Durant de long mois, voir plus de deux ans, après l’explosion du port, il n’y avait pas une soirée, pas un déjeuner pas une rencontre entre amis – qui habitent Beyrouth – sans qu’on parle au moins un peu de l’explosion. De cette journée du 4 août 2020, des endroits toujours détruits, des lieux et des quartiers qu’on ne fréquente plus car ils étaient très proches de l’épicentre, des silos du port. Aujourd’hui, on en parle moins mais la douleur est toujours là, incommensulrable.
J’ai grandi avec les silos du port. Construits en 1971, ils ont un an exactement de plus que moi. Petite, de notre balcon tous les matins en attendant le bus de l’école, je regardais les bateaux arriver au port de Beyrouth. Tous les jours presque je passais devant les silos. L’élégant building, de béton armé blanc, était toujours là, rassurant.
Aujourd’hui et depuis l’explosion, peu de jours après l’explosion en fait, je suis incapable de conduire ma voiture, devant les silos détruits. Je change mon chemin, je prends une autre route. Je veux juste ne pas voir cette plaie béante de la ville. Peut-être que je refuse aussi de voir ma propre blessure.
