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    Accueil » Lundi 2 Juin 2025 « Un peu pour lui rendre hommage, mais surtout pour ne jamais oublier tous les assassinats »
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    Lundi 2 Juin 2025 « Un peu pour lui rendre hommage, mais surtout pour ne jamais oublier tous les assassinats »

    Patricia KhoderBy Patricia Khoder2 juin 2025
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    Ce matin, je suis passée, comme presque tous les jours, devant le monument dédié à Samir Kassir à Achrafieh, à l’endroit où il avait été assassiné il y a vingt ans. Oui, vingt ans. J’ai ralenti pour regarder la plaque et l’image qui, depuis un peu moins de vingt ans, font tellement partie du paysage qu’on ne les remarque même plus.

    Au volant de ma voiture, m’engageant dans la rue Abdel Wahab, j’ai pensé à tous les attentats qui avaient suivi celui de Rafic Hariri, le 14 février 2005. Tous les deux mois ou presque, je couvrais un attentat : ceux de Georges Haoui, Gibrane Tuéni, Pierre Gemayel, Antoine Ghanem, Walid Eido, Wissam Eid, François el-Hajj et Wissam el-Hassan, pour ne citer que quelques-uns. Tous des souverainistes. Et puis, petit-à-petit, alors que le Hezbollah, soutenu par la Syrie et l’Iran, resserrait son étau sur les Libanais qui n’étaient pas de son bord, les choses se sont tassées et les assassinats se sont arrêtés.

    Au volant de ma voiture donc, j’ai pensé au Hezbollah, aujourd’hui presque à genoux et obligé de remettre – éventuellement – les armes. J’ai pensé au pardon. Peut-on vraiment pardonner ? Et si oui, combien de temps faudra-t-il ?

    L’après-midi, j’ai été à pied jusqu’au monument dédié à Samir Kassir. Un peu pour lui rendre hommage, mais surtout pour ne jamais oublier tous les assassinats de cette époque et tout ce que nous avions vécu.

    Le 2 juin 2005, Samir Kassir venait de sortir de chez lui pour se rendre à son bureau d’an-Nahar. Sa voiture n’avait roulé que quelques mètres avant d’exploser devant le supermarché Achrafieh.

    À Beyrouth, à chaque coin de rue, on peut se souvenir d’un obus tombé, d’une rafale de coups de feu ou d’une explosion ayant coûté la vie à quelqu’un. Quelle ville violente ! Mais c’est aussi, et surtout, une ville qui a apprivoisé, depuis longtemps, la mort.

    Devant le monument dédié à Samir Kassir, une mobylette était stationnée. Sur la balustrade en béton, séparant la rue de l’entrée du supermarché, deux jeunes hommes étaient assis.

    Je prends quelques photos et je pense surtout à la vie qui reprend toujours le dessus, à la banalité de la mort et au beau gâchis qu’est le Liban.

    L’un des employés bangladais du supermarché, s’approche de moi. « Je vais leur dire d’enlever la moto, comme ça vous pouvez prendre une meilleure photo. Aujourd’hui, c’est la commémoration de l’assassinat de Samir Kassir. Deux autres personnes sont venues ici aussi », me raconte-t-il, dans un arabe approximatif.

    Je lui demande : « Tu étais là le jour de l’attentat ? »

    Il répond : « Non, je n’étais même pas arrivé au Liban. Mais je sais ! »

    Pour ceux et celles qui ne connaissent pas le Liban ou qui sont trop jeunes pour s’en souvenir, voici quelques informations :

    Georges Haoui, assassiné le 21 juin 2005, était l’ancien chef du Parti communiste libanais, devenu l’un des leaders de la gauche démocratique, impliqué dans le Mouvement du 14 Mars.

    Gibrane Tuéni, tué le 12 décembre 2005, était le rédacteur en chef d’an-Nahar et député de Beyrouth.

    Pierre Gemayel, assassiné le 21 novembre 2006, était député Kataëb de Bickfaya et ministre de l’Industrie.

    Walid Eido, tué le 13 juin 2007, était député de Beyrouth du Mouvement du Futur.

    Antoine Ghanem, assassiné le 19 septembre 2007, était député Kataëb de Baabda.

    François el-Hajj, tué le 12 décembre 2007, était général de l’armée. Il avait mené les troupes à Nahr el-Bared et était pressenti comme futur commandant en chef de l’armée.

    Wissam Eid, tué le 28 janvier 2008, était officier de la police. Il avait décrypté les algorithmes des communications dans l’enquête sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Ce qui avait permis d’identifier les suspects.

    Wissam el-Hassan, tué le 19 octobre 2012, était le chef des Forces de sécurité intérieure et proche du Mouvement du Futur.

    14 mars 2005 achrafieh assassinat samir kassir
    Patricia Khoder

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