Sylviane Zehil aux Nations unies – Réuni en urgence à la demande de la France et de plusieurs États membres, le Conseil de sécurité des Nations unies a examiné la détérioration rapide de la situation sécuritaire au Liban, sur fond d’escalade régionale liée à la confrontation entre Israël, l’Iran et leurs alliés. Avant l’ouverture de la séance, une déclaration conjointe de 31 pays contributeurs à la FINUL a condamné la participation du Hezbollah aux attaques iraniennes contre Israël et appelé à un retour immédiat à la cessation des hostilités. Les responsables des Nations unies ont averti que l’intensification des opérations militaires et l’aggravation de la crise humanitaire pourraient déstabiliser davantage le Liban et ouvrir un nouveau front dans une région déjà profondément fragilisée.
Face à l’intensification des affrontements entre Israël et le Hezbollah et aux risques d’extension du conflit régional, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence le 11 mars à la demande de la France, avec le soutien du Royaume-Uni, de la Grèce, du Danemark, de la Lettonie et de Bahreïn. La séance intervient dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, alors que la confrontation militaire entre Israël et l’Iran et leurs partenaires respectifs continue de redéfinir les équilibres stratégiques régionaux.
Avant même l’ouverture de la réunion, une coalition de 31 États menée par la France a publié une déclaration conjointe appelant à un retour immédiat à la cessation des hostilités et au respect intégral de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui constitue depuis 2006 le principal cadre international régissant la sécurité le long de la frontière israélo-libanaise.
La déclaration, lue par l’ambassadeur de France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a également condamné la décision du Hezbollah de participer aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 2 mars, estimant que cette initiative avait entraîné le Liban dans une confrontation « que ni ses autorités ni sa population ne souhaitent ».
Les États signataires — l’Arménie, l’Autriche, Bahreïn, le Cambodge, la Croatie, Chypre, la République démocratique du Congo, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Inde, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, Malte, la Moldavie, le Népal, la Macédoine du Nord, le Panama, la Pologne, le Portugal, la République de Corée, la Serbie, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Uruguay — ont exprimé leur profonde inquiétude face à l’escalade des hostilités et réaffirmé leur soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Liban.
Les signataires ont appelé le Hezbollah à cesser immédiatement ses tirs contre Israël et à abandonner ses armes, tout en exprimant leur soutien aux efforts du gouvernement libanais visant à rétablir le monopole de l’État sur l’usage de la force. Ils ont parallèlement exhorté Israël à s’abstenir de frapper les infrastructures civiles et les zones densément peuplées et à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban.
L’ONU met en garde contre une escalade incontrôlable
Devant le Conseil de sécurité, la secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, a averti que la décision du Hezbollah d’attaquer Israël le 2 mars avait replongé le Liban dans un conflit « qu’il ne cherche ni ne peut se permettre ».
Depuis cette date, des centaines de roquettes, missiles et drones ont été tirés depuis le territoire libanais vers Israël et le plateau du Golan occupé. Israël a riposté par des frappes aériennes intensives visant plusieurs régions du Liban, notamment la banlieue sud de Beyrouth, le sud du pays ainsi que certaines zones de la Bekaa et de Baalbek.
Selon les autorités libanaises, ces attaques ont fait plus de 570 morts et plus de 1 400 blessés, tandis que les ordres d’évacuation israéliens ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de civils.
Mme DiCarlo a néanmoins souligné que les autorités libanaises avaient récemment pris des mesures visant à renforcer l’autorité de l’État et à limiter les activités militaires non étatiques sur leur territoire.
Une ligne de front extrêmement volatile
Le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean-Pierre Lacroix, a décrit une situation militaire particulièrement instable le long de la Ligne bleue.
Depuis le 1er mars, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a enregistré plus de 4 120 trajectoires de tirs, dont la majorité provenant du sud du Liban vers Israël. Dans le même temps, l’armée israélienne a mené plus de 300 frappes aériennes dans la zone d’opérations de la mission.
Des incursions terrestres israéliennes ont également été observées dans plusieurs secteurs du territoire libanais, tandis que des affrontements directs entre les forces israéliennes et des combattants du Hezbollah ont été signalés dans plusieurs localités frontalières.
Le 6 mars, un soldat ghanéen de la FINUL a été grièvement blessé lors d’une attaque contre une base de la mission dans le sud-ouest du Liban. Les États signataires de la déclaration conjointe ont condamné fermement cet incident et rappelé que les forces de maintien de la paix ne doivent jamais être prises pour cible.
Tom Fletcher : une crise humanitaire qui s’aggrave
Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, Tom Fletcher, a averti que la situation humanitaire au Liban se détériorait « avec une rapidité alarmante ».
« C’est un moment de grave péril pour le Liban, pour la région et pour nous tous. Trop de signaux d’alerte sont allumés. Les actions ont des conséquences », a-t-il déclaré devant le Conseil.
Depuis le 2 mars, plus de 570 personnes ont été tuées et plus de 1 400 blessées, tandis que plus de 750 000 personnes sont désormais enregistrées par les autorités libanaises comme déplacées à l’intérieur du pays. Par ailleurs, près de 84 000 Syriens et plus de 8 000 Libanais ont franchi la frontière vers la Syrie.
