« Un choix venu du cœur ». C’est la réponse du nonce apostolique au Liban, Paolo Borgia, au motif pour lequel le pape Léon XIV a choisi le Liban comme première destination de ses voyages apostoliques.

Le souverain pontife, qui réalise-là un voyage d’abord envisagé par son prédécesseur, le pape François, est conscient que le Liban a « beaucoup souffert », précise le nonce. « Il souhaite que cette visite soit une invitation à la paix. »
Ces précisions ont été apportées par Mgr Paolo Borgia au cours d’une conférence de presse organisée mardi au Centre catholique d’information, par la commission de coordination de la visite du Pape (30 novembre-2 décembre) présidée par Mgr Michel Aoun, évêque de Jbeil.
« Elu le 8 mai 2025, le Pape a tout de suite décidé de venir au Liban. J’ai été moi-même surpris, en le voyant, début juin, par la rapidité avec laquelle il a pris sa décision, a révélé Mgr Borgia. « Dites-leur que j’attends avec impatience cette visite, et que j’invite tous les Libanais à travailler inlassablement à la paix », avait-il répondu au nonce, qui sollicitait un premier message du pape pour les Libanais. « C’est dans ce sentiment que nous devons attendre le pape », a souligné le nonce.
« Le monde et le Moyen-Orient ont besoin de paix », a enchaîné Mgr Borgia, qui a rappelé que tout le pontificat a été placé par Léon XIV sous le signe de la recherche de la paix. « La première phrase qu’il a prononcée du haut du balcon où il est apparu pour la première fois à la foule massée place Saint-Pierre, a été : ‘’la paix soit avec vous’ », a rappelé Paulo Borgia.
Exténués par deux années d’une guerre ouverte, et maintenant larvée, les Libanais « espèrent contre toute espérance » que la visite de Léon XIV fera pencher la balance du côté de la paix dans un pays meurtri par des crises politiques, économiques et sécuritaires. « Au Liban-Sud, des victimes tombent tous les jours, la situation ne peut plus durer », murmure-t-on dans tous les salons du Liban.

Deux volets protocolaire et ecclésial
La visite a deux volets, a précisé le nonce : protocolaire et ecclésial. Le volet protocolaire se tiendra au palais présidentiel, dans les heures qui suivront l’atterrissage du pape, dimanche 30 novembre. Léon XIV vient de Turquie, où il assiste au 1700e anniversaire du « Concile de Nicée », auquel l’Eglise doit le « Credo ».
Le volet ecclésial de la visite sera marqué, assure le nonce, de l’accueil chaleureux que les Libanais sauront réserver à leur hôte de marque, « un accueil unique fait d’un mélange de foi, de chaleur humaine, de révérence, de familiarité et d’hospitalité dont sait faire preuve, spontanément, la population ».
« Le pape circulera en papamobile, aucun de ses déplacements ne se fera en hélicoptère, a précisé le nonce en réponse à une question. Le Liban aura l’occasion de l’approcher et de l’entourer de son amour, sur ses différents trajets ».
Et s’il pleut ce jour-là, a-t-on fait remarquer au prélat, qui a répondu en souriant : « Nous avons pris en charge cette possibilité ! ». De son côté, Mgr Michel Aoun a encouragé les Libanais à participer massivement à l’accueil du pape.
D’ailleurs, une circulaire a été publiée annonçant que le lundi 1er et mardi 2 décembre, seront jours fériés officiels, pour « permettre aux différents secteurs de participer à son accueil ». « Toutes les administrations publiques, institutions, municipalités, universités et écoles publiques et privées seront fermées durant ces deux jours », indique la circulaire.
Paroisses et écoles catholiques participeront activement à cette mobilisation, et des décisions adéquates seront prises à ce niveau. La presse locale et les journalistes étrangers qui couvrent cette visite disposeront d’une grande salle entièrement équipée à l’hôtel Phénicia, pour suivre les différentes étapes de la visite.
Il est entendu que les journalistes libanais ne pourront pas parvenir sur les divers lieux prévus, par leurs propres moyens, et devront se faire accréditer auprès d’une commission à partir de la présidence de la République.

