SPECIAL OIF – A Beyrouth, l’Organisation Internationale de la Francophonie a organisé une mission économique et commerciale «retour» pour encourager la coopération entre les pays francophones. Au Liban, la première mission s’était tenue en octobre 2023. Elle avait regroupé 70 entrepreneurs internationaux venant de 23 pays, 200 entrepreneurs libanais et plus de 10 institutions francophones.

La francophonie n’est pas uniquement une langue en partage, c’est aussi une culture, un état d’esprit et un espace économique. C’est d’ailleurs pour souligner l’importance de cet espace économique et encourager les pays francophones sur les cinq continents à coopérer ensembles qu’une mission économique et commerciale – de retour – s’est tenue les 5 et 6 novembre derniers à Beyrouth.

En tout, au cours de ces deux jours, 18 lettres d’intention et protocoles d’accord ont été signés entre des entreprises francophones venues notamment d’Afrique et du Maghreb au Liban. Les projets devront se concrétiser dans un avenir proche.
« Dans la région et au Liban, 2024 était une année très difficile sur le plan de la sécurité. Et le Liban a traversé cette période de guerre, d’incertitude et de problèmes. Et cette année nous avons voulu vraiment faire de cette mission de consolidation un véritable soutien pour le Liban. Malgré la situation volatile, les préparatifs ont commencé dès le mois de juillet ».
Levon Amirjanyan
« L’espace francophone c’est 20 % des échanges économiques mondiaux, 16 % du PIB mondial et 15 % des investissements internationaux », souligne d’emblée, dans un entretien exclusif à Beyrouth 360, Levon Amirjanyan, représentant de l’Organisation international de la francophonie (OIF) au Moyen-Orient.

Depuis 2022, l’OIF déploie des missions économiques et commerciales pour promouvoir les opportunités d’affaires et d’investissements entre les pays francophones, pour intensifier les échanges et renforcer la diplomatie économique entre les États et gouvernements francophones. Destinées notamment aux opérateurs économiques et institutionnels des secteurs de l’agro-industrie, des énergies renouvelables et des biens et services numériques, ces missions permettent aux participants de prospecter des marchés, de discuter d’affaires et de créer des liens avec des opérateurs locaux dans le cadre d’un forum économique de haut niveau, des rencontres B2B et des visites d’entreprises innovantes.
« Il y a eu jusqu’à présent, six éditions principales des missions économiques et commerciales, sans compter les missions de retour. Au Liban, la première mission s’était tenue en octobre 2023. Elle avait regroupé 70 entrepreneurs internationaux venant de 23 pays, 200 entrepreneurs libanais et plus de 10 institutions francophones », note M. Amirjanyan.

Les 5 et 6 novembre 2025, deux ans plus tard, a eu lieu donc la mission de retour, une mission de suivi et de consolidation, moins élargie mais plus ciblée, permettant de concrétiser accords et coopération.
« Les entreprises de l’espace francophone se sont rencontrées, ont exploré et ont concrétisé de nouvelles opportunités d’affaires. Nous ne le répèterons jamais assez, cette mission de retour s’inscrit dans une démarche de suivi et de consolidation des dialogues initiée déjà en 2023 lors de la première mission économique au Liban»
Levon Amirjanyan
« Dans la région et au Liban, 2024 était une année très difficile sur le plan de la sécurité. Et le Liban a traversé cette période de guerre, d’incertitude et de problèmes. Et cette année nous avons voulu vraiment faire de cette mission de consolidation un véritable soutien pour le Liban. Malgré la situation volatile, les préparatifs ont commencé dès le mois de juillet », souligne le représentant de l’OIF au Moyen-Orient.
La mission a été placée sous le patronage du Premier ministre libanais, Nawaf Salam, et l’OIF aussi bien que les ministères de l’Economie et du Commerce, de l’Industrie, ainsi que de la Technologie et de l’Intelligence artificielle se sont mobilisées pour montrer, lors de l’événement, la volonté du Liban officiel à encourager et soutenir de nouveaux partenariats.
« Cela n’aurait pas été possible sans l’implication des institutions libanaises, du secteur public et les ministères concernés ainsi que du secteur privé, notamment la fédération des chambres de commerce du Liban, les quatre chambres régionales, le syndicat des industries pharmaceutiques et le syndicat des industries agroalimentaires. Leur investissement et leur contribution étaient également très importants pour pouvoir créer cette atmosphère, cette ambiance favorable à faire du business. Le Liban, que ce soit le secteur public ou privé, veut être impliqué, et tient vraiment à ramener de la coopération et du commerce dans le pays », souligne M. Amirjanyan.