Plus de 120 000 personnes, dont des milliers d’enfants, sont actuellement hébergées dans environ 580 centres collectifs, souvent surpeuplés et manquant d’infrastructures sanitaires adéquates.
Les hostilités ont également entraîné la fermeture de 49 centres de soins primaires et de cinq hôpitaux dans le sud du Liban et dans la banlieue sud de Beyrouth. L’Organisation mondiale de la santé a recensé depuis fin février 25 attaques contre des infrastructures de santé ayant causé la mort de 16 personnes et blessé 29 autres.
Face à l’ampleur des besoins, les Nations unies et leurs partenaires humanitaires ont intensifié leur mobilisation, distribuant des centaines de milliers de repas et d’articles de première nécessité, tout en préparant le lancement d’un appel humanitaire d’urgence pour renforcer l’assistance.
M. Fletcher a appelé toutes les parties à protéger les civils et à garantir l’accès humanitaire, tout en plaidant pour une désescalade rapide et un retour au dialogue diplomatique.
Le Liban plaide pour un cessez-le-feu et des négociations internationales
Prenant la parole devant le Conseil, le représentant permanent du Liban auprès des Nations unies, Ahmad Arafa, a déclaré que son pays se trouvait « pris dans une guerre qu’il n’a pas choisie » entre Israël et le Hezbollah.
Remerciant la France et les États qui ont soutenu la convocation de la réunion d’urgence, il a affirmé que le Liban faisait face à une situation dramatique marquée par la mort, la destruction et le déplacement de centaines de milliers de civils.
Le diplomate a rappelé que le gouvernement libanais avait clairement condamné les tirs de roquettes revendiqués par le Hezbollah le 2 mars, affirmant que cette opération contredisait la décision de l’État de réserver exclusivement aux institutions nationales la responsabilité de la guerre et de la paix.
Il a indiqué que le Conseil des ministres avait décidé d’interdire toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah et d’exiger la remise de ses armes à l’État, limitant son rôle à l’action politique dans le cadre constitutionnel.
Le représentant libanais a également expliqué que les autorités avaient chargé les services de sécurité d’identifier toute présence éventuelle de membres du Corps des gardiens de la révolution iranienne au Liban et de procéder à leur expulsion, tout en imposant de nouvelles restrictions sur l’octroi de visas aux ressortissants iraniens.
Selon lui, le gouvernement reste déterminé à restaurer pleinement l’autorité de l’État et à mettre en œuvre les dispositions de l’accord de Taëf ainsi que les résolutions internationales pertinentes, notamment la résolution 1701.
Ahmad Arafa a affirmé que la priorité immédiate demeurait la cessation des hostilités et la protection du Liban.
Dans cette perspective, il a indiqué que son gouvernement était prêt à engager des négociations avec Israël sous auspices internationales afin de régler l’ensemble des questions en suspens. Il a rappelé l’initiative en quatre points présentée par le président de la République, qui prévoit notamment un cessez-le-feu complet, un renforcement du soutien logistique aux forces armées libanaises, le déploiement de l’armée dans les zones de tension pour confisquer les armes présentes — y compris celles du Hezbollah — et l’ouverture de négociations directes entre le Liban et Israël sous médiation internationale.
Le diplomate a également appelé le Conseil de sécurité à contraindre Israël à respecter la résolution 1701, à se retirer derrière les frontières internationalement reconnues et à mettre fin aux violations répétées de la souveraineté libanaise.
En conclusion, Ahmad Arafa a averti que le Liban faisait face à « un moment extrêmement dangereux et à une véritable catastrophe humanitaire ».
« Nous ne permettrons pas que le Liban devienne un champ de bataille pour régler les comptes des autres », a-t-il déclaré, affirmant que le pays poursuivrait ses efforts pour sortir de cette crise « plus fort et plus résilient ».
Un front libanais désormais intégré à la crise régionale
Au-delà de la séquence militaire immédiate, la crise actuelle illustre l’intégration croissante du front libanais dans la confrontation stratégique opposant Israël et l’Iran. Les tirs du Hezbollah s’inscrivent dans la logique du réseau d’alliances régionales structuré par Téhéran, souvent décrit comme « l’axe de la résistance ». En réponse, Israël semble considérer le front libanais comme une extension directe du théâtre stratégique régional.
Dans ce contexte, les marges de manœuvre du Liban apparaissent particulièrement réduites. La fragilité de ses institutions et les divisions internes limitent la capacité de l’État à contrôler pleinement les dynamiques sécuritaires sur son territoire.
La réunion du Conseil de sécurité reflète ainsi à la fois la mobilisation diplomatique de la communauté internationale et les limites de son influence face à une confrontation régionale qui dépasse largement le cadre libanais.
Alors que les combats se poursuivent et que la pression humanitaire s’intensifie, la communauté internationale redoute désormais que l’escalade au Liban ne transforme le pays en nouveau front majeur de la crise régionale qui secoue le Moyen-Orient.
