J’ai passé ma soirée dans un endroit que j’aime beaucoup : le C-Lounge ou le rooftop de l’hôtel Bay View à Beyrouth. J’ai été pour voir le coucher du soleil, mais il faisait tellement chaud et gris que je n’ai pas vu les couleurs flamboyantes du soleil qui se couche à Beyrouth.
Ce soir, c’était la première fois depuis l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020 que je me mettais toute proche de la balustrade surplombant la corniche et la mer. Et j’ai eu peur, peur du vide, peur que je m’envole.
Après l’explosion au port, j’ai eu peur pendant des semaines de m’envoler en marchant en ville. C’est que le puissant souffle de l’explosion et la destruction immense qu’il a provoquée, a réveillé en moi des peurs qui pourraient être ridicules. La peur de m’envoler par exemple, il faut vraiment le faire.
Quoi qu’il en soit, je n’ai pas changé de place. Car même si je sais que l’explosion du port m’a marquée à jamais, je ne peux pas passer ma vie dans la peur. J’ai refusé, comme tous les habitants de la ville, que les séquelles du 4 août 2020 m’empêchent de vivre.
Et Beyrouth est belle, avec sa corniche, ses palmiers, son front de mer et toutes ses blessures.
