, rejeté par sa femme, puis condamné à errer. À travers lui, Wannous dresse le portrait d’un homme broyé par un système absurde et injuste — une figure qui rappelle aujourd’hui des milliers de Libanais.
Sur scène, cette errance devient collective. Le public s’y reconnaît, parfois avec humour, parfois avec émotion, mais toujours avec lucidité.
Une adaptation ancrée dans le présent
L’adaptation du texte est l’un des grands atouts du spectacle. Joe Ramia y intègre les mots, slogans et colères nés depuis 2019, sans jamais trahir l’esprit de Wannous. « Je voulais que le texte respire le présent, » dit-il. « Que le spectateur sente que cette histoire lui parle directement. »

Ce travail a été mené en étroite collaboration avec son tuteur, le Dr Joseph Sassine, dans un dialogue constant autour du rythme, du sens et de la construction des personnages. Le résultat est fluide, accessible et percutant.
Une première chaleureusement saluée
La première du 13 décembre a confirmé la justesse du projet : rires francs, émotion partagée et standing ovation ont marqué la fin de la représentation. Plusieurs spectateurs parlaient d’un spectacle « nécessaire », « intelligent » et « profondément libanais ».
Cette rencontre avec le public s’est prolongée par une reconnaissance majeure : le prix du Meilleur metteur en scène au Monnot d’Or, saluant une vision claire et engagée.
Une scénographie forte et inventive
La scénographie, conçue avec Johnny Ramia, s’impose comme un élément central du spectacle. Audacieuse, symbolique et visuellement marquante, elle accompagne le récit sans l’écraser. « C’était un vrai défi, surtout pour un projet de diplôme, » reconnaît Joe Ramia. « Mais pouvoir le réaliser avec mon frère a rendu cette aventure encore plus forte. »
Un jeune metteur en scène à suivre
Avec Rahlet Hanzalla, Joe Ramia signe bien plus qu’un travail universitaire réussi. Il propose un théâtre vivant, engagé et accessible, capable de faire rire, réfléchir et émouvoir. Un théâtre qui, à l’image de Wannous, croit encore au pouvoir de la scène pour réveiller les consciences.
Fiche artistique – « رحلة حنظلة » – Saadallah Wannous
Adaptation et mise en scène : Joe Ramia
Sous la supervision de : Dr Joseph Sassine
Production : Théâtre Monnot
Assistant à la production : Ramy Chahine
Costumes et accessoires : Roula Melki
Distribution – Wissam Btedini
Carlos Antonios
Pia Khalil
Ali Menhed
Lumières – Ahmad Hafez
Scénographie – Johnny Ramia