Saint Charbel : symbole national
Au sujet de la visite du pape au couvent de Annaya, le nonce a précisé que « saint Charbel le grand thaumaturge est devenu, à l’instar des Cèdres, un symbole du Liban, une référence pour toutes les communautés, un attachement dévotionnel indépendant de la foi religieuse spécifique des visiteurs ».
Le moment de recueillement du Pape devant le site de l’explosion du port à Beyrouth, toujours meurtri par l’explosion du 4 août 2020, la visite au monastère de Annaya, la visite au Couvent de la Croix et à l’hôpital psychiatrique qu’il abrite (en grand déficit financier), seront de précieux moments de recollection pour beaucoup de Libanais. La rencontre interreligieuse sera « une image du vivre ensemble, que nous devons sans cesse nourrir et protéger » », a assuré le nonce.
Père de trois garçons, Riad B. espère beaucoup du rassemblent des jeunes qui se tiendra sur le parvis du siège patriarcal maronite à Bkerké. « Les jeunes sont aujourd’hui confus, désorientés, presque désespérés. Enfants de l’écran et du consumérisme, ils sont privés de repères. Leur salut est dans l’établissement d’un pont entre eux et la génération de leurs parents. Il faut savoir construire ce pont », lance-t-il.
C’est l’une des préoccupations auxquelles répondra le pape à Bkerké. Dans un discours adressé aux professeurs et étudiants de l’Institut Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, Léon XIV vient d’affirmer : « La qualité de la vie sociale et politique d’un pays se mesure à la manière dont il permet aux familles de vivre dignement, d’avoir du temps pour elles, de cultiver les liens qui les unissent. Dans une société qui exalte la productivité et la vitesse au détriment des relations, il devient urgent de rendre du temps et de l’espace à l’amour, que l’on apprend d’abord en famille, lieu de confiance, de don et de pardon ».
La paix est un artisanat
« Je crois beaucoup à la communion de saints, à une conduite qui attire la grâce. Voilà comment on peut préparer la visite du pape », confie de son côté Georgina M., qui appartient à un mouvement chrétien.
« Léon XIV a placé son voyage sous le signe du verset : ‘Bienheureux les artisans de paix’. Comme il a raison, relève un évêque maronite. La paix est un artisanat. Elle est faite main et exige beaucoup de doigté diplomatique, de liens personnels, de gestes de mise en confiance et de prière ».
Dans les foyers chrétiens du pays profond, l’espoir d’un miracle est réel, et l’on se prépare à réserver à Léon XIV l’accueil aussi inoubliable réservé à ses deux prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI.
De Saint-Charbel au port de Beyrouth : le programme officiel de la visite du pape
Le dimanche 30 novembre : arrivée et réunions politiques
15h45 – Arrivée à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, où une cérémonie d’accueil officielle sera organisée.
16h45-17h30 – De l’aéroport, le pape se rendra immédiatement au palais de Baabda, où il s’entretiendra à 16h45 avec le président Joseph Aoun. Il sera reçu 30 minutes plus tard par le président du Parlement, Nabih Berry, puis par le Premier ministre, Nawaf Salam.
18h – Rencontre avec des représentants de la société civile et le corps diplomatique. Au cours de cette réunion, le pape prononcera son premier discours du séjour.
Lundi 1er décembre 2025 : saint Charbel et rencontres religieuses et œcuméniques
9h45 – Visite et prière sur la tombe de saint Charbel Makhlouf (1828-1898) au monastère Saint-Maron à Annaya, sur les hauteurs de Jbeil, au nord de Beyrouth.
11h20 – Rencontre avec des religieux au sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa, dans le Kesrouan.
12h30 – Rencontre avec les patriarches catholiques à la nonciature apostolique.
16h00 – Rencontre œcuménique et interreligieuse sur la place des Martyrs de Beyrouth.
17h45 – Rencontre avec des jeunes sur l’esplanade du siège du patriarcat maronite à Bkerké.
Mardi 2 décembre 2025 : port de Beyrouth, messe et départ
8h30 – Visite au personnel médical et patients de l’hôpital psychiatrique des Sœurs de la Croix de Jal el-Dib, au nord de Beyrouth.
9h30 – Prière silencieuse sur le site de la double explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth.
10h30 – Grande messe sur le front de mer de Beyrouth.
12h45 – Cérémonie d’adieu à l’aéroport international de Beyrouth, avant le départ prévu à 13h15.