« Les entreprises de l’espace francophone se sont rencontrées, ont exploré et ont concrétisé de nouvelles opportunités d’affaires. Nous ne le répèterons jamais assez, cette mission de retour s’inscrit dans une démarche de suivi et de consolidation des dialogues initiée déjà en 2023 lors de la première mission économique au Liban et souligne notre élan de solidarité à l’égard du pays du Cèdre. Il y a eu des échanges francs, constructifs. Nous avons dressé une image complète du Liban avec ses difficultés, ses problèmes et aussi sa volonté de se réformer et de relancer son économie. Et bien évidemment, ce sont les rencontres Business to Business (B2B) qui ont permis d’avancer concrètement, aboutissant à la signature de plusieurs protocoles d’accord et d’intention. Et les domaines les plus prometteurs sont le pharmaceutique et les cosmétiques avec des plans ambitieux d’exporter des médicaments libanais vers l’Afrique du Nord, vers la Tunisie, vers le Madagascar, l’océan Indien », explique-t-il.
« Il y a aussi des plans concrets relatifs aux produits cosmétiques avec la Tunisie, à la formation dans le domaine de l’entrepreneuriat, de marketing, à la coopération dans le e-commerce et des paiements sécurisés avec l’Afrique francophone », ajoute-t-il.
«Quand on parle de francophonie, cela ne veut pas dire nécessairement en langue française. C’est l’esprit francophone qui est un peu moins cartésien que l’esprit anglo-saxon mais qui trouve des solutions, qui est plus inventif, qui a plus de place à l’initiative et surtout à la réflexion sur le long terme»
Daniel Abboud
« Il y a eu des contacts, des échanges, des concrétisations entre les entreprises du Liban, locales et visiteuses mais aussi entre les entreprises visiteuses elles-mêmes. Donc ces échanges sont importants pour la coopération. Il y a plusieurs canaux de contacts entre les entreprises. C’est unique et important parce que c’est une mission multilatérale. La francophonie met à disposition des entreprises de l’espace francophone cette plateforme multilatérale de rencontres. La particularité et l’originalité de ce format offre cette opportunité à toutes les entreprises impliquées dans cette mission », note encore le représentant de l’OIF pour le Moyen-Orient.

Daniel Abboud membre du Conseil d’administration de l’Association des industriels libanais (ALI), membre du Bureau exécutif de BusinessMed et vice-président de l’Alliance des patronats francophones, souligne de son côté dans un entretien avec Beyrouth 360, l’importance de l’état d’esprit, la façon de travailler et la culture des entreprises francophones. « Cela va bien au-delà de la langue uniquement. Concernant les entreprises libanaises francophone, c’est la culture qui est plus importante que la langue. Aujourd’hui, quand on parle d’entreprises libanaises francophones, elles ont forcément une mentalité et une façon de travailler francophones. Sur le plan culturel en fait, la francophonie est vraiment ancrée au Liban. On peut facilement dire qu’aujourd’hui la très large majorité des entreprises libanaises, qu’elles soient industrielles, commerciales ou culturelles, sont francophones de culture et d’esprit », dit-il.
« Quand on parle de francophonie, cela ne veut pas dire nécessairement la langue française. C’est l’esprit francophone qui est un peu moins cartésien que l’esprit anglo-saxon mais qui trouve des solutions, qui est plus inventif, qui a plus de place à l’initiative et surtout à la réflexion sur le long terme », explique-t-il.
« Aujourd’hui au Liban, le secteur industriel est largement de culture francophone, les entreprises industrielles francophones emploient plus de 250 000 personnes. Et au Liban, pays de quatre millions d’habitants, cela est énorme. Les industries francophones libanaises participent actuellement à hauteur de 20 à 25 % du PIB du pays. Et c’est un poids important. Toutes ces entreprises sont susceptibles de travailler avec des partenaires francophones. Beaucoup le font déjà. Dans le secteur de l’informatique par exemple, 300 sociétés libanaises d’informatique travaillent exclusivement pour la France », ajoute-t-il.
Vu donc le nombre d’entreprises francophones au Liban, la mission économique et commerciale de l’OIF est fort importante pour établir des contacts et lancer la coopération.
Rappelant que la première mission s’était tenue en octobre 2023, M. Abboud note que « le premier événement était l’invitation d’entreprises francophones à venir visiter leurs correspondants libanais. Les 5 et 6 novembre 2025 constituaient la suite du premier événement. Cette fois c’est beaucoup plus focalisé et nous connaissons déjà les entreprises visiteuses. Elles ont déjà été impliquées dans cet échange ».

Grâce à la francophonie, la distance entre les pays ne compte plus. Ce n’est plus une question de géographie qui dicte les échanges. Quel que soit le continent où elles siègent, les entreprises ont le français en partage.
« Il ne faut plus regarder la distance. Ce n’est pas non plus une question de positionnement géographique. En tant que vice-président de l’Alliance des patronats francophones, nous nous réunissons au moins une fois par an à l’occasion de la rencontre des entrepreneurs francophones. Cette réunion se tient chaque année dans un pays francophone différent. Même avec des entreprises qui sont très éloignées géographiquement les unes des autres, nous avons beaucoup de facilité à travailler ensemble, grâce à notre état d’esprit et notre façon de penser francophones. C’est une façon de communiquer, de travailler, de traiter et de commercer qui est différente des autres », note M. Abboud.
« Nous ne devons plus penser à un fournisseur et à un client. Ce n’est plus comme ça qu’il faut fonctionner. Aujourd’hui plus que jamais nous devons travailler en tant que partenaires. Il faut collaborer sur un projet et ce sont des partenariats gagnant-gagnant qui se constituent. L’Alliance des patronats francophones a été fondée il y a quatre ans. C’était une initiative à l’origine du président du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) qui a voulu répliquer l’exemple du Commonwealth économique. En se disant, mais pourquoi pas nous ? La francophonie économique est très importante. Et surtout, elle a une croissance très forte et un potentiel énorme, que ce soit avec de nombreux pays d’Afrique comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Rwanda ou l’Asie, comme le Cambodge. La francophonie économique est très importante et c’est un volet nouveau très important pour les pays qui ont le français en partage », souligne-t-il en conclusion.
