Maintenant que la violence aura bouclé la boucle de la région, est-il à présent permis de se surprendre à rêver d’un avenir apaisé ?
Comment oublier ces moments qui ne ressemblent à rien mais qui semblent aussi une éternité.
La fuite sans retour vers n’importe où mais pourvu que ce lieu à venir soit sûr.
Le ras-le-bol d’être terré sous terre, toutes prières confondues, et d’espérer à chaque coucher de soleil, à chaque aube luminescente, un lendemain meilleur qui ne viendra pas.
Des affaires jetées pêle-mêle dans une valise que l’on n’aura jamais eu le temps de choisir.
L’important : traverser vivants les check-points, les pluies soudains d’obus et les balles des francs-tireurs.
Comment oublier ces vols annulés à la dernière minute, ces avions « transportés en lieu sûr », comme on cacherait de précieux héritage familial.
L’aéroport hors service, et le choix qui n’en n’est plus un.
Un bateau, n’importe lequel, direction Chypre.
Le reste, on y pensera plus tard. Là-bas, très loin, par-delà les flots de la mer Méditerranée, par-delà les vagues, les files d’attente interminables, les heures sans fin qui ne veulent plus s’égrener. Et cette indicible et entêtante nausée.
De tout cela, Libanaises et libanais se souviennent.
Aujourd’hui, ce sont les israéliennes et les israéliens qui font connaissance avec ce cauchemar éveillé. La peur, suivie de l’espoir de se dire que demain sera mieux et puis la résignation. La fuite.
L’aéroport hors service, et le choix qui n’en n’est plus un.
Un bateau, n’importe lequel, direction Chypre.
Le reste, on y pensera plus tard. Là-bas, très loin, par-delà les flots de la mer Méditerranée, par-delà les vagues, les files d’attente interminables, les heures sans fin qui ne veulent plus s’égrener. Et cette indicible et entêtante nausée.
Maintenant que la violence aura bouclé la boucle de la région, est-il à présent permis de se surprendre à rêver d’un avenir apaisé ? Une fois l’absurde cyclone de violence retombé – si tant est qu’il reste quelqu’un pour témoigner de la suite – ce déchaînement sans fin d’atrocités donnera-t-il au moins naissance à l’acceptation de l’existence de l’autre ?
Le karma, ce coup bas du karma. Pourvu au moins qu’il serve à quelque chose.
